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La grandeur des métropoles : Londres contre Paris ?

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13.03.2019

Paris a perdu les Jeux olympiques de 2012 contre Londres. Paris devrait prochainement gagner quelques milliers de banquiers londoniens en mal de relocalisation post-Brexit. Du reste Francfort aussi. Nul doute qu'en cas de bataille pour accueillir un nouveau siège social d'Amazon en Europe les deux capitales seraient sur les rangs. D'autres aussi, d'ailleurs. Le virus de la concurrence semble avoir définitivement atteint les métropoles mondiales.

La manie des classements est parvenue jusqu'aux villes. Il y en a de toutes sortes. Ordinairement, la hiérarchie porte sur la compétitivité à travers la richesse produite par habitant, l'emploi, la qualification de la main-d'œuvre, la productivité, etc. Couramment aujourd'hui, elle s'ordonne aussi selon la qualité de la vie et l'environnement durable. Et même, occasionnellement, selon l'intelligence. Désormais, les métropoles se doivent en effet d'être smart.

On peut ainsi apprendre que, parmi les plus grandes métropoles européennes et étatsuniennes, Paris est première en taux de chômage (on s'en passerait), seconde en produit intérieur brut par habitant, troisième en qualité des infrastructures, quatrième par l'investissement étranger, cinquième en taux de croissance des activités commerciales. Je m'arrête là car Paris, quels que soient les classements généraux, se situe dans les cinq premières. Aux côtés de Londres bien sûr, mais souvent occupant une marche inférieure. C'est le cas pour le Global Power City Index, le World Cities Survey, ou encore le Master Card Index.

Il y a tellement de cabinets de conseil, de laboratoire d'idées, ou de sociétés d'audit, qui classent les métropoles que le niveau de détail de l'information est proprement ahurissant. Sachez que Londres est devant Paris pour le nombre de thermostats intelligents et la proportion d'utilisateurs de sites de rencontre mais derrière pour la vitesse d'accès à Internet ou le nombre de brevets déposés par employé.

Naturellement, l'économiste que je suis regarde ces travaux de compilation et de comparaison avec un léger doute... Ne négligent-ils pas les corrélations et les liens de causalité entre les variables documentées ? Ce qui fragilise leur agrégation dans un score global. Ce qui réduit également leur portée pour l'action des élus voulant renforcer la compétitivité de leur métropole. Quels leviers utiliser si on ne connaît ni les causes ni les mécanismes ? Difficile de lire aussi dans l'évolution d'un classement ce qui relève de l'effet d'une politique publique locale.

Les hiérarchies urbaines sont très stables dans le temps. Les avantages de taille (voir appendice) et de localisation sont le résultat de l'accumulation d'investissements passés sur des décennies et souvent des siècles en particulier dans les infrastructures. Lyon est depuis longtemps la seconde ville française. Elle est environ sept fois plus petite que la capitale et cette proportion a à peine varié depuis 200 ans. Le seul changement significatif depuis un demi-siècle est l'irruption des grandes métropoles asiatiques dans les classements mondiaux.

Mais ne soyons pas (trop) hautains. Le parangonnage (benchmarking en anglais) est utile. Se situer et se comparer aux autres ne conduit-il pas à s'interroger et à progresser ?

De plus, il invite à réfléchir sur les formes de la concurrence entre métropoles. Notons tout d'abord que la flopée de classements urbains crée au moins autant qu'elle n'en témoigne de la rivalité entre les villes. Toutes ne peuvent être la première ou dans le peloton de tête sur tel ou tel critère ou indicateur. Perdre une place impose une action publique locale ne serait-ce que symbolique et en gagner exige de le faire savoir. Les classements urbains sont les outils privilégiés du city branding et du city marketing. Gare à la perte d'attractivité si un maire de métropole ne s'y lance pas tandis que les autres s'y livrent. Bref, les classements ont créé une nouvelle épreuve dans le tournoi de la concurrence urbaine.

Surtout, les classements permettent de souligner que les villes sont mises en concurrence plutôt qu'elles ne se concurrencent. Cette subtilité vous échappe ? Soyons donc concrets. L'exemple évident est celui des touristes qui choisissent une destination métropolitaine. Iront-ils passer un week-end prolongé à Paris, Londres ou Berlin ? Puis vient l'exemple des hommes d'affaires, banquiers, artistes, chercheurs, et autres nomades de la globalisation. Certes les maires peuvent agir sur leurs choix et non seulement les subir mais ils sont à........

© La Tribune