Depuis la guerre des Six Jours en 1967, et malgré les accords d’Oslo en 1993, Israël a poursuivi en Cisjordanie une politique de colonisation qui constitue une annexion rampante de ce territoire occupé.

C’est une politique du fait méthodiquement accompli. Une action peu spectaculaire mise en œuvre depuis des décennies, à coups de constructions en béton pour les colons et d’arrêtés d’expulsion contre les Palestiniens.

Chaque jour, elle rend un peu plus improbable la solution à deux Etats...

C’est une politique du fait méthodiquement accompli. Une action peu spectaculaire mise en œuvre depuis des décennies, à coups de constructions en béton pour les colons et d’arrêtés d’expulsion contre les Palestiniens.

Chaque jour, elle rend un peu plus improbable la solution à deux Etats que l’on croyait enfouie au magasin des plans abandonnés, mais qui est revenue sur le devant de la scène diplomatique à la faveur de la nouvelle guerre provoquée par les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre dernier.

La création permanente par Israël de colonies juives dans certains des territoires qu’il a occupés à l’issue de la guerre des Six Jours en 1967, en Cisjordanie surtout, dessine la carte d’un « Etat » palestinien en peau de léopard, constitué d’îlots séparés les uns des autres. Non viable, en somme.

Au départ, juste après 1967, ce sont surtout des considérations sécuritaires qui incitent les autorités israéliennes à créer des localités juives dans certaines des nouvelles régions qu’elles contrôlent, bien que le droit international (Quatrième Convention de Genève, 1949) interdise à une puissance occupante de transférer sa propre population dans le territoire qu’elle occupe.

Mais l’argument sera rejeté par les tribunaux israéliens. Des colonies installées le long de la vallée du Jourdain doivent permettre à l’Etat hébreu d’empêcher des attaques, d’armées conventionnelles ou de groupes irréguliers, contre son propre territoire, accroissant ainsi sa profondeur stratégique.

De même, les colonies créées autour de Jérusalem, après qu’Israël s’est emparé de sa partie orientale en 1967, visent à protéger la ville. Pour ce faire, le périmètre de la municipalité est considérablement étendu par l’Etat hébreu en y intégrant rapidement 28 localités arabes.

Puis en 1980, une Loi Fondamentale adoptée par la Knesset, le Parlement israélien, déclarera que « Jérusalem, complète et unie, est la capitale d’Israël ». A la fin des années 1960, en revanche, l’intérieur de la Cisjordanie n’intéresse pas beaucoup les stratèges israéliens qui n’ont pas envie de prendre en charge le gros de la population palestinienne qui vit là. Une partie d’entre eux envisagent d’ailleurs de rendre cette partie du territoire à la Jordanie qui gouvernait l’ensemble de la Cisjordanie avant 1967.

En revanche, les militants de courants idéologiques minoritaires en Israël sont bien déterminés à s’y installer définitivement. Ces activistes religieux sont convaincus que si Dieu a donné la victoire des armes à Israël en 1967, c’est parce qu’il veut que les terres conquises restent dorénavant sous pleine souveraineté juive. Pour ce faire, ils entendent créer des colonies au beau milieu des collines de Cisjordanie.

Expansion des colonies

Si ces courants n’obtiennent qu’un appui limité des gouvernements travaillistes au pouvoir jusqu’en 1977, la victoire du Likoud, parti de droite dont certaines fractions partagent leur vision messianique, va leur permettre de développer leur projet.

De fait, en 1977 la Cisjordanie compte 4 400 colons juifs seulement. En 1987, ils sont 60 000. Et en 1993, au moment de la signature des accords d’Oslo, leur nombre s’élève déjà à 116 000.

Les accords d’Oslo de 1993 qui instaurent une administration palestinienne intérimaire pour une durée de cinq ans sur une partie limitée des territoires occupés, ne règlent pas la question des colonies. Comme d’autres sujets cruciaux – le statut de Jérusalem, le retour des réfugiés palestiniens, les frontières… – , le sujet est renvoyé à de futures négociations finales qui pourraient aboutir à la création d’un Etat palestinien.

