Hyperconcentration, surproduction, « best-sellerisation »… comment les grands groupes, comme celui de Bolloré, tirent profit de la crise de l’édition

Alors que s’ouvre le Festival du livre de Paris, vitrine du secteur, les professionnels font grise mine. Confrontés à une baisse des ventes conjoncturelle et structurelle, éditeurs et libraires s’interrogent sur la nécessité de repenser un modèle à bout de souffle dont seuls les grands groupes tirent profit.

Installé pour la deuxième année consécutive sous la verrière du Grand Palais, le Festival du livre de Paris s’ouvre dans un contexte tendu. Entre la toute-puissance sécessionniste de Hachette, propriété du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, qui a tenu son propre salon du 13 au 15 mars au palais Brongniart, et l’annulation in extremis d’un partenariat entre le festival et le géant du commerce en ligne Amazon, qui fait une concurrence déloyale aux librairies indépendantes grâce à des tarifs postaux avantageux, les sujets d’inquiétude sont nombreux. Et le contexte particulièrement morose.

À commencer par des ventes en berne. Au premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires a reculé de – 3,2 % pour les grands formats et de – 1,5 % pour les poches, selon l’Observatoire de la librairie. Ces mauvais résultats font suite à un tassement du marché en 2025, avec 307 millions d’exemplaires de livres physiques neufs vendus, soit – 2,5 % en volume et – 1,5 % en valeur.

Emmanuel Macron ne cesse de claironner sa volonté de faire de la lecture une « grande cause nationale ». Or, on apprenait, en début d’année, une baisse de 25 % du budget consacré au livre et une baisse de 15 % des crédits alloués au Centre national du livre (CNL) qui attribue des bourses aux auteurs, des subventions aux éditeurs et aux festivals littéraires. « Y aura-t-il encore des lecteurs demain ? » alertaient, le 19 janvier, écrivains, artistes, auteurs et éditeurs mobilisés par le réseau Relief dans une lettre ouverte au président de la République et au gouvernement, en parlant d’un « effondrement programmé ».

« Tous les maillons de la chaîne ne sont pas au même stade de la crise »

Le livre et l’édition sont-ils en crise ? La réponse est à la fois conjoncturelle et structurelle. « Une partie de la jeunesse lit sur d’autres supports, ce n’est pas une crise de la lecture mais une crise de la lecture du papier,...

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