«Lo que le pasó a Hawaii»

« Elle est magnifique, même si parfois elle va mal. » Bad Bunny parle de son île, Porto Rico, conquise par les États-Unis en 1898. Les gens y sont des citoyens américains de seconde zone. Officiellement citoyens depuis 1917, question d’être recrutés comme soldats durant la Première Guerre mondiale, les Portoricains n’ont toujours pas le droit de vote aux élections fédérales. Citoyens de seconde zone, ça veut aussi dire être sujets de sous-investissements chroniques dans les infrastructures et l’économie, alors que l’expression politique locale peut faire les frais d’une répression violente. « Dans ses yeux, un sourire, retenant ses larmes. L’écume sur le rivage ressemble à du champagne. C’est de l’alcool pour les blessures, pour que la tristesse danse. C’est de l’alcool pour les blessures, car il y a tant à guérir. »

L’île subit un exode. Les gens la quittent pour les États-Unis continentaux. Les magnats de l’immobilier mettent la pression sur les résidents pour prendre possession des meilleures terres, pour eux-mêmes ou pour les touristes. Le mélange de pression juridique pour justifier les évictions et de gentrification vide l’île peu à peu. « Dans les mornes verts du centre, on peut encore respirer. Les nuages sont plus proches, on peut parler à Dieu. On entend pleurer un paysan, un autre qui est parti. Il ne voulait pas aller à Orlando, mais le corrompu l’a chassé. »

J’ai pu passer pas mal de temps en Martinique et en Guadeloupe. À bien des égards, c’est le même phénomène. La France « métropolitaine » sous-investit dans ses territoires........

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