Harcèlement transphobe d’Imane Khelif : l’influenceur d’extrême droite Papacito attendu au tribunal
L’influenceur d’extrême droite Papacito est attendu au tribunal correctionnel de Paris ce jeudi 26 février. Il est accusé d’avoir contribué à la campagne d’harcèlement transphobe et misogyne de la boxeuse algérienne Imane Khelif, accusée d’avoir menti sur son genre lors des Jeux olympiques 2024.
La tête d’affiche de la sphère masculiniste à la française, l’influenceur Papacito, est de nouveau attendue au tribunal correctionnel de Paris. L’idéologue d’extrême droite, de son vrai nom Ugo Gil-Jimenez, est jugé ce jeudi 26 février pour le cyberharcèlement de la boxeuse algérienne Imane Khelif, lors des Jeux olympiques organisés de Paris à l’été 2024.
Victime d’une cabale transphobe, la médaillée d’or avait déposé plainte le 12 août 2024. Elle y dénonce une « campagne féroce » à son encontre de l’extrême droite mondiale, de Papacito à Elon Musk. L’enquête a été confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH).
« Des répercussions dramatiques pour les victimes »
L’accusation reproche à l’influenceur de 39 ans d’avoir relayé des propos transphobes et misogynes sur le réseau social TikTok, où il réunit plus de 30 000 abonnés. « C’est important que la justice passe, et qu’elle rappelle que l’espace numérique n’est pas une zone de non-droit, rappelle l’avocat d’Imane Khelif, Me Nabil Boudi. Le cyberharcèlement, de manière générale, peut avoir des répercussions dramatiques pour les victimes. »
« Mon client s’étonne de se voir reprocher une prétendue campagne de cyberharcèlement alors qu’il s’est strictement borné à exprimer son avis dans le cadre de la controverse relative à l’éligibilité d’Imane Khelif à concourir dans la catégorie féminine », a de son côté réagi l’avocat de Papacito, Me Martial Groslambert.
Paris 2024 : la boxeuse algérienne Imane Khelif, victime d’un déchaînement transphobe après un combat victorieux
La campagne transphobe autour de la championne olympique avait trouvé son origine dans l’exclusion de cette dernière – comme de la Taïwanaise Lin Yu-ting – des championnats du monde à New Delhi, en mars 2023. Selon la Fédération internationale de boxe (IBA), Imane Khelif avait échoué à un test destiné à établir son genre.
Non reconnue par le monde olympique, l’IBA a refusé de préciser quel type de test avait été pratiqué. Pour le Comité international olympique (CIO), son éligibilité ne faisait aucun doute : elle pouvait participer aux Jeux dans le tournoi féminin. Mais l’exclusion de New Delhi a refait surface quand son adversaire au premier tour, l’Italienne Angela Carini, a abandonné dès la première minute de leur combat.
Sur les réseaux sociaux, la boxeuse a alors été victime d’une campagne de haine et de désinformation, empreinte de racisme, la présentant comme un « homme combattant des femmes ». La victime des menaces avait alors répondu, après sa victoire à la finale des -66 kg : « Je suis une femme forte avec des pouvoirs spéciaux. Depuis le ring, j’ai envoyé un message à ceux qui étaient contre moi. Je suis pleinement éligible pour participer, je suis une femme comme les autres. Je suis née femme, j’ai vécu en tant que femme et j’ai concouru en tant que femme. »
Des obsessions complotistes, masculinistes et racistes
Né à Toulouse et domicilié en Espagne, Papacito est l’une des figures de cette extrême droite prônant la virilité comme valeur cardinale et ayant trouvé refuge sur Internet, du Raptor dissident à Julien Rochedy, en passant par Thaïs d’Escufon. Tous ont en commun de véhiculer en masse leurs obsessions complotistes, masculinistes et racistes sur les réseaux sociaux comme sur des plateformes (YouTube, Twitch, etc.) et s’inscrivent dans un projet politique autoritaire et fasciste.
Ugo Gil-Jimenez – 160 000 abonnés sur Instagram – est déjà bien connu des services d’enquête. Il avait, en juin 2021, publié une vidéo sur YouTube où il simulait l’exécution d’un électeur de la France insoumise (LFI). Une enquête avait été ouverte par le parquet de Paris, pour « provocation publique non suivie d’effet à la commission d’atteintes à la vie ou à l’intégrité des personnes ». Cette dernière avait été classée sans suite fin 2021.
Féminisme, masculinisme et Thaïs d’Escufon… Mélissa Amneris dans ÇA IRA !
En avril 2024, Papacito a été condamné pour « injures homophobes » et « incitation à la violence » envers le maire de Mont-joie, un village de moins de 200 habitants du Tarn-et-Garonne. La justice avait alors estimé que l’influenceur avait « contribué », par ses vidéos, à « susciter l’acharnement qui s’est abattu sur le maire » ; ce dernier ayant reçu de nombreuses menaces de mort et dû être placé sous protection policière. Cette affaire avait conduit YouTube France à clôturer sa chaîne en juin 2023. Il avait écopé de 5 000 euros d’amende.
Outre Papacito, un autre homme sera jugé jeudi 26 février par le tribunal de Paris : un influenceur algérien de 31 ans soupçonné d’avoir cyberharcelé et d’avoir proféré des menaces de mort racistes à une autre boxeuse, la sportive marocaine Oumayma Bel Ahbib. Elle avait porté plainte le 7 août 2024, dénonçant des menaces, des injures et du cyberharcèlement, lui valant cinq jours d’ITT.
Elle a affirmé avoir été accusée à tort par ces internautes d’être « l’instigatrice des rumeurs sur le genre d’Imane Khelif ». En France, le cyberharcèlement peut être puni de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.
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