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Attirer des investissements étrangers est-il toujours aussi bénéfique qu’on le croit ? Voilà pourquoi la réponse n’est pas évidente

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05.06.2019

Michel Ruimy : La France résiste au ralentissement de la croissance européenne et mondiale, aux incertitudes liées au Brexit ou à celles liées aux tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. Face à l’ensemble de l’Europe, où les investissements étrangers sont en repli de 4 %, notre pays se comporte plutôt bien face aux deux autres nations du trio de tête. En 2018, les investissements étrangers au Royaume-Uni et en Allemagne ont chuté de 13 %. Pour le Royaume-Uni, ceci peut s’expliquer par la perspective du Brexit et à une croissance en berne. Quant à l’Allemagne, première économie européenne, elle paye aujourd’hui le ralentissement du commerce mondial et ses mauvais choix en matière d’industrie automobile.

Ceci dit, les investissements directs à l’étranger sont des investissements par lesquels des entités résidentes d’une économie acquièrent ou ont acquis un intérêt durable dans une entité résidente d’une économie étrangère. Par convention, on considère qu’il y a intérêt durable et donc investissement direct lorsqu’une entreprise détient au moins 10 % du capital social ou des droits de vote d’une entreprise résidente d’un pays autre que le sien. En deçà de ce seuil, les opérations sur titres sont classées dans les investissements de portefeuille.

Ces prises de participation peuvent prendre différentes formes, les principales étant : la création de sociétés ou d’établissements (investissements dits « greenfield »), les acquisitions et fusions, le réinvestissement dans les filiales étrangères des bénéfices que celles-ci réalisent (« bénéfices réinvestis »).

On voit donc que l’apport de capitaux n’est pas systématiquement nécessaire. En fait, le dynamisme de l’investissement des entreprises françaises en 2018 s’est confirmé. Cependant, s’il a été majoritairement orienté vers la modernisation et le renouvellement d’équipements et / ou a visé à répondre aux défis environnementaux et à la mise aux normes, celui portant sur de nouvelles implantations est en baisse.

Sarah Guillou : Tout d’abord une entrée de capital dans un pays est le signe de l’existence d’opportunités d’investissement dans ce pays. Est-ce à dire que ces opportunités d’investissement sont saisies par les investisseurs étrangers par manque de capitaux français ? C’est plus compliqué que cela. Ce qui peut constituer une opportunité pour un investisseur étranger ne l’est pas forcément au même titre pour un investisseur domestique pour au moins deux raisons : si le motif est de pénétrer un marché de client ou d’accéder à un environnement d’affaires (qualifications, sous-traitants, infrastructure…), ce dernier est déjà sur le marché domestique ; si le motif est de diversifier le portefeuille d’actif, là aussi les incitations diffèrent selon la nationalité de l’investisseur. Par ailleurs, les opportunités sont sectorielles et là aussi les motivations diffèrent selon les acteurs et leurs domaines de compétences et d’activité. Les liquidités disponibles en France sont de toute façon inférieures à l’ensemble du reste du monde. Dans un marché du capital ouvert, ce qui compte c’est l’équilibre global.

Il est juste cependant d’observer que le déficit de la balance commerciale française se traduit par un déficit d’épargne que comble les entrées de capitaux à taux de change constant.

Jean-Marc Siroën : La France épargne beaucoup mais sans être toujours investie dans les entreprises. Globalement, depuis une quinzaine d’années, l’investissement des entreprises est plutôt faible lorsqu’on le compare aux autres pays industriels et, malgré une amélioration ces dernières années, il a longtemps augmenté moins vite en France qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni. De plus la part des dépenses en recherche-développement dans le PIB est restée plus faible que la moyenne des pays de l’OCDE. On connait aussi les difficultés de financement des petites et moyennes entreprises, souvent innovantes et davantage créatrices d’emplois que les plus grosses. Mais la disponibilité et l’utilisation du capital ne se sont pas les seuls éléments à prendre en compte ; les entreprises françaises ne peuvent couvrir l’ensemble des activités économiques. Elles peuvent investir dans leur domaine de spécialité mais pas dans ceux où elles sont moins performantes ou qui ont saturé leurs opportunités d’investissement en France. L’investissement est donc, au moins potentiellement, un complément utile.

Les chiffres d’EY (Ernst & Young) sont certes à prendre avec précaution. Le bon classement de la France est aussi dû à la baisse des projets d’investissements de l’Allemagne et du Royaume Uni. De plus on ne connait pas leur ampleur, notamment en termes de création d’emplois. Mais le classement en confirme d’autres allant dans le même sens. Au-delà des chiffres globaux, la France apparait comme le pays qui a attiré en 2018 le plus de projets d’investissement dans la Recherche-Développement (deux fois plus que le Royaume-Uni) et, plus inattendu encore, dans l’industrie (deux fois plus que l’Allemagne) qui, jusqu’à ces dernières années, n’avait pourtant pas cessé de décliner.

Michel Ruimy : Les non-résidents, lorsqu’ils souhaitent investir, scrutent aussi à la loupe le taux de chômage. En Allemagne, il est bien trop… faible (3,2 %) ! Et cela inquiète car quand on cherche à installer une usine dans une région, le taux de chômage est plutôt un facteur attractif. En revanche, si vous ne trouvez personne à recruter, c’est un vrai problème. C’est ainsi que, depuis deux ans, devant ses difficultés de recrutement, les Allemands sont les premiers investisseurs industriels en France en termes de créations d’emplois, notamment dans les régions des Hauts-de-France et du Grand........

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