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Une agriculture plus verte

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18.03.2019

La politique agricole commune (PAC) post-2020, qui sera discutée par les nouveaux eurodéputés à l’automne, devra être plus soucieuse d’environnement.

Un vieux berger dans les alpages. La PAC existe depuis presque soixante ans. / Julien Coquentin/Hans Lucas

Les 450 000 agriculteurs français et les 22 millions que compte l’Union observeront avec attention le résultat des élections au Parlement européen attendu pour le dimanche 26 mai au soir. De la composition de la future Assemblée dépendra, en grande partie, le prochain cadre financier qui organisera la politique agricole commune (PAC) à partir de 2020, en particulier l’importance de l’enveloppe qui lui sera allouée.

Or pour beaucoup d’exploitants, il s’agit là d’une question de survie économique. « C’est simple, sans la PAC, je ne pourrais pas me verser de salaire, même si c’est un petit smic pour 60 heures de travail par semaine », confie François Rihouet, 35 ans, éleveur à Périers, dans le Cotentin.

Associé à sa mère proche de la retraite, François Rihouet a repris la ferme familiale en 2012 : 100 hectares de terres et un cheptel de 250 bovins, principalement de race normande, qui produit, bon an mal an, 600 000 litres de lait livrés au géant du secteur, Lactalis. « Actuellement, je vends les 1 000 litres à 327 €. C’est mieux que lors de la crise, il y a trois ans, mais encore insuffisant. Il faudrait 396 € pour couvrir les coûts de production », souligne François Rihouet.

D’où l’importance des aides de la PAC qui représentent près de 10 % d’un chiffre d’affaires de 300 000 €. « En plus des aides directes à l’hectare, je reçois un bonus lié au respect de pratiques environnementales. Soit, au total, environ 290 € à l’hectare, poursuit-il. Le montant a baissé de 35 % depuis 2012, mais il me permet de vivre de mon travail. » Le cas de François Rihouet est emblématique : en moyenne, chaque agriculteur français perçoit 20 000 € par an au titre de la PAC. Ce qui explique sans doute l’attachement vital de la profession à la plus vieille politique communautaire.

« En soixante ans d’existence, la PAC a prouvé qu’elle était une réalisation majeure et incontournable de l’Union, souligne l’agroéconomiste Jean-Marie Séronie. Elle a permis de reconstruire l’agriculture européenne au sortir de la Seconde Guerre mondiale, d’assurer l’autonomie alimentaire du continent, d’intégrer une vingtaine de pays très différents, de garantir la qualité sanitaire des productions, d’intégrer des critères environnementaux et, enfin, de dégager un excédent commercial de 20 milliards d’euros par an. »

L’Europe a-t-elle renoncé à une PAC ambitieuse ?

Pourtant, malgré ses succès indéniables, la PAC fait l’objet de critiques tous azimuts. De la part de nombre d’agriculteurs qui estiment qu’elle ne les protège plus assez. Des écologistes qui considèrent que l’environnement est encore traité en parent pauvre. Des courants populistes qui soutiennent que l’on pourrait faire aussi bien, sinon mieux, au niveau national. « La PAC apparaît de moins en moins lisible, plus assez efficace et comme à bout de souffle », résume Jean-Marie Séronie.

Pour comprendre ces reproches, il faut remonter aux années 1990, quand l’Europe décide d’adapter sa politique agricole à la mondialisation, notamment en baissant le niveau de garantie des prix à la production et en levant les barrières de protection douanière. Dans les années 2000, une série de réformes « découple » les aides de la production et diminue les subventions à l’exportation pour un système basé sur trois principes : le soutien aux revenus, l’intégration d’exigences environnementales et le développement rural. « En clair, l’Europe continue de soutenir ses agriculteurs, mais plus assez pour les mettre à l’abri des fortes fluctuations de prix sur les marchés qui fragilisent nombre d’exploitations », décrypte Jean-Marie Séronie.

Bâtir une politique agricole commune « plus simple, plus flexible, plus verte » : c’est la triple ambition de l’actuel commissaire à l’agriculture, l’Irlandais Phil Hogan – dont le mandat s’achève dans huit mois –, à travers une proposition de réforme qui sera débattue à l’automne par la prochaine Assemblée européenne. En apparence, le projet n’a rien de révolutionnaire puisqu’il conserve l’architecture générale du système : aides directes d’un côté (pilier 1), soutien au développement rural de l’autre (pilier 2) (voir infographie ci-contre). Mais il suscite la polémique en raison du nouveau modèle de gouvernance proposé par la Commission.

« Actuellement, Bruxelles décide de tout,........

© La Croix