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Cette fâcheuse addiction du monde contemporain à la pornographie émotionnelle

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20.04.2019

Atlantico : Que signifient cette compétition et cette surenchère de l'émotion ?

Eric Deschavanne : Evacuons la question de la médiatisation de l'émotion. Il est bien évident que dès lors qu'un événement bouleversant est médiatisé, le spectacle de l'émotion s'interpose entre l'émotion et son objet. On finit par s'émouvoir de tant d'émotion, de sorte qu'on ne sait plus si ce qui nous émeut est l'événement lui-même (en l'occurrence la cathédrale en flammes) ou l'émotion qu'il suscite !

Cela dit, je n'ai jamais adhéré à la thèse de feu Jean Baudrillard selon laquelle le simulacre médiatique se substituerait au réel. L'incendie de la cathédrale Notre-Dame a suscité une émotion authentique, chez les croyants comme chez les non croyants. Paris, la France, l'Europe, le monde entier est venu au chevet de la victime, dont le malheur a fait naître une communion des coeurs, sinon des esprits. Que pleurons-nous, cependant, avec une si belle unanimité ? La maison de Dieu ? le vénérable monument national, cadre et témoin de plus de 800 ans d'histoire de France ? Ou bien l'élément du "patrimoine mondial de l'humanité", voire "le pôle d'attraction touristique" ? Les plus larmoyants ne sont pas nécessairement ceux qui sont le plus profondément sensibles à l'événement. Ainsi les croyants, en un paradoxe qui n'est qu'apparent, relativisent le drame : eux savent que la pierre n'est que la pierre, que ce qui importe plus essentiellement, ce sont les "pierres vivantes", les hommes habités par la........

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