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Ce rapport du Conseil national de productivité rédigé par des proches d’Emmanuel Macron préfigure-t-il le vrai tournant du quinquennat ?

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23.04.2019

Christophe Bouillaud : Il faut d’abord noter que le document actuellement disponible constitue une version préliminaire du premier Rapport de ce Conseil National de Productivité. Il reste soumis à discussion. Il faut toutefois souligner en l’état la nature ironiquement explosive de ces conclusions. Comme il est expliqué dans le rapport lui-même, la création à la mi-2018 du Conseil National de la Productivité résulte lui-même d’une décision prise dans le cadre de la résolution de la zone Euro en 2016. Chaque pays doit se doter d’un tel Conseil, et les Conseils de productivité de chaque pays européen doivent dialoguer entre eux. L’inspiration institutionnelle de ce Conseil National de Productivité est à mon avis en plein accord avec la vision « ordo-libérale » de sortie de crise européenne promue par l’Allemagne : que chaque pays européen devienne aussi compétitif, en étant enfin fidèle aux dogmes de l’ordo-libéralisme, que l’Allemagne elle-même, et l’Euro et l’Europe seront définitivement sauvés. Or, là, par un ironique retour du destin, le premier Rapport français porte dans sa conclusion la trace d’une vision un tout petit peu keynésienne tout de même : il serait bon que l’Allemagne et les pays en excédents dans leur balance courante relancent. Le Rapport fait aussi comme s’il existait des « taux de change » virtuels au sein même de la zone Euro, correspondant aux différentiels d’inflation et de productivité, qui peuvent provoquer de graves désajustements. En fait, à lire ces conclusions, on n’est pas très loin de se dire qu’un économiste aussi sulfureux que Jacques Sapir va finir par être mainstream à sa grande surprise sans doute, tout au moins sur la description de la situation, pas sur les remèdes.

Cette demande, très explicite d’une relance, mais aussi d’un ajustement à la hausse des salaires et des prix, dans les pays en excédent de balance courante, est donc effectivement une grosse pierre jetée de l’autre côté du Rhin. Il me semble que notre Ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a dit plus ou moins la même chose dans un entretien avec le journal Le Monde, daté du 20 avril – ce qui bien sûr expliciterait que ce Rapport, pourtant encore à discuter, ait pu être diffusé ainsi. Je cite : « Troisième pilier de ce contrat [avec nos partenaires européens], si nous nous engageons à rétablir les finances publiques et à faire les transformations structurelles ou économiques [en France], il faut que nous puissions compter sur la capacité des Etats comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou d’autres à investir davantage. » Il insiste clairement sur l’urgence d’avancer sur ce domaine et dans tous les autres domaines qu’il cite dans cet entretien (union bancaire, union des........

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