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« Par les faits, nous démontrons que la thèse néolibérale est totalement fausse » : la ministre du Travail Yolanda Díaz revendique le succès du modèle social espagnol

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29.05.2026

Confrontations avec Bruxelles, tensions avec les socialistes, résistance face à Washington… Principale figure de l’aile gauche du gouvernement de coalition, Yolanda Diaz, deuxième vice-présidente du gouvernement espagnol, ministre du Travail et de l’Économie sociale, revient sur les leçons à tirer des succès espagnols face au néolibéralisme. Entretien exclusif avec « l’Humanité magazine ».

Avec ses bons résultats macroéconomiques, l’Espagne devient une référence pour la gauche européenne. Votre gouvernement est-il en train de démontrer que la croissance peut aller de pair avec davantage de droits et de progrès sociaux pour les travailleurs et les travailleuses, à contre-courant des politiques promues par l’UE ?

Ministre du Travail et de l’Économie sociale

Les néolibéraux ont un adage qui dit – depuis plus de trente ans – que si l’on protège trop il ne peut y avoir ni croissance ni efficacité économique. Le succès espagnol, résultat en très grande partie des politiques que nous avons conçues dans ce ministère, démontre que cette affirmation est scientifiquement fausse.

L’échec de la réponse néolibérale de l’Europe face à la crise financière de 2008, avec ses politiques d’austérité, avait déjà constitué une leçon.

Les technocrates de Bruxelles, « les hommes en noir » de la troïka, avec leurs coupes budgétaires brutales, n’ont fait qu’aggraver les problèmes. Il n’y a eu aucune efficacité économique, et les effets sociaux ont été terribles. Ici, c’était la droite – le Parti populaire (PP) – qui dirigeait le pays à cette époque, et le résultat de ses politiques a été plus de déficit public, moins de services publics, un chômage à 27 %…

C’est clairement une autre voie que l’Espagne suit aujourd’hui…

Nous suivons le chemin totalement opposé, qui s’est avéré fructueux, en nous appuyant principalement sur deux leviers. D’une part, l’augmentation du salaire minimal, avec une hausse de 66 %. Et ses résultats actent la défaite du néolibéralisme, car tout le monde – les experts, les banques centrales… – disait qu’avec cette stratégie nous allions détruire des emplois.

Non seulement cela n’a pas été le cas, mais aujourd’hui l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), le FMI (Fonds monétaire international) et même la Commission européenne elle-même soulignent justement que le succès espagnol est largement obtenu grâce à l’augmentation du salaire minimal. L’autre pièce maîtresse est notre réforme du travail adoptée en 2022.

Immigration, Palestine, féminisme, progrès social… Les leçons de l’Espagne à l’Europe libérale

Celle-ci va aussi à contre-courant de la « flexibilité » tant louée par les libéraux, et la Commission européenne a été obligée de reconnaître ses mérites ; elle vient d’ailleurs de publier un nouveau rapport élogieux sur la transformation structurelle du marché du travail que nous menons.

Nous avons établi un cadre qui donne plus de stabilité aux travailleurs et travailleuses, plus de pouvoir de........

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