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Le village gaulois est-il un mythe ou une réalité ?

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22.04.2019

Nous n’irons plus aux bois et Petibonum, l’irréductible village gaulois, a été trop longtemps dessiné. Nous ne reverrons plus « de mon petit village fumer la cheminée » comme au temps du cher Du Bellay. Le clocher de la « force tranquille » qui promouvait encore le candidat Mitterrand en 1981 est tout branlant. Aujourd’hui, les métropoles commandent et prétendent dire qui nous sommes. Si bien, ou plutôt si mal, que nos villages témoigneraient d’abord de la décrépitude d’une France qu’on disait gardienne d’un atavisme champêtre. Ils ponctueraient des territoires fracturés ou déserts et n’abriteraient plus que des retraités et des déclassés, des agriculteurs et des éleveurs en colère, voire des candidats à l’émission « L’amour est dans le pré » filmés pour M6. Fleuris ou non, ils deviennent parfois des haltes culturelles, des gîtes verts pour les randonneurs, les vacanciers et les touristes. Mais aussi, ô surprise, les voici réinvestis par des « rurbains » déposés là par la ville tentaculaire et qui viennent y rêver d’espace moins pollué, d’autres nourritures terrestres ou spirituelles et d’avenir un peu plus buissonnier.

Voilà autant de raisons présentes pour rappeler que jadis et naguère, le village en sabots, puis avec tracteurs et épiciers en tournée, a été un rapport séculaire et toujours laborieux au milieu naturel et au paysage. Un empilement de géologie humaine dans une paroisse, une commune et un « pays », avec des coutumes ancestrales, des cancans, des brèves de comptoir et des secrets de famille. Un mixte quotidien de la foi et des œuvres, au son des cloches et au plus près des morts. Un chaudron de peines, de violences et de haines, de sociabilités, de fêtes et de mystères. Un lieu de colportage, de brassage et d’exil, bien loin d’une histoire immobile. Et le tout sans rapport avec le « village planétaire » de la multicommunication et de l’instantanéité où, dit-on, nos vies palpiteraient aujourd’hui.

Ce sont autant de raisons pour dire aussi que, guerres, crises et paix mêlées, nos villages ont accompagné tour à tour à l’époque contemporaine, dans nos souvenirs d’école ou de télévision comme dans nos imaginaires collectifs, l’ascension d’un peuple, le maintien d’une culture et d’un patrimoine, la politique à portée de main, la singularité provinciale, la modernisation technicienne, les désillusions du progrès, la rentabilité à haut risque, les révoltes et les espoirs. Tant de raisons historiques font même souhaiter que le village puisse demeurer et, pourquoi pas, devenir un havre et un foyer d’initiatives sans découragement, demain. Car, tout compte fait, que doit à ses villages une France aujourd’hui en quête........

© atlantico