« Attaque contre la justice, réécriture de l’histoire, interdictions de mots… ce que décrit Orwell est déjà là » : entretien avec Raoul Peck, réalisateur de « Orwell : 2 + 2 = 5 »

Avec son nouveau film documentaire, Raoul Peck nous plonge dans les derniers mois de la vie d’Orwell et son œuvre visionnaire. Loin de la simple dystopie futuriste, ses écrits sont un véritable manuel de compréhension des mécanismes des régimes autoritaires. Double discours, réécriture du passé, négation des réalités, novlangue… Nous sommes déjà chez Orwell, alerte le réalisateur.

Après Karl Marx, Patrice Lumumba, James Baldwin, Ernest Cole, quelles sont les raisons de votre intérêt pour George Orwell ?

Je me suis toujours intéressé aux pensées et aux expériences qui permettent de comprendre le monde et, peut-être, de lutter contre ce qui ne va pas. Quand on m’a offert l’accès à l’ensemble des droits de l’œuvre d’Orwell, c’était un cadeau que je ne pouvais pas refuser. Je ne savais pas encore comment j’allais l’aborder, mais j’ai dit oui et je me suis mis au travail. Je voulais trouver mon Orwell. Le déclic a été très clair : à 18 ans, après Eton, il refuse Cambridge et Oxford et s’engage dans l’armée impériale britannique pour partir en Birmanie.

Là, tout bascule. Il découvre l’impérialisme de l’intérieur. Il participe à la machine coloniale, voit les pendaisons, fouette lui-même des Birmans. Humainement, c’est un choc. En rentrant en Angleterre, il décide de changer de vie. Il mettra son existence au service de cette vérité découverte : contrairement à ce que nous inculque notre éducation, l’Occident n’est pas le centre du monde. Il y a les autres, la majorité. C’est cet Orwell-là, presque tiers-mondiste, qui va être mon guide.

Cette plongée dans ses écrits change-t-elle votre vision d’Orwell ?

Je ne dirais pas que cela change ma vision, mais cela l’approfondit. J’ai toujours été étonné par la radicalité des jugements...

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