Moyen-Orient : tankers ciblés, mines iraniennes, scenario états-unien d’escorte de navires… Vers la bataille du détroit d’Ormuz ?
Au douzième jour de la guerre au Moyen-Orient, la tension dans le détroit d'Ormuz atteint son paroxysme. Alors que des tankers ont été visés mercredi 11 mars par des projectiles, l’Iran aurait commencé à poser des mines le long du passage stratégique. Les États-Unis, qui n’ont toujours pas escorté de navire mais font planer ce scénario, accentuent leurs menaces sur le régime islamique.
Il est désormais certain que la guerre illégale lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran durera beaucoup plus longtemps que la précédente, celle dite des douze jours, survenue en juin 2025. Au douzième jour de l’escalade, la tension monte tout particulièrement autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique au Moyen-Orient – un tiers du pétrole mondial et environ 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) y transitent. Son blocage fait poindre le risque d’une crise économique mondiale. Seuls quelques tankers, présumés transporter de l’or noir iranien, seraient autorisés à le franchir. D’autres y parviendraient également en désactivant leur traceur GPS.
Dès le départ, le régime islamique a prévenu que tout navire qui se risquerait à traverser le détroit serait immédiatement attaqué. Le passage à l’acte semble se confirmer. Mercredi, un porte-conteneurs, un cargo et un vraquier ont été touchés par des « projectiles inconnus », selon l’agence maritime britannique UKMTO. Cette dernière a répertorié 14 incidents de ce type depuis le 28 février. Un récent décompte de l’AFP fait même état d’une vingtaine de navires commerciaux visés.
La veille, le principal instigateur de cette crise majeure, Donald Trump, a joué la surenchère avec Téhéran. « Si pour une raison quelconque des mines ont été posées et qu’elles ne sont pas retirées immédiatement, les conséquences militaires pour l’Iran seront sans précédent », a-t-il martelé sur son réseau Truth social. Dans la foulée, l’armée états-unienne a annoncé avoir « éliminé plusieurs navires de guerre iraniens, dont 16 navires mouilleurs de mines ».
Guerre en Iran : se dirige-t-on vers une crise énergétique monstre ?
Des mines, dans le détroit d’Ormuz ? D’après la chaîne CNN, les gardiens de la révolution islamique en auraient déjà placé « quelques dizaines » et sont en capacité de « déployer un barrage de navires poseurs de mines dispersés, de bateaux chargés d’explosifs et de batteries de missiles basées à terre ». Ils disposeraient en outre d’un « stock de mines navales compris entre 2 000 et 6 000 mines », précise le Soufan Center, organisme spécialisé sur les questions de sécurité.
Côté iranien, si ces informations n’ont pas été commentées, user d’une telle stratégie signifierait de fait bloquer la route maritime pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois et ainsi faire s’enliser le conflit. Ce ne serait pas la première fois que l’armée iranienne se sert de mines : durant la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988), elle en avait déjà disséminées dans le golfe Persique, avec des impacts importants sur la navigation.
Hormis cette nouvelle menace, plusieurs options sont envisagées par le Pentagone pour rouvrir le passage. Outre l’octroi d’assurances publiques à bas coûts pour les navires privés d’assurance face au danger et à l’explosion des prix des contrats – ce mécanisme n’a pas encore vu le jour -, l’hypothèse d’une escorte militaire des tankers et des méthaniers hors du détroit fuse de toute part.
Les cours du pétrole tanguent dangereusement
Selon plusieurs sources militaires contactées par l’Humanité, un tel scénario paraît improbable au vu des risques d’envoi de missiles et d’attaques de drones précitées, de l’étroitesse du passage, ainsi que du nombre exponentiel de bateaux états-uniens qu’il faudrait mobiliser. D’après l’agence de presse Reuters l’US Navy, la marine américaine, a également confirmé son refus de toute escorte militaire malgré les demandes quasi quotidiennes de l’industrie maritime.
Pourtant, le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a pris tout le monde de court, mardi, en prétendant que la marine états-unienne avait « escorté avec succès » un pétrolier. Information immédiatement démentie par le porte-parolat de Maison-Blanche. L’intéressé a par la suite supprimé son message sur X.
Cette fake news a fait réagir les marchés : les cours du pétrole ont baissé peu après les déclarations de Chris Wright, avant de repartir à la hausse une fois ses propos contredits. Parce que les places boursières sont suspendues aux déclarations hasardeuses de Washington, leur extrême volatilité préoccupe au plus haut point. Lundi, le Brent (référence du marché mondial) a ainsi enregistré la plus grande variation intrajournalière de son histoire, grimpant jusqu’à 119,50 USD le baril dans les premières heures avant de chuter spectaculairement à 83,66 USD en soirée.
Guerre en Iran : le détroit d’Ormuz, levier énergétique pour Téhéran et Washington
Cette fluctuation inédite fut le fait des déclarations tonitruantes de Donald Trump à propos d’une éventuelle fin imminente de la guerre contre l’Iran. Celles de Chris Wright consistant à agiter le spectre d’escortes des pétroliers procèdent du même but : se borner à du pur déclaratif plutôt qu’à réellement agir dans l’espoir de rassurer les marchés.
Dans le détroit d’Ormuz, cette tactique chaotique se traduit par le refus systématique de la marine états-unienne de donner suite aux demandes de l’industrie maritime s’agissant des navires bloqués. D’après CNN, près de 15 millions de barils par jour de production de pétrole brut, ainsi que 4,5 millions de barils de carburants raffinés, sont actuellement bloqués dans le Golfe.
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