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Notre-Dame de Paris : une flèche et des batailles

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19.04.2019

"Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée".

Devant ses yeux, un immense et furieux tableau de Turner se dessinait dans le ciel, associant le brasier du soleil et celui de l’incendie dans une tourbillonnante nuée jaunâtre que le contre-jour rendait noir comme le fiel. Même au cœur du drame, Notre-Dame touchait au sublime –ce qui vous fascine, vous dépasse et vous dévore-, le chef d’œuvre de Viollet-le-Duc mourait dans un flamboiement digne de l’esprit romantique qui l’avait fait naître.

Et déjà, se profilait une possible nouvelle bataille d’Hernani. Ou plutôt une double bataille. La première est de savoir si Notre-Dame est plutôt catholique ou plutôt nationale. Étant entendu qu’elle est évidemment le lieu de rencontre entre ces deux dimensions. Si Notre-Dame est « la paroisse de la nation », ou la « cathédrale du Monde », suivant une expression du XVIIIe siècle et une autre du XXIe, tout ce qui la touche en dit beaucoup sur ceux qui s’expriment à son sujet. Son premier acteur, c’est l’Église, depuis toujours marquée par l’ambivalence de son attachement au temple de pierre, alors que ses membres sont chacun le temple spirituel de l’Esprit Saint. Force est de constater que le désastre fait surgir des tripes du pays un fond de catholicisme pas forcément aussi « zombie » que n’ont pu le décrire de sociologues comme Emmanuel Todd. Depuis quand n’avait-on pas vu des catholiques prier spontanément dans les rues, en dehors de tout chemin de Croix ou de procession organisée par le clergé ? Depuis combien de temps n’avait-on pas entendu un archevêque oser une lecture providentialiste face à un désastre : allusion à la survenue de l’événement lors de la Semaine sainte, idée que Dieu peut se rappeler à son peuple des manières les plus inattendues et les plus violentes : « que veut nous dire le Seigneur à travers ce désastre ? » déclarait au Figaro Mgr Aupetit le 16 avril. On n’est pas si loin de ce qui dut être évoqué à Chartres en 1194 devant l’incendie de la cathédrale précédant l’actuelle. En tout cas, l’événement tend à contribuer à rompre avec la politique d’enfouissement de........

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