Un suspense efficace sur l'un des plus grands criminels du siècle dernier
Surnommé le Cézanne de la fausse monnaie, Jan Bojarski a connu un destin exceptionnel, ce que ne rend pas toujours justice Le faux-monnayeur : L'affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé qui sacrifie la profondeur de son sujet afin de rendre le film le plus divertissant possible.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'ingénieur polonais Jan Bojarski (Reda Kateb) s'est réfugié en France où il utilisait ses talents pour la contrefaçon au service de la population juive en leur fournissant de faux papiers. Après l'occupation, il est devenu l'un des plus grands faux-monnayeurs du 20e siècle, mettant le commissaire Mattei (Bastien Bouillon) en échec tout en mentant pendant des années à sa femme (Sara Giraudeau) et à ses enfants.
Ce qui frappe d'emblée avec ce long métrage est son universalité. Même s'il a aidé son nouveau pays d'accueil en protégeant ses membres les plus sensibles, le personnage principal n'a pu s'y intégrer correctement. Au contraire, il fut rapidement rejeté à cause de ses origines étrangères. Cela ne l'a pas empêché de vivre son rêve américain. L'argent est le symbole de la réussite et le protagoniste en a imprimé des tonnes. Il ne le faisait pas tant à des fins pécuniaires que pour être reconnu pour ses talents artistiques.
Peu nuancée, la création présente Jan Bojarski en termes de figure géniale et tragique frappée par le destin. Ce héros n'hésitait pas à aider les autres pendant et après la guerre, alors que ses associations malheureuses avec des malfaiteurs étaient toujours à son corps défendant. Ses seules zones grises sont rares et sa quête identitaire limitée, ce qui en fait un être plutôt monolithique. S'il n'était pas là pour sa famille, c'est pour mieux se «tuer» au travail afin que ses progénitures aspirent à une meilleure existence que lui. Un sacrifice où sa solitude et son obsession s'expriment par une image puissante: celle où il se trouve seul à imprimer de faux billets.
Avec son visage rongé par le temps et sa voix douce, Reda Kateb (Hors norme) est parfait dans le rôle principal. Non seulement l'acteur illumine la production, mais il demeure généreux envers ses partenaires de jeu. Il forme un couple crédible avec Sara Giraudeau (Le sixième enfant) qui trouve sans cesse des moyens de faire oublier les stéréotypes en place. Bastien Bouillon retrouve un personnage bouillant d'enquêteur comme dans La nuit du 12 et Pierre Lottin commence à être abonné à ces rôles d'amis voyous qui après L'étranger, finissent par causer la perte du héros.
Le thème du faussaire ne tarde pas à devenir le symbole de la mise en scène de Jean-Paul Salomé. Cinéaste caméléon, s'il en est un, capable du meilleur (La syndicaliste) comme du pire (Belphégor, le fantôme du Louvre) en changeant régulièrement de registre, le voilà imiter ses maîtres en multipliant les références. L'ambiance générale est aux classiques de Jean-Pierre Melville où le code d'honneur est privilégié. Les scènes d'action rappellent The Untouchables de Brian De Palma, le coup de fil de Bojarski à Mattei évoque celui de Leonardo DiCaprio à Tom Hanks dans Catch Me If You Can de Steven Spielberg et une rencontre au sommet entre l'homme de l'ordre et l'homme de l'ombre s'effectue de la même façon que dans le Heat de Michael Mann. Si la réalisation s'avère dynamique avec sa reconstitution historique soignée (qui n'est pas sans rappeler celle de Les femmes de l'ombre du même Salomé), elle demeure au final plutôt académique, parsemée de dates afin de ne jamais perdre le spectateur.
L'ensemble souffre surtout d'un scénario superficiel et anecdotique qui tente de résumer en deux heures et des poussières un parcours hors de l'ordinaire. Cela donne des moments agréables, comme lorsque le protagoniste est au travail et que la jolie musique dicte le pas. Mais les dialogues pesants, les ellipses explicatives et les nombreuses répétitions alourdissent le récit qui finit par ressembler à tous ces biopics qui prennent régulièrement l'affiche.
À la fois efficace et conventionnel, captivant, mais peu transcendant, Le faux-monnayeur permet d'apprendre plein de choses sur Jan Bojarski même si un documentaire aurait sans doute davantage marqué les esprits. Par le biais de la fiction, le film arrive à parler d'une époque qui est loin d'être révolue: celle où les injustices et les inégalités poussent la survie jusque dans l'illégalité.
