Nommer le fleuve, assumer son cours |
Dans « Une politique d’intégration nationale plus nuancée et plus inclusive que la loi » publié vendredi dernier dans la section Opinion du Devoir, David Sanschagrin présente la Politique sur l’intégration nationale du gouvernement sortant comme une heureuse correction d’une loi jugée trop rigide, trop unidirectionnelle et trop attachée à la majorité historique francophone.
Cette lecture contourne pourtant la seule question qui compte à mon sens : à quoi prétend-on intégrer ceux qui choisissent le Québec, si l’on refuse de nommer clairement la nation qu’ils rejoignent ?
Une société ne peut accueillir sans savoir qui elle est. Elle ne peut susciter l’appartenance si elle hésite à nommer ce à quoi l’on appartient. On ne bâtit pas une maison commune en effaçant ses fondations.
Le Québec ressemble au fleuve Saint-Laurent. Il vient de loin. Il traverse le temps en portant une langue, une mémoire, des paysages, des blessures et des combats. Il possède une source, des rives et un horizon. Il ne demande pas pardon d’exister. Malgré les tempêtes, il poursuit son cours.
Mais aucun grand fleuve ne vit seul. Le Saint-Laurent est nourri par l’Outaouais, le Saguenay, le Richelieu, la Manicouagan — dont le nom et les rives portent une mémoire innue plus ancienne encore — et par tant d’autres eaux venues d’ailleurs. Ces affluents lui apportent leurs couleurs, leur histoire et leur force. Ils le........