« Cette correspondance, est un moyen de neutraliser la peur et la colère » : les auteurs de bande dessinée Charles Berberian et Michèle Standjofski, échangent en dessin pour exorciser la tragédie libanaise |
À l’automne 2024, alors qu’Israël lançait son offensive au Liban, Michèle Standjofski et Charles Berberian se lançaient dans une correspondance en bande dessinée entre Beyrouth et Paris. Une conversation pour conjurer les angoisses de la guerre qui résonne tragiquement avec l’actualité.
« Et toi, comment ça va ? » La question semblait déjà absurde, limite indécente, à l’automne 2024, lorsque l’État hébreu décidait d’envahir le Sud-Liban. Aujourd’hui, la question ne se pose plus. Michèle Standjofski est une figure de la bande dessinée libanaise. Depuis Beyrouth où elle enseigne à l’Académie libanaise des beaux-arts, elle vit la guerre en direct.
Installé à Paris, Charles Berberian s’enferme dans l’angoisse des actualités qui l’obsèdent. Né à Bagdad d’un père arménien et d’une mère grecque, l’auteur a grandi au Liban avant de quitter le pays en 1975 au début de la guerre civile.
De conflit en conflit, quand la force triomphe, les perspectives s’assombrissent. Témoigner à deux en dessinant reste peut-être la seule chose à faire, sinon pour aller mieux, du moins pour faire face au chaos et réaffirmer les valeurs de la paix.
Depuis Beyrouth, comment avez-vous vécu la nouvelle offensive israélienne ?
Dessinatrice et scénariste de bande dessinée
Très mal dans la mesure où cette nouvelle guerre risque de déstabiliser encore plus profondément le Liban. Mais, à Beyrouth, nous vivons dans un état d’insécurité chronique permanent. Les crises aiguës s’enchaînent dans un contexte de crises multiples. Notre cerveau n’est pas humainement capable de gérer tous ces problèmes en même temps. On n’en voit pas le bout.
À l’automne 2024, comment avez-vous décidé de lancer cet échange ?
Dessinateur et scénariste de bande dessinée
Pendant la pandémie, nous avions déjà commencé une correspondance avec Michèle. Quand la guerre a éclaté, je prenais de ses nouvelles, et elle me disait........