La confiance sociale, notre richesse nationale
Le Canada et les États-Unis sont à l’opposé quant à la confiance que ressentent leurs concitoyens les uns envers les autres.
Dans un monde où les tensions politiques semblent s’intensifier et où les débats publics deviennent parfois plus durs, un chiffre récent attire l’attention. Selon une enquête menée par le Pew Research Center dans 25 pays, les États-Unis sont le seul pays où une majorité de citoyens (53 %) estiment que leurs concitoyens sont immoraux ou peu éthiques1.
Le contraste est frappant. Le Canada apparaît comme le pays où la confiance sociale est la plus élevée : 92 % des répondants considèrent que la moralité et l’éthique des autres habitants de leur pays sont bonnes.
Ce résultat mérite que l’on s’y attarde. Car dans un monde de plus en plus polarisé, la confiance sociale devient une ressource précieuse qui se raréfie.
Et cette richesse nous concerne directement ici, au Québec. Elle fait partie d’un tissu social qui valorise encore la coopération, le dialogue et une certaine capacité à vivre ensemble malgré nos différences. Mais cette confiance n’est pas un acquis. Elle repose sur des mécanismes humains qu’il faut comprendre… et surtout entretenir.
Le cerveau humain est profondément social
Les neurosciences nous apprennent que notre cerveau est profondément social. Une grande partie de notre intelligence repose sur notre capacité à comprendre les autres, à coopérer, à ajuster nos comportements en fonction du groupe.
Mais ce même cerveau possède aussi un système de détection de menace très efficace. Face à l’incertitude ou aux conflits, il peut rapidement basculer vers la méfiance. Et ce basculement est amplifié par un phénomène bien connu : le biais de négativité.
Les informations négatives, conflictuelles ou alarmantes marquent davantage notre mémoire que les positives. Autrement dit, si nous avons l’impression que la société est de plus en plus divisée, ce n’est pas seulement une question politique. C’est aussi une question cognitive.
La confiance sociale : une richesse fragile à préserver chez nous
À l’ère numérique, cette tendance naturelle est amplifiée. Les plateformes en ligne favorisent les contenus qui suscitent des réactions émotionnelles fortes (indignation, colère, peur) parce qu’ils captent davantage l’attention. La cyberpsychologie montre ainsi que nos environnements informationnels peuvent donner l’impression que la société est profondément divisée, même lorsque la réalité est plus nuancée.
Une autre étude récente sur les discussions autour de l’actualité montre d’ailleurs que beaucoup de citoyens hésitent à parler des nouvelles avec leur entourage.
Non pas parce qu’ils s’en désintéressent, mais parce qu’ils craignent les conflits ou pensent que les autres ne veulent pas en parler. Donc nous voyons beaucoup de tensions dans l’espace médiatique, mais nous avons parfois moins de conversations réelles pour les mettre en perspective.
Se rencontrer pour nourrir l’intelligence collective
Or, du point de vue des neurosciences, ces conversations sont essentielles. Le dialogue stimule notre pensée critique, renforce l’empathie et permet de corriger nos perceptions erronées.
Lorsque nous échangeons avec des personnes qui ont des points de vue différents, notre cerveau active des réseaux cognitifs liés à la compréhension sociale et à la réflexion.
Autrement dit, discuter nous rend littéralement plus intelligents collectivement. À l’inverse, lorsque nous restons enfermés dans des bulles de filtres, nos positions, notre intelligence ont tendance à se rigidifier et la méfiance peut s’installer.
C’est pourquoi recréer du lien social est aujourd’hui un enjeu majeur. Et ce lien ne passe pas uniquement par les grandes institutions : il commence avec chacune et chacun d’entre nous. Discuter autour d’un café, participer à des activités locales, échanger dans les milieux de travail, dans les écoles ou dans les quartiers.
Alors que les technologies deviennent de plus en plus puissantes, la qualité de nos relations humaines devient donc stratégique. Le Québec et le Canada possèdent une richesse précieuse : un niveau élevé de confiance sociale. Et alors que la polarisation gagne du terrain, cette confiance constitue un véritable capital démocratique.
Pour la préserver, un geste simple : continuer à se parler.
Car à l’ère de l’IA, le véritable défi n’est peut-être pas tant de rendre les machines plus intelligentes… mais de cultiver l’intelligence humaine qui naît du lien entre nous.
*Auteure du livre Génération écrans, paru aux éditions Michel Lafon Québec
