Fin du populisme autoritaire ? Pas si vite…

La reconstruction de l’État de droit dans un pays ayant connu une quinzaine d’années de « démocratie illibérale » n’est pas un pari gagné d’avance, souligne Me Raphaël Girard.

Au pouvoir depuis 2010 (et, auparavant, entre 1998 et 2002), le premier ministre hongrois Viktor Orbán a subi une défaite écrasante aux élections législatives du 12 avril 2026.

Cette défaite, à laquelle il faudrait également ajouter la défaite électorale du parti conservateur populiste Droit et Justice en Pologne lors des élections d’octobre 2023 et celle du président autoritaire Jair Bolsonaro au Brésil en octobre 2022, de même que le départ forcé du président vénézuélien Nicolás Maduro au début de janvier 2026, risque de pousser certains commentateurs à déclarer la fin du populisme autoritaire.

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Il est vrai que la défaite d’Orbán révèle de façon spectaculaire les limites du projet constitutionnel populiste autoritaire. Entre 2010 et 2026, le parti Fidesz de Viktor Orbán est parvenu à consolider son pouvoir par le biais de réformes constitutionnelles et à instaurer un ordre politico-juridique conforme à sa propre identité constitutionnelle illibérale et ultraconservatrice. La pierre angulaire de ce projet est sans doute la Loi fondamentale de la Hongrie de 2011, qui met de l’avant une vision idéologiquement chargée de l’identité nationale, de l’histoire et de l’ordre moral.

Au fil des années, la Hongrie de Viktor Orbán est en quelque sorte devenue l’exemple emblématique de la « démocratie illibérale », de même qu’un modèle – pour plusieurs mouvements politiques à la droite de l’échiquier politique – de gouvernance nationaliste conservatrice.

Le vice-président états-unien J.D. Vance avait d’ailleurs pris la peine de venir en Hongrie quelques jours avant les élections afin de déclarer son appui à Orbán et à son parti, le Fidesz.

Plusieurs croyaient l’homme fort Orbán indétrônable, compte tenu des changements constitutionnels et législatifs instaurés depuis son arrivée au pouvoir. Outre la Loi fondamentale de 2011 et ses amendements subséquents, qui ont réduit les compétences de la Cour constitutionnelle et permis au Parlement unicaméral dominé par le Fidesz de modifier l’organisation des tribunaux par le biais de lois cardinales, le Parlement a également adopté plusieurs lois et réformes controversées visant à enraciner le pouvoir du Fidesz.

Celles-ci incluent des lois abaissant l’âge de départ forcé à la retraite des juges (qui furent remplacés, pour la plupart, par des juges désignés sous l’autorité du Fidesz), l’affaiblissement du Conseil national de la magistrature au profit d’organes parallèles dirigés par des alliés du Fidesz, la création d’un Conseil des médias tout-puissant et contrôlé par le parti au pouvoir, de même que le redécoupage de la carte électorale à l’avantage du Fidesz. Par l’entremise d’une loi adoptée en 2017, Orbán a même poussé la prestigieuse Central European University, alors dirigée par l’ancien chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, à s’exiler à Vienne, en Autriche.

En partie grâce à ces changements, que la professeure Kim Lane Scheppele a décrits comme une forme de « légalisme autocratique⁠2 », le Fidesz avait remporté quatre élections législatives consécutives avec une supermajorité des deux tiers des sièges au Parlement.

Rétablir l’indépendance du pouvoir judiciaire

Or, ayant lui-même obtenu une majorité des deux tiers au Parlement, le parti Tisza dirigé par Péter Magyar devrait être en mesure d’annuler plusieurs de ces changements constitutionnels et politiques. Magyar a notamment promis de lutter contre la corruption et de rétablir l’indépendance du pouvoir judiciaire.

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Péter Magyar (au centre)

Cela dit, les commentateurs et constitutionnalistes d’inspiration libérale auraient tort de se réjouir trop rapidement. D’une part, Magyar est une figure de centre droit, ancien initié du Fidesz, qui demeure un « candidat surprise », dont les idées politiques demeurent encore relativement peu connues. Lors de la campagne électorale, Magyar a souvent préféré se tenir loin des questions plus controversées, telles que les droits des personnes LGBTQ+. Il a d’ailleurs refusé de participer au défilé de la Fierté en juin 2025, décrivant cet évènement comme un « piège » politique.

D’autre part, l’histoire récente montre que de nombreux populistes à travers le monde – de Donald Trump aux États‑Unis à Benyamin Nétanyahou en Israël, en passant par Andrej Babiš en Tchéquie – ont été en mesure de reconquérir le pouvoir relativement rapidement après avoir subi une défaite électorale.

En outre, plusieurs questions demeurent, notamment le sort des juges et des institutions instaurées sous le gouvernement d’Orbán.

Un enjeu similaire s’est posé et demeure à l’avant-plan en Pologne, à la suite de la défaite électorale du parti populiste autoritaire Droit et Justice.

Là-bas, la reconstruction de l’État de droit se révèle laborieuse – et la Hongrie pourrait suivre un chemin similaire.

La chute d’Orbán constitue indéniablement un coup dur pour la droite nationaliste conservatrice transnationale et, de façon plus large, pour le populisme autoritaire. Or, elle n’en signifie pas la fin. Elle rappelle plutôt que si la démocratie peut être reconquise par les urnes, elle se répare lentement, au prix d’un long processus et de compromis difficiles. Pour l’instant, en Hongrie comme ailleurs, rien n’est définitivement joué.


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