We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close
Aa Aa Aa
- A +

Mondialisation, inégalités, dérèglement climatique : qui du capitalisme ou des Etats est-il le plus dans l’impasse ?

4 3 0
26.07.2019

Michel Ruimy : Le capitalismerepose sur un ressort essentiel : l’accumulation du capital dans le but unique d’accroître encore et toujours la rentabilité de celui-ci (le profit). S’il est dominant aujourd’hui dans le monde en tant que modèle économique, sa généralisation apparaît comme ambivalente : il est un facteur de progrès mais également un facteur d’inégalités. Pour appréhender ses avantages, un critère objectif d’appréciation est, sans surprise, la croissance économique.

Dans une perspective historique, le capitalisme a été un bon moyen, pour nos sociétés, de s’enrichir et de se développer. Son avènement a été, par exemple,bénéfique à la Révolution industrielle du fait de nombreuses innovations et / ou de l’apparition de nouvelles branches industrielles. Mais, il a été favorable aussi au développement économique dans le sens, où la hausse du facteur capital a influé sur la productivitédu travail et permis une certaine « libération de la main-d’œuvre », notamment les enfants et les vieillards qui, avant cela, étaient obligés de travailler. En complément de cette libération, de nouvelles lois sont apparues : loi Ferry (1882) assurant un enseignement pour une partie des enfants, lois limitant le travail des enfants. Puis, on a pu également constater une ébauche par rapport aux droits de retraite en Allemagne (1890) ou en France (1910). Ainsi, une certaine amélioration du bien-être a pu découler de cette libération.

Aujourd’hui, le capitalisme n’est pas uniquement américain ou chinois. Il est protéiforme. Primo, il y a le « capitalisme dirigé », où l’Etat essaie d’orienter le marché, en soutenant les industries qu’il pense prometteuses que l’on peut rencontrer en Asie du Sud-est (« capitalisme à la chinoise »). Secundo, il y a le « capitalisme oligarchique », caractérisé par une concentration du pouvoir et de la richesse entre quelques mains (la majorité des pays de l’Amérique Latine et de l’Afrique, le Moyen Orient). Tertio, il y a le « capitalisme de grande entreprise », où l’essentiel de l’activité est mené par les grandes entreprises (Europe continentale, Japon) et enfin, le « capitalisme entrepreneurial », qui laisse un rôle significatif aux petites entreprises innovantes (les Etats-Unis).La particularité de cette typologie est que, dans la réalité, ces différents types de capitalisme peuvent se combiner et donner, à une époque et un pays donnés, un mélange spécifique. La France d’après-guerre, celle de la reconstruction, est un mélange de « capitalisme dirigé » et de « capitalisme de grande entreprise ».

Le capitalisme actuel des pays développés oscille entre le « capitalisme de grande entreprise » et le « capitalisme entrepreneurial ». Les avantages du premier peuvent se résumer aux économies d’échelles. Les grandes firmes se caractérisent, en effet, par l’ampleur de leurs moyens de production et de leurs marchés, et peuvent rentabiliser leurs investissements au fur et à mesure qu’elles produisent : le coût par unité produite décroît avec l’échelle de la production. Cela permet de diffuser rapidement et à grande échelle de nouveaux produits et de nouvelles techniques, mais en même temps elles conduisent à la formation d’oligopoles et de monopoles, à la création de rentes de situation, qui n’incitent pas véritablement à innover, mais plutôt à dissuader les innovateurs et concurrents potentiels. Quant au « capitalisme entrepreneurial » que l’on peut définir comme le système où un grand nombre d’acteurs au sein de l’économie ont non seulement une incitation et une volonté incessante d’innover, mais aussi entreprennent et commercialisent des innovations qui peuvent être disruptives.

Frédéric Farah : Les propos de Bruno Le Maire sont pour le moins curieux, car déplorer d’un côté certains travers du capitalisme, et de l’autre les nourrir par la politique économique conduite par le gouvernement auquel il appartient est pour le moins singulier.

Le capitalisme est un système économique et pas une doctrine, et ne doit pas se confondre avec une doctrine comme le libéralisme. Le terme capitalisme a fait l’objet d’approches bien différentes. Pour certains, c’est un mot de combat. La littérature économique et historique est suffisamment abondante pour nous inviter à admettre qu’il existe plusieurs formes de capitalisme dans le temps et dans l’espace. Des auteurs divers Marx, Weber, Sombart, Braudel ou de manière plus récente des économistes comme B Amable nous offrent les caractéristiques ou des définitions du phénomène.

Ces précisions sont importantes, car ce mot dans la bouche des acteurs et des commentateurs revêt des significations changeantes. Comme aurait dit Marx à propos du capital plus que du capitalisme « c’est un processus sans sujet » En somme, personne n’a rencontré le capitalisme ou la mondialisation, dire le capitalisme veut telle ou telle chose est étrange car ce ne sont pas des sujets qui expriment des volontés.

A des fins de clarté, je retiendrai la définition de P Dockes dans son monumental travail « le capitalisme et ses rythmes »,« le capitalisme est un système économique où les propriétaires de capitaux détiennent une forme ou une autre de domination sur le travail, récupèrent l’essentiel du surplus au-delà des coûts de production, orientent l’économie »

Cette définition est éclairante car elle montre bien des avantages et inconvénients de ce système. Il permet une accumulation du capital sans précédent, base de........

© atlantico