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Procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty : pourquoi Laurent Nuñez doit-il être réentendu après son témoignage controversé ?

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24.02.2026

Dans son témoignage, lu vendredi 20 février au procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty, le ministre de l’Intérieur a estimé qu’une campagne de haine comme celle ayant visé le professeur ne l’exposait « pas nécessairement » au risque d’être assassiné. Une déclaration saluée par la défense sur laquelle il est revenu dans un mail envoyé dimanche à la présidente de la cour d’assises spéciales de Paris. Une démarche hors procédure. La magistrate a en conséquence décidé de réentendre Laurent Nuñez.

Le ministre de l’Intérieur pensait ouvrir un parapluie, il se retrouve pris dans la tempête. Tout commence la semaine dernière avec son témoignage lu vendredi devant la cour d’assises spéciales de Paris où se tient le procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty. Livrées en tant qu’ancien coordinateur antiterroriste à l’Élysée, les déclarations de Laurent Nuñez – qui n’a pas eu en tant que membre du gouvernement l’autorisation de se présenter à la barre – faisaient suite à des questions de la défense d’Abdelhakim Sefrioui et d’une partie civile.

À celle-ci qui lui demande si « désigner publiquement et nominativement une personne comme ayant porté atteinte au prophète ou à l’islam » pouvait « objectivement l’exposer à un danger grave pour sa sécurité », l’actuel ministre de l’Intérieur répond alors par la négative. La défense d’Abdelhakim Sefrioui, rejugé pour avoir été, avec un père d’élève, Brahim Chnina, l’artisan de la campagne de haine qui avait précédé l’assassinat du professeur le 16 octobre 2020, avait aussitôt salué un « fait majeur » tandis que plusieurs parties civiles avaient exprimé auprès de l’AFP leur consternation.

Le ministre revient sur ces déclarations dans un mail

En première instance, Abdelhakim Sefrioui avait été condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, la peine maximale. Quand bien même ils ne connaissaient pas l’assassin, un jihadiste tchétchène, la cour avait estimé qu’avec Brahim Chnina ils avaient délivré une« véritable fatwa numérique » et « préparé les conditions » du crime « en livrant l’identité » de l’enseignant sur les réseaux sociaux. La première cour d’assises avait ainsi établi un lien « causal » entre la campagne en ligne et l’assassinat commis par Abdoullakh Anzorov.

Et c’est ce lien que ébranlé le témoignage du ministre, qui comptait par ses déclarations prémunir l’État d’une mise en cause alors qu’aucune procédure n’avait été ouverte suite à cette campagne haineuse. Laurent Nuñez a alors décidé de corriger le tir en intervenant de nouveau via un mail envoyé dimanche à la présidente de la cour.

Un livre pour comprendre le procès de l’assassinat de Samuel Paty

Il y précise, selon les informations du Monde, qu’il « répondai (t) à une interrogation précise d’une avocate de parties civiles mettant manifestement en cause la réactivité des services de l’État dans la détection de la menace » mais qu’« en revanche » il n’y a « aucun doute dans (s) on esprit (…) : la désignation de Samuel Paty dans la polémique initiée par les accusés a conduit de manière irréfutable le terroriste à le choisir comme cible de son projet d’attentat. Tout ceci atteste à mes yeux de manière certaine du lien de causalité entre les publications des deux accusés et la mort violente de Samuel Paty ». Et d’ajouter qu’il ne « se démarqu(e) en aucune façon de l’accusation ».

Laurent Nuñez réentendu avant mercredi 10 h 30

Me Vincent Brengarth, un des avocats d’Abdelhakim Sefrioui, s’est dit « abasourdi » par cette démarche entreprise par un membre du gouvernement à destination d’une magistrate, tandis que la défense unanime a dénoncé une « atteinte à la séparation des pouvoirs ».

De son côté, dans un arrêt lundi, la présidente de la cour a indiqué que ce mail, envoyé par le ministre depuis son adresse personnelle dimanche soir à 22 h 57, l’avait été « sans respect des formalités » du code de procédure pénale, et qu’en conséquence Laurent Nuñez devra être réentendu. Les mêmes questions lui seront posées par un haut magistrat pour être lues à la cour, avant mercredi 10 h 30, selon l’arrêt.

Assassinat de Samuel Paty : deux magistrates récusées du procès pour manque d’impartialité

Mi-février un autre épisode avait déjà perturbé la bonne tenue de ce procès avec la récusation de deux magistrates de cette cour spécialement composée de sept juges professionnels, après des doutes sur leur impartialité émis par la défense. Le verdict doit être rendu samedi. Outre Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, deux proches de l’assassin sont rejugés pour complicité d’assassinat.

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