Idées | Le socialisme, un projet pour le XXIe siècle
Depuis la chute de l’Union soviétique en 1991 et l’affermissement du capitalisme d’État en Chine, le projet socialiste a semblé largement discrédité. En Occident, les défenseurs du système capitaliste ont tôt fait d’insister sur les erreurs et les échecs des régimes socialistes, au demeurant bien réels. Néanmoins, les multiples crises que nous traversons actuellement remettent en question le capitalisme, qui abandonne des sections toujours plus larges de la population. La méfiance envers les institutions et le rejet d’un système qui favorise les super-riches s’étendent, sous des formes parfois inquiétantes.
Dans ce contexte, nous voyons réapparaître différents mouvements qui se réclament d’un socialisme démocratique, cherchant à dépasser à la fois les dérives du XXe siècle et l’intenable situation actuelle. Cette proposition audacieuse a permis à Zohran Mamdani d’être élu maire de la ville de New York en 2025 et pourrait se révéler la meilleure option politique pour la grande majorité de la population.
Les promesses trahies du capitalisme
L’économie capitaliste s’impose en Occident depuis environ deux cents ans, sans qu’on la remette sérieusement en question. Pourtant, son bilan appelle un jugement critique. D’un côté, il est vrai que le capitalisme a développé les forces productives et rehaussé le niveau de vie de la population, mais nous avons assisté à des phénomènes semblables en Union soviétique et en Chine. D’un autre côté, le système capitaliste a largement maintenu les classes populaires et les pays dominés dans une position d’infériorité, sans compter la destruction de l’écosystème planétaire.
Ainsi, le capitalisme approfondit de plus en plus les inégalités entre les super-riches et la majorité de la population, comme en témoignent les études de la World Inequality Database. En 2024, les 100 dirigeants d’entreprise les mieux rémunérés du Canada ont gagné environ 248 fois le salaire moyen d’un travailleur. Les grandes banques consolident leur fortune grâce à l’endettement des États et des particuliers, alors que les coûts de la spéculation financière retombent trop souvent sur les gagne-petit, comme nous l’avons vu avec la crise des « subprimes » aux États-Unis en 2007-2008.
La concentration du capital et de la production entre les mains d’un petit nombre de consortiums leur donne un pouvoir immense et largement antidémocratique. C’est le cas des banques, qui peuvent imposer leur volonté politique aux États, mais aussi des géants de la technologie et de l’oligarchie pétrolière. Cette dernière joue un rôle rétrograde et mortifère en combattant la transition écologique, tout en pesant de manière opaque sur les décisions géopolitiques de plusieurs gouvernements, dont celui des États-Unis actuellement.
Plus largement, le système capitaliste a tendance à provoquer une codépendance entre la grande industrie et les États nationaux. Ce partenariat favorise l’industrie privée aux dépens des besoins du peuple. Il ne faut pas creuser beaucoup pour voir comment la Coalition avenir Québec (CAQ) a priorisé les besoins des entreprises plutôt que les investissements dans nos hôpitaux, nos écoles ou nos services de transport en commun.
La somme de 150 milliards de dollars prévue par Mark Carney pour la défense nationale servira Bombardier et CAE, mais on peine à voir comment elle aidera les classes populaires, qui s’appauvrissent sans cesse. Au bout du compte, le capitalisme ne réalise guère ses promesses de liberté et de bien-être pour tous.
Le socialisme et la recherche du bien-être collectif
Le socialisme, pour sa part, propose de reconstruire nos sociétés autour de deux axes fondamentaux : la propriété collective des moyens de production et la gestion démocratique de l’économie pour le bien-être de toute la population. Pour ce faire, l’État doit jouer un rôle central, à la fois pour nationaliser de larges secteurs de l’économie et pour mettre en place des mesures permettant une participation dynamique des travailleurs à la gestion de la société. Il faut envisager de supprimer certaines entreprises qui n’offrent pas d’utilité sociale, au premier rang desquelles les banques privées. Il faut aussi réfléchir aux secteurs névralgiques (agroalimentaire, pharmaceutique, ressources, transport) et prioriser leur nationalisation. L’objectif sera de gérer ces secteurs en vue du bien-être collectif et non du profit individuel. Il sera ainsi possible d’en réduire les coûts et d’en améliorer la qualité.
Les Québécois se font une fierté d’Hydro-Québec, une entreprise d’État dont la saine gestion et les performances techniques rayonnent à l’étranger. Il est temps d’envisager un élargissement de cette expérience dans d’autres domaines. Il est possible de convaincre la population de l’intérêt de ces mesures et de s’appuyer sur la volonté populaire pour les réaliser, comme ce fut le cas au Chili de 1970 à 1973, avant le coup d’État militaire.
Le projet socialiste ne pourra fonctionner que s’il est fondamentalement démocratique et qu’il intègre des politiques robustes en faveur des différents groupes opprimés sous le capitalisme. Pour développer un projet socialiste qui réponde aux besoins des gens, il faudra procéder à des enquêtes nombreuses auprès de la population et faire participer autant que possible les citoyens à l’élaboration de nos futures politiques. Il faudra aussi construire un mouvement de masse, sous peine que le projet ne fasse long feu ou, en sens contraire, qu’il bifurque vers l’autoritarisme.
Néanmoins, face aux multiples crises provoquées et entretenues par le capitalisme — appauvrissement, fascisation, guerres, destruction environnementale —, nous devons envisager de relancer une politique socialiste et démocratique, au service du plus grand nombre. Comme l’affirmait le dirigeant syndical Marcel Pepin en 1981 : « Une société telle que nous la voulons, égalitaire, libre et solidaire, ne peut naître que d’une rupture radicale du peuple québécois avec le capitalisme, ainsi qu’avec l’exploitation et la dépendance qu’il engendre. »
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