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Le chômage est au plus bas au Royaume-Uni depuis 1974. Comment l’expliquer dans un pays empêtré dans le Brexit ?

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22.07.2019

Comment expliquer que le Royaume-Uni enregistre des performances historiques en matière d'emploi et de niveau des salaires alors même qu'un certain nombre d'incertitudes plane sur le pays (Brexit etc.) ?

Eric Dor : En 2017 et 2018, le taux de croissance annuel du PIB réel du Royaume-Uni a été inférieur à ceux de la France et de l’Allemagne. Mais au premier trimestre 2019, à la grande surprise des observateurs, ce fut le contraire et la croissance réelle britannique a excédé celle enregistrée en France et en Allemagne.

C’est la consommation qui est le principal moteur de la croissance britannique depuis le referendum pour le Brexit. Au premier trimestre 2019 s’est ajoutée une contribution exceptionnellement forte des stocks à la croissance. On peut penser que la probabilité accrue d’un Brexit sans accord, avec le risque de ruptures d’approvisionnement, a incité beaucoup d’entreprises à augmenter leurs stocks par précaution. Cela semble confirmé par la croissance exceptionnellement forte des importations de biens au cours du premier trimestre 2019.

La résistance de la consommation des ménages aux incertitudes causées par le Brexit peut surprendre, mais elle s’inscrit dans un contexte où le taux de chômage est très bas depuis des années au Royaume Uni. Cela soutient les revenus des ménages et donc leur consommation, surtout que les salaires sont à la hausse. Le quasi plein emploi augmente en effet le pouvoir de négociation des salariés. Il y a ainsi un cercle vertueux où l’augmentation de l’emploi est auto alimentée. Elle soutient en effet la consommation, ce qui à son tour favorise la croissance de l’emploi.

Mais c’est encore insuffisant pour expliquer le taux de chômage très bas. Comparée à celle d’autres pays, la croissance britannique est en effet particulièrement riche en emplois. On sait déjà que la flexibilité du marché du travail britannique y favorise structurellement l’emploi. Mais il y en plus un facteur conjoncturel qui s’ajoute à cela pour le moment. L’incertitude liée aux modalités du Brexit a provoqué une stagnation de l’investissement depuis le referendum, même s’il y a eu un léger rebond au premier trimestre de cette année. Or, l’investissement augmente le progrès technique et la productivité, ce qui permet de produire la même chose avec moins de gens. Le frein à l’investissement a donc réduit la croissance de la productivité du travail, et donc accru le besoin de main d’œuvre. Confrontées aux perspectives incertaines du Brexit, les entreprises britanniques préfèrent augmenter leur production en engageant davantage de salariés, quitte à ce que ce soit temporaire, plutôt que........

© atlantico