En Italie, le référendum contre l’indépendance la justice vire au fiasco pour Giorgia Meloni

Le « non » l’a emporté assez largement avec une participation record. L’enjeu était crucial : défendre l’indépendance de la justice et la désignation des magistrats. Pour la première ministre d’extrême droite, il s’agit d’un revers politique majeur.

« Che sollievo ! » Quel soulagement ! Les Italiens ont défendu un pilier de l’État de droit et fait preuve d’un sursaut démocratique en rejetant le référendum voulu par la cheffe du gouvernement d’extrême droite, Giorgia Meloni. Selon les résultats quasiment définitifs, le « non » l’a emporté avec environ 53,7 % des suffrages, contre 46,3 % pour le « oui », avec une participation record pour ce type de scrutin : plus de 59 %.

La réforme touchait à la Constitution italienne de 1947 en matière d’organisation de la justice. « Il faudrait avoir dormi pendant toute la campagne électorale pour ne pas se rendre compte que le gouvernement tente de contrôler le pouvoir judiciaire », prévenait Andrea Fabozzi, le rédacteur en chef du quotidien communiste Il Manifesto. Il a été entendu.

Cette attaque en règle contre la justice italienne avait précisément pour but de fragiliser les juges, en les inféodant au pouvoir exécutif et législatif. Dans le détail, le texte consistait à permettre au Parlement et au président de la République de nommer, ou proposer des juges qui seraient ensuite tirés au sort, alors que les magistrats sont aujourd’hui élus par leurs pairs.

Une défaite politique majeure

Un point que l’extrême droite, et notamment Galeazzo Bignami, le chef du groupe de Fratelli d’Italia (le parti néofasciste de Meloni) à la Chambre des députés, n’a eu de cesse de présenter comme un simple « détail technique ». C’est pourtant un point central d’un État de droit. Cette réforme s’inscrivait dans un contexte où, à plusieurs reprises, des décisions de justice avaient empêché Giorgia Meloni de mettre en œuvre plusieurs de ses mesures, notamment l’ouverture de camps de migrants en Albanie.

Italie : un référendum pour remettre en cause l’indépendance de la justice

Le secrétaire général de la CGIL (Confédération générale italienne du travail, principal syndicat transalpin), Maurizio Landini, membre du Comité de la société civile pour le « non » au référendum, s’est réjoui de cette victoire : « La Constitution ne doit pas être modifiée, elle doit être appliquée. C’est un message d’unité. »

Il a appelé, comme l’ensemble de la gauche, notamment Potere al popolo (Pouvoir au peuple, l’alliance de la gauche italienne) et le Comité pour le « non », à célébrer cette victoire sur la piazza Barberini, au centre de Rome. Des manifestations spontanées ont éclaté dans tout le pays, sur les grandes places des principales villes, en scandant « Meloni démission ! »

Pour la première ministre, il s’agit d’une défaite politique majeure, la première depuis son accession au pouvoir en 2022. Elle avait fait de ce référendum un plébiscite pour l’ensemble de sa politique. Son camp s’est empressé de botter en touche : « Nous avons dit que le référendum n’aurait aucune incidence sur le gouvernement », a déclaré Galeazzo Bignami.

Pour éviter une mise en cause personnelle, elle avait laissé son allié, le vice-président du Conseil et ancien ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, faire le « sale boulot » : la mise en cause de la magistrature sur l’air des « juges rouges », refrain bien connu en Italie depuis l’époque de Silvio Berlusconi. Matteo Salvini a lui-même été mis en cause dans plusieurs affaires, notamment pour avoir refusé de laisser débarquer des navires ayant recueilli des migrants en Méditerranée.

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