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Dans les villages, les "deux vieilles planches de salut" que sont la politique générale et la religion sont devenues branlantes

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23.04.2019

Partons vers l’Yonne puis la Durance, à travers le brouillard qui, passé 1980, va s’installer sur la France villageoise. Car sa commune-souche n’est plus définie par l’ancien critère des 2 000 habitants agglomérés dans un chef-lieu ni par une dévolution agraire, mais par son appartenance à une « communauté de communes » voire à une « unité urbaine ». L’État et son administration, aussi parisiens qu’aménageurs de « territoires » et de « grandes régions » à vocation européenne, ont oublié les vieux clochers, ce qui a eu pour conséquences une perte d’initiative et de capacité financière pour les municipalités, des démissions de maires et une lassitude des citoyens (36 % d’abstention aux élections municipales de 2014). D’où l’angoissante question : à quoi sert désormais un village ? Et qui sont les villageois ?

On note qu’en 2016, selon l’Insee, sur 67 millions d’habitants en France hexagonale, 44 millions, soit deux sur trois, vivent dans des agglomérations dites « pôles urbains » ou « métropoles » ; 20 millions, soit 30 %, dans des espaces dits « périurbains » qui conservent quelques traits ruraux ; environ 3 millions, soit 4 %, dans des zones où l’activité agricole reste marquante. Cette ventilation pose question puisque les communes de moins de 2 000 habitants, elles, rassemblent toujours 26 % de la population en 1982, 24 % en 2006 et 18 % en 2016 : que veut dire cette stabilité relative ? On estime même, toujours en 2016, que seules 5 % des communes vivent à l’écart de l’influence urbaine.

Or en 2003, un rapport de la Datar avait distingué moins brutalement trois visages de la France rurale : une « campagne des villes » encore active et sous influence directe des agglomérations ; une « campagne fragile » en recul économique et démographique, saisie par le sentiment d’abandon ; une « nouvelle campagne » en quête d’équilibres nouveaux, autour des petites villes et des zones de développement résidentiel et touristique, surtout dans le sud du pays et ses façades maritimes. D’autres statistiques disent au contraire que la population active proprement agricole comptait vers 2010 pour 4 % de la population active totale contre 8 % en 1980 et que la part de l’agriculture dans le produit intérieur brut était passée de 4 à 2 % aux mêmes dates, tandis que s’achevait la liquidation des agriculteurs les plus faibles (2 300 000 exploitations en 1950, 1 500 000 en 1970, 420 000 en 2015). Comment s’y reconnaître au vu de tous ces chiffres........

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