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La sécurité énergétique revient au premier plan

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07.03.2026

Notre dépendance à l’énergie est une question de sécurité nationale, rappelle Yvan Cliche. Une réalité que l’on oublie souvent en période de paix.

La crise actuelle dans le détroit d’Ormuz rappelle brutalement une réalité souvent oubliée en période de stabilité : l’énergie est d’abord une question de sécurité nationale. Lorsqu’une part importante de l’approvisionnement énergétique dépend d’importations traversant des régions instables, cette dépendance devient rapidement une vulnérabilité.

C’est la principale leçon à tirer des tensions autour de ce passage maritime par lequel transite près du cinquième du pétrole et du gaz mondial. Pour les pays importateurs, ces évènements rappellent que l’énergie n’est pas seulement une marchandise échangée sur un marché mondial. Elle constitue aussi un enjeu de résilience économique.

Cette réalité apparaît avec encore plus d’acuité dans le contexte décrit récemment par Mark Carney lors du Forum économique mondial de Davos⁠1 : un monde en pleine recomposition, marqué par la rivalité des puissances et par la recherche accrue de sécurité économique.

L’histoire des 50 dernières années montre que les grandes crises énergétiques ont souvent été déclenchées ou amplifiées par cette vulnérabilité aux importations.

Les chocs pétroliers des années 1970 en offrent l’exemple le plus frappant. Lorsque les exportations de pétrole ont été perturbées au Moyen-Orient, à la suite de l’embargo décrété par les pays arabes producteurs en 1973 puis de la révolution iranienne en 1979, les économies industrialisées, fortement dépendantes des importations, ont subi de plein fouet l’inflation et le ralentissement économique.

Les conséquences ont été profondes. Aux États-Unis, la crise a conduit à un renforcement durable de la présence militaire dans le golfe Persique afin de sécuriser les routes pétrolières, avec l’établissement de bases dans toute la région.

En Europe et en Asie, la dépendance au pétrole du golfe Persique a accéléré le développement du nucléaire civil : la France et le Japon ont massivement investi dans cette filière pour réduire leur exposition aux chocs pétroliers.

La période a également favorisé le rapprochement gazier entre l’Europe et la Russie, avec la construction de gazoducs reliant la Sibérie au continent européen.

D’une dépendance à l’autre

Ce faisant, l’Europe a toutefois troqué une dépendance pour une autre, et elle en a payé le prix. Moscou a misé sur cette dépendance au gaz pour tenter de dissuader les Européens de s’opposer à son intervention militaire en Ukraine. Le pari a échoué. Mais l’Europe se retrouve désormais de plus en plus dépendante du gaz naturel liquéfié provenant des États-Unis, qui a largement remplacé celui de la Russie.

Au Québec également, la crise des années 1970 a laissé une empreinte durable. La forte dépendance au pétrole importé pour le chauffage résidentiel a conduit à une vaste électrification des bâtiments, permettant de substituer l’hydroélectricité locale à une énergie importée et volatile.

Chaque crise énergétique rappelle ainsi la même leçon : plus un système énergétique dépend de ressources importées, plus il est exposé aux chocs géopolitiques. La crise actuelle autour du détroit d’Ormuz ne fera que renforcer cette conviction et aura sans doute des effets pour l’avenir.

Les efforts de transition énergétique pourraient notamment prendre une dimension plus stratégique. Les énergies renouvelables (éolien, solaire, hydroélectricité, géothermie) sont par nature locales : produire son énergie à partir de ressources intérieures réduit la vulnérabilité aux tensions internationales et aux perturbations des routes commerciales, comme l’atteste une étude du Fonds monétaire international⁠2.

L’histoire montre toutefois que les réponses aux crises ne suivent pas toujours une trajectoire linéaire. Avec la production gazière du Qatar, la deuxième au monde, mise à mal par les bombardements iraniens, plusieurs de ses clients asiatiques pourraient se tourner vers le charbon local afin d’assurer leur approvisionnement à court terme. En situation d’urgence, la sécurité énergétique prime souvent sur les objectifs climatiques.

Pour le Québec, cette réalité comporte une leçon importante. Le gouvernement prépare la version finale du Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE)⁠3, axé essentiellement sur la décarbonation de notre économie. Or, la sécurité énergétique et la résilience du système devraient en constituer la priorité. La situation actuelle vient le rappeler avec force.


© La Presse