La mobilité étudiante, un atout pour le Québec

Malgré le recul du nombre de visas accordés à des étudiants étrangers, le recteur de l’Université Concordia souhaite que se multiplient les échanges interuniversitaires enrichissants à tous points de vue.

Du 25 mars au 1er avril, la ministre de l’Enseignement supérieur du Québec, Martine Biron, préside la première mission internationale de son mandat en France et en Belgique. Au cours de ce voyage, les universités signeront une vingtaine d’accords de coopération. Dans un contexte de repli des politiques d’immigration et de concurrence accrue entre pays pour attirer les talents, ces partenariats prennent une importance stratégique.

Ce sera l’occasion pour l’Université Concordia d’officialiser notamment un programme d’échange étudiant entre l’École polytechnique de Paris et notre École de génie et d’informatique Gina-Cody.

L’École polytechnique est l’une des meilleures facultés d’ingénierie au monde. L’école Gina-Cody est classée parmi les 40 meilleurs programmes en génie civil ainsi que les 10 premiers au monde pour sa recherche en génie informatique, et se démarque au Canada pour sa recherche en cybersécurité, électrification et aéronautique.

Concordia accueille un millier d’étudiants français chaque année. Lors de ma dernière rencontre avec des diplômés de Concordia à Paris, ce qui m’a le plus surpris est qu’un grand nombre qui sont venus pour un seul semestre à l’université dans le cadre d’un programme d’échange éprouvent une profonde affinité pour Concordia et Montréal. Ce n’est pas surprenant, étant donné que notre ville est une métropole culturelle et universitaire unique en Amérique du Nord.

Malheureusement, les étudiants internationaux qui viennent au Québec avec un visa ont fait l’objet de nombreuses nouvelles restrictions ces dernières années. Ces obstacles se sont accentués davantage pour ceux qui souhaitaient rester ici après leurs études.

Toutefois, dans la plupart des cas, les échanges universitaires n’entrent pas dans cette catégorie.

Les étudiants de France et de nombreux autres pays n’ont pas besoin de visa pour fréquenter une université québécoise pendant moins de six mois. À ce titre, les échanges étudiants constituent un excellent outil pour maintenir – et oui, redorer – la réputation internationale du Québec.

Les programmes de mobilité reposent sur le principe que chaque établissement envoie et accueille environ le même nombre d’étudiants. Encourager la mobilité étudiante dans les deux sens nous permet de tirer pleinement parti de ces partenariats. Et il y a plus de 200 établissements français qui ont signé des accords de mobilité étudiante avec des partenaires québécois.

Grâce aux échanges internationaux, les étudiants québécois acquièrent des compétences professionnelles essentielles telles que l’adaptabilité, l’empathie et la capacité à gérer les différences culturelles.

Parallèlement, les étudiants en visite chez nous apportent des idées nouvelles à nos laboratoires, nos salles de classe et nos projets de recherche. Leur présence sur nos campus, bien que de durée limitée, nous enrichit aussi, et ils sont parmi nos meilleurs ambassadeurs une fois de retour chez eux.

Développer la connaissance du français

Concordia est une université québécoise d’expression anglaise. Presque 30 % de nos étudiants sont francophones. Mais je souhaite vivement que les étudiants non francophones tirent parti de nos partenariats pour découvrir de nouveaux horizons, développer leur connaissance de la langue française et ainsi améliorer leur employabilité.

Je félicite la ministre Biron d’avoir accordé un financement accru pour le Programme de mobilité internationale, ce qui contribuera à rendre possibles davantage de ces expériences.

J’espère que cette annonce incitera le gouvernement du Canada à changer de cap lui aussi. Il y a exactement un an, l’Expérience compétences mondiales (ECM), le programme canadien de mobilité étudiante à l’étranger, a cessé ses activités. En tant que projet pilote de cinq ans, l’ECM a aidé 15 000 étudiants canadiens de l’enseignement supérieur – dont beaucoup issus de groupes méritant une attention particulière – à étudier à l’étranger.

À mon sens, la mobilité étudiante entre le Canada et la France incarne parfaitement la manière dont nous pouvons construire l’alliance des puissances moyennes envisagée par le premier ministre Mark Carney.

Les jeunes qui connaissent et apprécient les deux pays finiront inévitablement par nouer des collaborations fondées sur leurs valeurs et leurs expériences communes.

Malheureusement, en raison des politiques des gouvernements canadiens et québécois, le nombre de visas étudiants au Canada a chuté de 74 % depuis janvier 2024. Il faudra du temps avant que la situation ne se stabilise et que le Canada et le Québec redeviennent de véritables destinations de choix pour les meilleurs talents.

D’ici là, les universités doivent aller de l’avant en concluant de nouveaux accords de mobilité étudiante pour rétablir la réputation internationale du Québec et, à terme, préserver le caractère international de nos universités et de nos villes.

Dans un contexte d’incertitude, miser sur la mobilité étudiante n’est pas seulement souhaitable : c’est une nécessité stratégique.


© La Presse