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L’école prépare-t-elle mieux ou moins bien les jeunes Français aux emplois qui les attendent à la sortie qu’il y a quarante ans ?

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04.09.2019

Michel Ruimy : Alors que les projecteurs se braquent sur l’amélioration de la situation du chômage, il convient de considérer qu’il y a environ 250 000 emplois non pourvus en France. Ce manque de compétences et l’inadéquation entre l’offre et la demande d’emplois pénalisent fortement le marché du travail d’autant que cette situation pourrait s’aggraver.

Les plus grandes pénuries de compétences se trouvent notamment dans l’enseignement et la formation, l’informatique et l’électronique, l’ingénierie et le domaine des technologies, mais aussi dans des domaines de compétences plus transversales comme les aptitudes à l’oral, la résolution de problèmes complexes et le management.

Cette situation soulève de nombreuses questions. Le chômage des jeunes, souvent plus qualifiés que leurs aînés, traduit-il une inefficacité du système éducatif ? Remet-il en question la valeur des diplômes sur le marché de l’emploi ? La massification de l’enseignement supérieur ne concourt-elle pas à dévaloriser les diplômes ? La sous-exploitation de ressources humaines découlant d’un déclassement est-elle imputable à un déséquilibre général sur le marché de l’emploi ou résulte-t-elle de politiques éducatives ayant trop encouragé la poursuite d’études ?

La question de l’adéquation de l’offre et de la demande de formation renvoie également à celle de l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Les jeunes, sortis tôt du système scolaire - ayant donc a priori un bas niveau de qualification -, n’ayant pas d’expérience professionnelle, sont pénalisés. Ceci vaut aussi pour les diplômés d’un cursus de formation long. L’insertion professionnelle des jeunes s’avère donc souvent délicate et ce, pour plusieurs raisons : ils sont surreprésentés parmi les demandeurs d’emploi ; ils ne peuvent se prévaloir que d’une faible ancienneté dans l’emploi et ils occupent massivement des emplois à durée limitée.

De manière plus fine, tous les jeunes ne sont pas égaux sur le marché de l’emploi : les diplômés apparaissent relativement protégés des aléas conjoncturels tandis que les « peu ou pas » qualifiés y sont surexposés. Ce phénomène est dû à deux effets : d’une part, les diplômés accèdent plus facilement à des emplois qualifiés moins sensibles à l’évolution conjoncturelleet d’autre part, l’effet d’un déclassement conjoncturel c’est-à-dire qu’en période de pénurie d’emplois, les employeurs choisissent les demandeurs les plus qualifiés. Ceux-ci acceptent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés afin d’accéder à l’emploi. Par effet domino, les moins diplômés sont évincés des postes correspondant à leurs compétences.

C’est pourquoi, l’insertion professionnelle constitue un enjeu stratégique, en particulier dans l’enseignement tertiaire, avec une attente forte parmi les étudiants et parmi les futurs employeurs à la recherche de collaborateurs........

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