« Il faut fuir les communes LFI ! » : un syndicat policier appelle à quitter certaines villes sur fond de désaccord politique
Depuis le début des élections municipales, et notamment depuis l’élection de plusieurs maires progressiste, la polémique autour de l’armement de la police municipale reprend. Le 23 mars, un syndicat de policiers municipaux a franchi une nouvelle étape dans le piétinement de l’État de droit en enjoignant les agents à quitter les communes dirigées par la gauche.
« Les Policiers Municipaux doivent fuir les communes LFI ». Le message a le mérite d’être clair. Dans un communiqué rendu public lundi 23 mars, le Syndicat de Défense des Policiers Municipaux (SDPM), se revendiquant premier syndicat de la pression, appelle « les policiers municipaux à faire tout leur possible pour quitter » les communes remportées par La France Insoumise « seul ou en alliance avec des partis de gauche ».
Depuis le début des élections municipales, et notamment depuis l’élection de plusieurs maires progressiste, la polémique autour de l’armement de la police municipale (PM) reprend. Une ville en particulièrement au centre de l’attention médiatique : Saint-Denis, où Bally Bagayoko, élu après une alliance entre insoumis et communistes, entend désarmer progressivement sa police, en commençant par le LBD (Lanceur de balles de défense).
Le « sentiment d’impunité » à Saint Denis
Selon des sources policières reprises par Europe 1 (groupe Lagardère, contrôlé par le groupe Vivendi dont le propriétaire est le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré), le directeur de la police municipale de Saint-Denis et plusieurs adjoints seraient sur le départ. Selon cette même source, au moins 70 agents auraient fait savoir qu’ils souhaitaient être mutés.
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Plus de 20 millions d’euros ont été investis dans la PM depuis l’arrivée de Mathieu Hanotin à la tête de Saint-Denis, en 2021. Construction d’un commissariat, armement létal, effectifs multipliés par quatre, installation de 700 caméras sur le territoire… Au nom de la sécurité, le maire PS de la deuxième plus grande ville d’Île-de-France a choyé ses agents tout au long de son mandat. Au point qu’un « sentiment d’impunité s’est installé chez certains d’entre eux », accuse Yannis Abgrall, membre de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) de Saint-Denis. Ces six dernières années, lui et son équipe ont reçu des dizaines de témoignages de Dionysiens harcelés, humiliés et violentés par certains agents de la PM.
« Eu égard aux déclarations répétées de LFI, particulièrement hostiles aux forces de l’ordre en général et aux policiers municipaux en particulier, le SDPM exprime ses plus vives inquiétudes concernant le bien-être au travail à venir des policiers municipaux de ces communes », écrit le SDPM dans son communiqué. « Que ce soit sur la qualité du travail, les moyens alloués ou sur le plan individuel, l’avenir apparaît sombre pour ces agents. Il ne sera pas possible de travailler sereinement et efficacement en étant dépourvu de moyens et dans un climat de suspicion permanent », estime le syndicat policier.
« Ce n’est plus un désaccord professionnel, mais une remise en cause des principes du service public »
« Lorsqu’un syndicat de policiers appelle ses agents à ”fuir” certaines communes pour des raisons politiques, ce n’est plus un simple désaccord professionnel, c’est une remise en cause des principes du service public », fustige de son côté Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT-Intérieur Police. « Ce qui se joue ici dépasse largement le cadre d’une polémique, car il ne s’agit plus de discuter des moyens, des missions ou des conditions d’exercice, mais d’introduire l’idée que l’engagement des agents pourrait varier selon le contexte politique local », écrit l’enquêteur à la Brigade de répression du banditisme dans une note de blog. « Ce tract révèle autre chose : une remise en cause implicite, mais décisive, du principe de neutralité », s’inquiète l’auteur de « Que peut la police ? » (Éditions de l’Atelier).
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Ces polémiques ne sont pas nouvelles, bien qu’elles aient rarement atteint un retentissement si important. En juillet dernier, Mathilde Panot, présidente des députés insoumis, avait déchaîné les passions sécuritaires en proposant de désarmer les fonctionnaires municipaux et de réduire la vidéosurveillance. « Il n’y a aucune étude qui démontre le bénéfice d’armer tous les policiers », relevait Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS et auteur du livre De la police en démocratie (Grasset, 2016).
Quant à la capacité des polices municipales à faire refluer la délinquance, le chercheur notait l’absence de toute étude concrète pour l’affirmer : « Le ministre de l’Intérieur n’est pas intéressé à connaître la plus-value des polices municipales. Il lui suffirait de nous donner accès aux données d’intervention pour les étudier. Il veut juste mettre en avant les symboles de la coercition. »
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