Femmes-pays, femme-foule |
Elle est là, plantée comme une tige de roc, debout au centre de son socle. Traversée par une nuée, elle se laisse jouer par les mots. On dirait ceux des autres, mais ce sont les siens. La justesse de son interprétation est l’issue exacte de sa disposition sublime à jouer. Elle donne à entendre tout un peuple. Des gens aux cœurs grands comme le fleuve, aux joies et aux tristesses pareilles à des geais gris en proie à l’hiver polaire, mais emportés par la frénésie à la vue de petites miettes de pain tranché aussi pâle que la neige.
Elle se laisse disparaître pour que d’autres puissent apparaître au travers d’elle. Sa bouche est le porte-voix de nos victoires et de nos défaites. Sa langue est une machine à éveiller les rêves de nos mères et de toutes celles venues avant elles pour faire de leurs songes des réalités et donner, à celles à venir, l’espace qui leur revient sur la place publique obstruée par leurs pères, leurs maris et leurs frères. On entend l’inconscient de toutes ces femmes qui ont construit notre pays de grêle à la sueur froide de leurs eaux crevées à répétition, forcées autrefois par le clergé à devenir boîtiers à reproduction.
Dans sa Camera obscura, Rachel Graton devient femme-foule. Sans pudeur et au diapason de la salle et de sa vibration, elle se dévoile, entière, mais tenant parfaitement la bride du cheval fougueux qui loge assurément en son cœur depuis l’enfance. Elle pense à haute voix, parle en notre nom, vogue entre l’intime, le général et le........