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Trêve ou flottement au sommet ? Quoiqu’il en soit, voilà les 9 questions de fond auxquelles Emmanuel Macron devra absolument répondre s’il veut reprendre la main

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19.04.2019

Nicolas Goetzmann : Cette question est fondamentale, parce qu’elle conditionne l’ensemble de la politique économique du gouvernement, mais également la politique européenne. Depuis le début de son quinquennat, et comme François Hollande avant lui, Emmanuel Macron mène une action qui part du principe que la France souffre d’une crise de l’offre qui doit être traitée par le biais de réformes structurelles, et dont la loi travail en est l’exemple parfait. C’est la ligne du gouvernement qui considère que l’économie française est structurellement inadaptée : c’est l’offre le problème.

Le bémol est que les mesures annoncées par le président au mois de décembre sont plutôt de nature à traiter une crise de la demande (on donne une réponse à une conjoncture défavorable) parce qu’elles viennent soutenir le portefeuille des classes moyennes. Cependant, ces mesures ont plus été une tentative d’adresser une réponse temporaire à une crise qu’un changement de diagnostic, Emmanuel Macron se fie encore à l’idée que le pays souffre d’une crise de l’offre.

Toutefois, si comme de nombreux économistes le disent - contrairement à Emmanuel Macron - le pays est touché par une forte crise de la demande - ce qui bouleverse le diagnostic - alors les réformes Macron seront simplement inopérantes, voire même contre productives. La question est donc essentielle et conditionne finalement tout.

Parce que dans le cas ou l’Europe accuserait un manque de demande (une conjoncture durablement fragile) alors la solution est une relance monétaire (un changement de mandat de la BCE par exemple) coordonnée avec une relance budgétaire au niveau européen. Ce qui est parfaitement opposé à ce qui est idéologiquement proposé aujourd'hui en Europe. Il est donc possible que, et l’Europe, et le gouvernement, soient totalement passés à côté du problème économique réel.

Et pourtant. Une crise de l’offre se caractérise généralement par une faible croissance et une inflation en progression rapide, ce qui montre que la structure de l’économie (l’offre) n’est plus capable d’absorber la demande, alors qu’une crise de la demande se caractérise par une faible croissance, une faible inflation, et un taux de chômage élevé. Tout semble indiquer que c’est bien le second diagnostic qui correspond le plus à la réalité, et qu’il existe donc une erreur fondamentale dans l’approche. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe aucun problème concernant l’offre, mais qu’il ne s’agit tout simplement pas du problème principal auquel nos économies européennes sont confrontées.

Nicolas Goetzmann : La voie du ruissellement, choisie par Emmanuel Macron, consiste à favoriser le capital avant tout, en espérant que cela puisse générer un fort investissement, qui se traduira en croissance, puis en emploi, et en revenus pour la population. C’est un espoir déçu. La voie de l’action directe est celle choisie par Emmanuel Macron en décembre dernier en soutenant le pouvoir d’achat des Français par le biais du déficit budgétaire. La première solution n’a pas apporté les résultats escomptés, et la seconde solution ne peut être érigée en système durable et pérenne. Il faut donc trouver une autre voie, qui serait celle de l’action indirecte, qui consiste tout simplement à pousser les croissances européenne et française à leur plein potentiel, pour atteindre le plein emploi, ce qui se traduira par une croissance des salaires et des revenus, mais dans un système pérenne ou tout le monde s’y retrouvera : les entreprises, les salariés, et l’Etat. Dans une telle configuration, c’est le pouvoir politique qui met en place, macroéconomiquement, les conditions d’un développement économique optimal, et les règles du marché s’occupent dans un second temps de la redistribution de cette croissance, mais dans un marché équilibré entre employeurs et salariés, ou le pouvoir de négociation est partagé. C’est le modèle des 30 glorieuses, qui n’a rien d’obsolète.

Christophe Bouillaud : Comme le montre aussi bien le choix fait en matière de Brexit que l’isolement de la France dans le cadre du mandat donné à la Commission d’engager des négociations commerciales avec l’administration Trump, la polémique sur les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite qui, comme par un heureux hasard, ne tuent jamais personne, ou les développements du conflit interne à la Libye avec l’offensive du Maréchal Haftar, on ne peut pas dire que Paris soit vraiment soutenu par ses partenaires et au centre du jeu. Surtout, il devient de plus en plus évident que, au-delà des grandes protestations mutuelles d’amitié et de coordination, les autorités françaises et allemandes ne sont pas exactement sur la même ligne. Sur le Brexit, on a failli avoir un clash aux conséquences dévastatrices. Surtout, l’Allemagne cherche à éviter un conflit commercial et diplomatique frontal avec les Etats-Unis, alors que la France ne semble pas l’exclure pour faire émerger plus nettement une identité stratégique européenne. Il........

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