Passer la gratte

Il y a des artistes qui ont la capacité de créer des œuvres qui transforment notre regard sur le monde. Qui, par des démarches rigoureuses et continues, des jeux de création de contextes et des intuitions, opèrent des changements majeurs sur notre perception du réel. De la désignation ontologique de notre existence par les peintres rupestres au ready-made, en passant par le situationnisme et l’art cyborg, il y a longtemps que les poètes nomment le monde, le faisant ainsi apparaître.

Il y a ces gestes qui marquent, qui produisent un avant et un après. Quand, en 2010, par exemple, Olivier Choinière a proposé avec Chante avec moi de faire une pièce de théâtre à grand groupe qui consistait à chanter une seule phrase à répéter tant que le public ne s’arrêtait pas d’applaudir, il a ouvert, chez nous, un vaste champ de possibles.

La peur d’aller radicalement au bout de ses idées en arts vivants au Québec est liée à plusieurs réalités qui cohabitent et qui génèrent des paramètres insidieux avec lesquels chacun doit jongler. La prise de risque, bien qu’encouragée dans les processus d’attribution des deniers publics, est difficile à mener à bien. La reddition de comptes qui vient avec ces pratiques oblige un certain succès et soutient peu les possibles ratages auxquels les têtes chercheuses d’art pourraient aboutir. Dès lors, si le risque est partout sur nos lèvres, il l’est moins sur nos scènes.

Et de quel succès parle-t-on ? La vente de billets ? Le nombre de J’aime ?........

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