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L’ultime tabou français : voilà pourquoi personne ne réussira de véritables baisses d’impôts sans travailler au retour d’une croissance beaucoup plus vigoureuse

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14.06.2019

Michel Ruimy : En effet, le gouvernement parle bien de baisse d’impôts - les impôts des ménages baisseraient durant ce quinquennat de 27 milliards d’euros - mais il ne donne aucune indication sur la manière d’équilibrer son budget.

Savoir si les baisses d’impôts stimulent l’économie reste un sujet débattu. Pour les économistes keynésiens, une diminution d’impôt provoque une hausse de croissance plus que proportionnelle (On parle de multiplicateur fiscal). Cette baisse d’impôt aura un impact positif d’autant plus important que les ménages consomment une part non négligeable de leurs revenus (forte propension à consommer), et que le pays est peu ouvert au commerce international (peu d’achats de produits importés). Sur le terrain empirique, le débat est également vif car qu’il est difficile d’évaluer correctement les effets des politiques fiscales du fait de la difficulté à bien isoler leurs impacts.

Néanmoins, une étude, publiée en 2010, par les économistes américains Romer et Romer, recensant les principaux changements fiscaux intervenus aux États-Unis depuis 1945, montre des effets larges et persistants sur la croissance. Une baisse d’impôt équivalente à 1 point de Produit intérieur brut provoque une hausse de la croissance d’environ 3 %, à moyen terme, grâce au regain de consommation des ménages. Un aspect non négligeable pour la France puisque la consommation est le principal vecteur de croissance de l’Hexagone… à condition que la conjoncture nationale et / ou internationale soit favorable.

Mathieu Mucherie : On peut baisser les impôts facilement si on a de la croissance. On en prévoit ni cette année ni l'année prochaine. Cette piste est bouchée par la conjoncture domestique et internationale. De fait, on n'arrivera pas à obtenir la marge de manœuvre pour un "tax-cut". La 2e voie consiste à rationaliser la dépense publique de façon à se donner des marges pour pouvoir baisser les impôts. La dépense des administrations publiques en France est de 1100 milliards d'euros chaque année. On peut se dire qu'il y a parfois un peu de gras, des doublons, des gains de productivité possibles. D'autant plus qu'aujourd'hui en France les dépenses régaliennes pures et les dépenses d'investissement ne représentent quasiment rien dans ces 1100 milliards. Il y a donc largement de l'espace pour rationaliser dans les dépenses de fonctionnement hors pensions. Si on ne le fait pas, dans une logique macronienne qui consiste à ne rien faire à part payer des agences de communication, et si l'on tient en plus à rester dans le cadre des 3% de déficit sur PIB, ce sera impossible. Dépasser le seuil des 3% pourrait pourtant se faire impunément d'un point de vue financier puisque le marché nous prête à taux fixe à moins de 0% jusqu'à des maturités longues. On pourrait le faire sans la moindre égratignure et avec un ceretain sens du timing en ces temps de ralentissement économique, mais Emmanuel Macron ne veut pas en entendre parler.

On est donc là face à un triangle d'impossibilité. Si on se refuser à faire de vraies réformes, si on refuse de secouer le cocotier de la BCE, taper dans la dépense publique ou transgresser la règle des 3% de déficit, dans ce cas il n'y aura pas de baisse d'impôts mais bien de la cosmétique fiscale.

Michel Ruimy : Certes, le gouvernement peut accroître la pression fiscale. Mais, baisser les impôts sans réduire, de manière équivalente, les........

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