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Les fausses nouvelles, un phénomène vieux comme le monde

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16.12.2018

Les réseaux sociaux sont montrés du doigt dans la diffusion de fausses nouvelles à l’occasion de la mobilisation des « gilets jaunes » ou encore de l’élection de Donald Trump. En réalité, du Moyen Âge à la Révolution française, ce phénomène a existé sous de nombreuses époques, rappelle un livre (1) publié par deux historiens à l’été 2018.

Service de vérification de l’information dans le bureau de l’AFP à Rio de Janeiro, au Brésil. Le phénomène des fausses informations n’est pas nouveau, rappellent deux historiens. / MAURO PIMENTEL/AFP

Certains organes de presse se sont fait la spécialité ces dernières années, d’analyser et de démonter de fausses rumeurs qui sont de plus en plus nombreuses à être diffusées sur Internet. C’est par exemple de Checknews à Libération, de Decodex pour Le Monde, ou du service Factuel, lancé par l’AFP il y a un an.

Avec leur ouvrage Les fausses nouvelles, un millénaire de bruits et de rumeurs dans l’espace public français, les deux historiens Philippe Bourdin et Stéphane Le Bras comptent apporter de la profondeur historique dans l’analyse du phénomène.

« Nous avons décidé de faire ce travail peu après l’élection de Donald Trump, indique Stéphane Le Bras. Ce qui nous a motivés, c’est de donner des clés pour comprendre et déconstruire les fausses nouvelles aujourd’hui en faisant des parallèles avec d’autres périodes de l’histoire de France. »

En onze chapitres, les chercheurs nourrissent la réflexion en décryptant la diffusion de fausses nouvelles depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque de Facebook, en donnant la parole à des historiens, mais aussi à des journalistes. Nous en avons sélectionné trois, qui font écho à des actualités récentes.

Dès le Moyen Âge, des rumeurs sont responsables de drames. L’historien Jean-Luc Bray prend pour exemple la « fake news » récurrente pendant tout le Haut Moyen Âge, selon laquelle les lépreux seraient en cause lorsqu’un puits est empoisonné ou les juifs quand un enfant est assassiné.

Sur Internet, gilets jaunes et fausses informations

Pour lutter contre ces fausses informations, à l’origine de campagnes de calomnies et parfois d’exécutions, certaines autorités prennent la peine de publier des démentis. C’est ainsi le cas du l’empereur Frédéric II, contre les accusations de meurtres d’enfants portées contre des juifs vers 1235, ou encore du roi de France Philippe VI et du pape Clément VI, au milieu du XIVe siècle, pour dénoncer les accusations d’empoisonnements de puits par des lépreux et des juifs.

Mais comme aujourd’hui, ces correctifs publiés par le pouvoir en place mettent parfois plus de temps à se propager que la rumeur elle-même. « Il convient de tenir compte de la difficulté de la lenteur des circuits de propagation de ces rectificatifs auprès de l’ensemble de la population (par le relais de crieurs et des prêches), relativise Jean-Luc Bray, alors que le” bouche-à-oreille” va si vite. »

Avocat, homme politique et journaliste, Camille Desmoulins a une place à part parmi les hommes qui ont porté les idéaux de la Révolution. Fondateur de plusieurs journaux, il entreprend dès 1789 de mener par voie de presse des dénonciations calomnieuses, dites « patriotiques », pour déstabiliser et décrédibiliser ceux qu’il considère comme « des ennemis de la nation ».

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