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Bernard Tapie face aux juges

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11.03.2019

Bernard Tapie comparaît pour escroquerie, lundi 11 mars, dans l’affaire de l’arbitrage ayant soldé son litige avec le Crédit lyonnais. À ses côtés, cinq prévenus suspectés d’avoir intercédé dans l’intérêt d’un homme au détriment de l’intérêt public.

L’ancien homme d’affaires et politicien, en septembre 2018. / Emmanuel Dunand/AFP

Un quart de siècle. Voilà plus de vingt-cinq ans que l’affaire Tapie-Crédit lyonnais hante les tribunaux. Un jour, l’homme d’affaires – s’estimant lésé – saisit la justice ; un autre, il s’en détourne au profit d’un arbitrage privé ; un autre encore, elle le rattrape, le suspectant de graves enfreintes au code pénal. Difficile de résumer cette saga hors-norme ponctuée de jugements contradictoires, d’immixtions suspectes de l’exécutif et de discours tantôt victimaire tantôt vengeur du principal intéressé.

Le procès qui s’ouvre ce lundi 11 mars sera-t-il l’épilogue de ce marathon judiciaire commencé sous François Mitterrand ? Difficile de le dire. Seule certitude : les débats promettent d’être volcaniques. L’accusation considère que le préjudice de Bernard Tapie lors de la vente d’Adidas (à l’origine de toute l’affaire) est purement et simplement « inexistant » et qualifie l’arbitrage de 2008 d’« opération frauduleuse ». En face, l’ex-patron de l’OM, au mordant intact malgré une longue maladie, déclarait il y a quelques jours : « Je n’ai escroqué aucune décision de justice. La réalité, c’est que je n’ai jamais cessé d’être une victime dans cette affaire ». Ambiance.

Bernard Tapie devra rembourser les 404 millions d’euros

Tout débute en 1993 lorsque l’homme d’affaires mandate le Crédit lyonnais pour la vente de ses parts dans Adidas, le tout pour 2 milliards de francs (300 millions d’euros). Deux ans plus tard, la banque revend la marque à l’industriel Robert Louis-Dreyfus pour 4,65 milliards de francs (670 millions d’euros) – touchant au passage une confortable plus-value. Convaincu d’avoir été lésé, Bernard Tapie saisit la justice : il gagne, perd en appel, se pourvoit en cassation et, coup de théâtre, convainc l’exécutif – propriétaire du Lyonnais – de solder leur litige via un arbitrage privé. Le tribunal arbitral donne raison à l’homme d’affaires, lui octroyant 404 millions d’euros – dont 45 millions de préjudice moral. Émoi de la classe politique et de la communauté des juristes. La justice ouvre une instruction dans la foulée d’une commission d’enquête parlementaire censée faire toute la lumière sur les dessous de l’affaire.

Affaire Tapie contre le Crédit lyonnais, retour à la case départ

La conclusion des juges est cinglante : pour eux, l’homme d’affaires a « mobilisé ses soutiens politiques de manière à obtenir, par des pressions et des incitations auprès des personnes en charge dans l’appareil d’État (…), l’abandon de l’instance judiciaire, dont........

© La Croix