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Quelle famille pour les petits « revenants » de Syrie ?

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19.03.2019

Près de 90 enfants sont rentrés de la zone irako-syrienne depuis les premiers départs il y a cinq ans.

À leur retour, les juges doivent leur trouver une famille d’accueil tout en ménageant une place à leurs parents incarcérés. Cornélien.

Des femmes et des enfants fuient Baghouz, dernière poche de Daech où les combats font rage. / Chris Huby / Le Pictorium

Pour Maryam et Noussayba, la « page est tournée », se rassure leur père, Abdelhakim Labriak. Enlevées en 2014 par leur mère radicalisée, les deux fillettes – âgées aujourd’hui de huit et dix ans – ont vécu deux ans sous la bannière de Daech. Leur père, qui avait à l’époque remué ciel et terre pour retrouver ses filles, les dit métamorphosées : « Leurs terreurs au moindre bruit, leur façon de traiter les autres de “mécréant”, tout cela c’est fini. Ce sont deux petites citoyennes françaises comme les autres ! »

Enfants du califat de Daech, la délicate question du retour

Soit, mais une plaie reste néanmoins béante chez ces deux petites filles cabossées par la vie : la séparation d’avec leur mère, aujourd’hui incarcérée en France. Pour répondre à leur demande insistante, leur père a fini par déposer une demande de parloir. Les deux fillettes martèlent vouloir dire deux choses à leur mère : « Lui demander pourquoi elle est partie en Syrie… et lui dire qu’elles l’aiment. »

Un message à hauteur d’enfant aussi complexe que le casse-tête auquel font face les juges, chargés de décider des modalités d’accueil de ces jeunes revenants âgés, pour moitié, de moins de cinq ans. Où les placer à leur retour de la zone irako-syrienne ? Est-il préférable de les héberger chez un proche ou au sein d’une famille d’accueil ? Et quel lien maintenir avec les parents ? La justice tranche au cas par cas. « On s’adapte au maximum à leurs besoins, ils ont déjà subi tellement de déracinements et de séparations… », soupire un magistrat.

Comment la France prend en charge les enfants de Daech

Leurs premières heures en France sont souvent douloureuses puisque à peine sur le tarmac de Roissy Charles-de-Gaulle, ils sont séparés de leurs parents – la mère le plus souvent – incarcérés dans la foulée. « L’arrachement est d’autant plus brutal que les petits ont souvent vécu en vase clos avec elle », note Me Josine Bitton, avocate d’un de ces enfants.

Ils passent ensuite plusieurs mois en famille d’accueil – des foyers dont l’identité est gardée secrète pour les protéger d’éventuelles représailles des milieux djihadistes. L’occasion, pour les médecins, de diagnostiquer chez ces enfants d’éventuels syndromes post-traumatiques, troubles de l’attention, du sommeil, états dépressifs. L’occasion, aussi, de disséquer la constellation familiale.

« Les grands-parents réclament souvent leur garde mais nous devons, avant de trancher, bien connaître l’histoire familiale et ce qui a pu provoquer un départ en Syrie », se........

© La Croix