Trump, ou l’illusion d’une Amérique croyante

La lettre de Julien Pain parue dans Le Devoir du 20 avril (« Quand Donald Trump vous lit la Bible ») insiste — à juste titre — sur la dimension problématique de l’usage politique des Écritures par Donald Trump. Toutefois, pour en saisir pleinement la portée, il est utile de mobiliser le concept de « société du spectacle » développé par Guy Debord. Dans cette perspective, le religieux n’est pas seulement instrumentalisé : il est transformé en image, en mise en scène et en performance médiatique. Une lecture sociologique invite ainsi à nuancer le diagnostic de la lettre en tenant compte à la fois des perceptions populaires, des transformations du religieux et du cadre analytique de la religion civile.

D’abord, il importe de rappeler que Trump n’apparaît pas comme un leader religieux crédible pour une grande partie de la population. Un sondage du Pew Research Center du 16 avril 2026 montre qu’une majorité d’Américains (70 %) estime qu’il est peu ou pas du tout religieux. Cela relativise fortement l’idée d’une influence religieuse directe ou d’un pouvoir spirituel réel : ses références bibliques sont souvent perçues comme stratégiques plutôt que comme sincères.

Autrement dit, le problème n’est pas seulement celui d’une instrumentalisation « cynique » dénoncée par le texte de Pain, mais aussi celui d’une faible crédibilité religieuse déjà intégrée par l’opinion publique. Trump n’est pas un leader religieux dévoyé : il est plutôt un acteur politique dont la........

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