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Bertrand Périer, l’éloquence en partage

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26.03.2019

L’avocat forme des jeunes de Seine-Saint-Denis à la prise de parole en public, dans l’espoir de casser les déterminismes sociaux. Un joli pied de nez pour cet ancien timide.

Le samedi, Bertrand Périer raccroche sa robe d’avocat et passe le périphérique pour aller entraîner les étudiants du programme Eloquentia. / Joël Saget/AFP

Il y a deux Bertrand Périer… Tout dépend de quel côté du périphérique on le croise. À Paris, l’avocat prépare ses futures plaidoiries : de beaux dossiers plaidés devant la Cour de cassation ou le Conseil d’État avec, à la clé, des honoraires qu’on imagine confortables. Voilà pour la semaine.

Le samedi, le quadragénaire passe le périphérique comme on passe de l’autre côté du miroir pour aller enseigner l’art oratoire à une poignée de jeunes de Seine-Saint-Denis. Entre son cabinet parisien et ses étudiants du « 9-3 », quinze petits kilomètres. Un monde. Il le sait, c’est même précisément pour cela qu’il est là. Pour leur donner les « codes » de la prise de parole et casser les déterminismes sociaux.

« La parole est un marqueur social quasi infaillible, elle est redoutable », constate l’intéressé, le regard facétieux derrière des binocles sages. La parole a enfermé certains de ses étudiants, il entend les en libérer : « Je crois beaucoup à cette capacité de sortir de son destin par la langue. »

Comment ? En participant depuis ses débuts à Eloquentia, un programme de l’université de Saint-Denis créé en 2013 et sanctionné par un concours final. L’épreuve a été immortalisée par le bouleversant documentaire à voix haute (1). Le gagnant se targue du titre ronflant de « meilleur orateur » du 93.

Le samedi donc, cet avocat – charmant, voire un brin précieux – se meut en père fouettard de la langue française : « Je suis intraitable et je le revendique complètement. Les conjugaisons baroques, les liaisons hésitantes, les redoublements du sujet… Je n’abdique sur rien. Rien ! » Il raille en douceur, tance avec bienveillance et rassure ceux qui s’émouvraient d’être ainsi rabroués : « Je leur dis que je suis là parce que je les aime ! Sinon, je n’irais pas au bout de la ligne 13 le samedi matin gratuitement pour les rencontrer. »

« À voix haute », l’éloquence contre les clichés

« Amour », le mot surprend. Et, plus encore, dans la bouche de ce grand pudique. Il y a pourtant quelque chose dans cet engagement qui relève de l’amour quasi paternel… « Je n’ai pas d’enfant, c’est une autre façon de transmettre », glisse-t-il entre deux phrases anodines. « Je suis un ancien timide, j’ai mis vingt ans à apprivoiser l’art oratoire, j’aimerais leur faire gagner du temps. »

Lui, timide ? On peine à y croire tant le bonhomme déambule avec aisance et délectation dans la langue : « Si,........

© La Croix