Les accords d’Oslo de 1993 ne règlent pas la question des colonies

Dans l’attente de ces discussions, les accords n’interdisent pas explicitement la construction de nouvelles colonies mais disposent dans une formule ambiguë qu’« aucune des parties n’entreprendra ou ne prendra de mesure qui modifierait le statut de la Cisjordanie et de la bande de Gaza en attendant l’issue des négociations sur le statut permanent ». Les mêmes accords prévoient qu’en cas de litige sur la période intérimaire de cinq ans, une commission d’arbitrage peut être créée pour régler le différend, mais à condition que les deux parties soient d’accord pour recourir à un tel mécanisme.

Comme le souligne Camille Mansour, conseiller de la délégation palestinienne aux négociations de paix de Madrid et Washington (1991-1993), les Israéliens profiteront de la possibilité de refuser un tel arbitrage pour arguer plus tard « que leur engagement à ne pas prendre de mesures unilatérales durant la période transitoire n’incluait pas l’arrêt de la colonisation ».

En 1995, afin de permettre la mise sur pied d’une administration palestinienne intérimaire et organiser le redéploiement progressif des forces israéliennes pendant la période de transition, un nouvel accord dit Oslo II divise la Cisjordanie en trois zones. La zone A regroupe les villes les plus peuplées de Cisjordanie. La zone B couvre la quasi-totalité des villages palestiniens. Enfin, la zone C recouvre tout le reste de la Cisjordanie, soit près des deux tiers, et c’est là que se trouvent toutes les colonies juives du territoire.

Oslo II et différents accords négociés les années suivantes (Mémorandums de Wye Riiver en 1998 et de Sharm al-Sheikh en 1999) prévoient des retraits successifs d’Israël pour accroître peu à peu la taille des territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne. Mais pour l’essentiel, les retraits concernant la zone C ne seront pas mis en œuvre par l’Etat hébreu, dont le Premier ministre de 1996 à 1999 est Benyamin Netanyahou. Israël argue notamment du risque sécuritaire posé par des groupes armés palestiniens opposés aux accords d’Oslo (Hamas, Jihad Islamique) qu’à ses yeux, l’Autorité palestinienne ne combat pas assez résolument.

Situation figée

En 2000, alors que la logique des accords d’Oslo était que ces concessions réciproques des Israéliens et des Palestiniens établissent une confiance suffisante entre les deux parties pour préparer des négociations définitives qui se font attendre, le Premier ministre israélien Ehud Barak décide de griller les étapes pour discuter un règlement final. Mais la défiance est encore trop grande, notamment parce que la colonisation se poursuit très activement et les divergences sont trop importantes sur de nombreux sujets cruciaux (Jérusalem, le retour des réfugiés…).

Le sommet de Camp David en juillet 2000 est un échec. Quelques semaines plus tard, en septembre 2000, la visite provocatrice d’Ariel Sharon, alors leader de l’opposition de droite israélienne, sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem déclenche la Seconde intifada (la première avait eu lieu en 1987) dans les territoires palestiniens, ce qui donne lieu à une sévère répression israélienne.

Plusieurs groupes armés palestiniens (Hamas, Jihad Islamique, Brigades des Martyrs Al-Aqsa…) commettent des attentats suicides dans des villes israéliennes, tuant des civils dans des bus notamment. Ces attentats convainquent une part importante de l’opinion israélienne que les Palestiniens en réalité ne veulent pas réellement négocier la paix. Dès lors, l’électorat dans l’Etat hébreu ne va cesser de glisser vers la droite.

Alors que le processus d’Oslo s’enlise, malgré plusieurs tentatives de relance (Feuille de route en 2003, processus d’Annapolis en 2007-2008…), sous l’impulsion des Etats-Unis notamment, la situation sur le terrain se fige.

La zone A, qui couvre 18 % de la superficie de la Cisjordanie, est sous contrôle civil et militaire de l’Autorité palestinienne. La zone B, qui représente 22 % de la superficie du territoire, est sous contrôle civil de l’Autorité palestinienne, mais sous contrôle militaire conjoint israélo-palestinien. A elles deux, elles abritent aujourd’hui plus de 90 % des trois millions de Palestiniens de Cisjordanie mais elles sont discontinues, formées d’îlots de population séparés les uns des autres.

