Une décision inacceptable de notre diffuseur public |
D’anciens employés et patrons de Radio-Canada n’acceptent pas l’entente entre la société d’État et le géant américain Amazon pour la diffusion du contenu de RDI
La Société Radio-Canada vient d’annoncer qu’elle entend confier la distribution du signal d’ICI RDI à la firme américaine Prime Video1, propriété du multimilliardaire Jeff Bezos, le patron d’Amazon, à laquelle les abonnés québécois devront dorénavant verser des frais mensuels de près de 5 $.
À titre d’anciens employés et anciens patrons de Radio-Canada et à la fois comme consommateurs et contribuables participant par nos impôts à l’existence de Radio-Canada, nous considérons comme extrêmement regrettable que notre diffuseur public veuille ainsi remettre à une plateforme américaine la responsabilité de distribuer le contenu de sa chaîne d’information RDI.
Cette malheureuse décision contribue en effet, en cette période particulièrement troublée, à accentuer notre dépendance à l’égard des géants étrangers du web, alors que nous devrions au contraire tout mettre en œuvre pour renforcer nos propres plateformes et affirmer notre souveraineté.
Elle contribue aussi à l’affaiblissement de l’ensemble de nos radiodiffuseurs, puisqu’elle encourage le transfert d’une partie des revenus d’abonnement de la télédistribution vers la diffusion en ligne.
Un diffuseur public financé par les contribuables canadiens et québécois et soucieux de nos intérêts et de la protection de notre culture et de notre identité devrait d’abord et avant tout défendre notre indépendance numérique face au géant américain.
L’information francophone, en particulier, devrait continuer à émaner d’une plateforme canadienne. Radio-Canada possède déjà ses propres plateformes numériques. Au lieu de renforcer l’offre d’Amazon, elle agirait de façon beaucoup plus logique et plus conforme à son mandat en investissant tout simplement dans Tou.tv ou CBC Gem afin de garder le contrôle de la diffusion.
Il est donc décevant, voire incompréhensible, que Radio-Canada ait adopté cette voie par laquelle, au surplus, nos concitoyens contribuables seront obligés d’envoyer leur argent à des plateformes étrangères pour avoir accès à l’information de chez nous. Nous nous opposons par conséquent avec fermeté à la mise en œuvre de cette décision irréfléchie et irresponsable, et demandons instamment à ses auteurs de faire marche arrière.
* Cosignataires : Claude Bédard, ancien directeur général des communications des réseaux français radio-télé de la SRC ; André Béliveau, ancien rédacteur en chef, affaires publiques radio, et ancien adjoint au directeur général de l’information radio et télévision à Radio-Canada, cofondateur du Conseil de presse du Québec ; Renaud Gilbert, premier directeur de RDI et ancien ombudsman de Radio-Canada ; Gilles Gougeon, journaliste et ancien animateur à la radio et la télévision de la SRC ; André Larin, ancien gestionnaire à la direction des programmes de Radio-Canada, ancien producteur indépendant