La droitisation de l’électorat israélien depuis les attentats des années 2000 a servi les intérêts des partis représentant les colons

La seule zone d’un seul tenant est la zone C qui couvre 60 % du territoire. C’est là qu’est concentré l’essentiel des ressources naturelles de la Cisjordanie (mines, carrières…) et environ 250 000 Palestiniens y résident. Cette zone demeure sous contrôle exclusif israélien et le nombre de colons n’a cessé d’y grandir. En 2000, ils sont 198 000. En 2010, leur nombre s’élève à 311 000. Et aujourd’hui il est passé à 465 000, soit un quadruplement par rapport à 1993, année des accords d’Oslo.

La droitisation de l’électorat israélien depuis les attentats des années 2000 a servi les intérêts des partis représentant les colons. Des partis dont l’influence est en outre favorisée par le mode de scrutin israélien. Les membres de la Knesset sont en effet élus sur des listes nationales avec un seuil électoral bas et une répartition des sièges à la proportionnelle intégrale. Ce qui facilite l’accession de petits partis au Parlement et contraint souvent les grands partis (Parti Travailliste, Likoud…) à former des coalitions très hétéroclites.

Les formations représentant les colons (Parti national religieux, Foyer Juif, Parti sioniste religieux…) en ont profité au fil des décennies pour obtenir des chefs de gouvernement, de droite ou de gauche, des décisions politiques et des financements en faveur de leurs projets en Cisjordanie.

Motivations économiques

Et ce d’autant qu’aux motivations stratégiques et idéologiques de la colonisation des premiers temps, se sont ajoutées à partir des années 1980, des considérations économiques. Des colonies ont été construites en Cisjordanie à proximité de la Ligne Verte, qui marque la limite entre Israël et le territoire occupé. Elles séduisent des ménages qui veulent se loger à proximité des grandes villes comme Jérusalem ou Tel Aviv où se trouvent souvent les emplois, mais à un coût bien moindre.

Ces justifications pécuniaires attirent entre autres les membres des communautés juives ultra-orthodoxes, aux familles souvent nombreuses, qui appartiennent aux catégories les plus pauvres de la population israélienne et qui outre les économies réalisées, préfèrent vivre à l’écart de leurs concitoyens moins observants qu’eux des obligations religieuses. Au fil des migrations internes et de la natalité dans ces colonies, certaines sont devenues de véritables villes, à l’instar de Modi’in Illit ou Beitar Illit qui accueillent aujourd’hui respectivement 80 000 et 63 000 colons.

Autre caractéristique de ces grosses colonies : elles sont situées du côté occidental du Mur (Barrière de Sécurité) que l’Etat hébreu a fait édifier à partir de 2003 pour séparer son territoire de la Cisjordanie après la Seconde intifada et prévenir de nouveaux les attentats dans les grandes villes israéliennes.

Pour intégrer ainsi les colonies, le tracé du Mur ne respecte pas celui de la Ligne Verte mais pénètre profondément en Cisjordanie et annexe de fait environ 9 % de ce territoire à Israël. Un tel tracé signifie que même dans le cadre d’un règlement final négocié qui verrait la création d’un Etat palestinien, l’Etat hébreu ne renoncerait pas aux colonies les plus peuplées. Au total, ces dernières abritent aujourd’hui environ les trois quarts de l’ensemble des colons qui vivent en Cisjordanie.

La victoire d’Israël dans la guerre des Six Jours a favorisé l’ascendant d’un courant sioniste-religieux jusque-là minoritaire au sein des juifs les plus croyants

Les autres colons résident à l’intérieur de la Cisjordanie dans des implantations très dispersées au sein de la zone C pour des raisons souvent bien plus idéologiques. Elles témoignent du développement du courant sioniste-religieux dans la société israélienne, un phénomène relativement récent.

En effet, lors de la création du mouvement sioniste en Europe à la fin du 19e siècle, ses initiateurs étaient plutôt des juifs peu religieux et leur projet de créer un « Etat des juifs », selon le titre de l’essai fondateur de Theodore Hezrl, visait à permettre à leurs coreligionnaires persécutés en Europe de vivre en sécurité.

Ce projet était rejeté par les juifs les plus religieux (haredim, c’est-à-dire « craignant Dieu »). Ils estimaient qu’il constituait un instrument de rébellion contre Dieu et contre la tradition messianique. D’où le paradoxe qu’à la création d’Israël en 1948, des juifs ultra-orthodoxes qui avaient échappé au génocide nazi sont venus trouver refuge dans le nouvel Etat qu’ils avaient rejeté.

D’où aussi le fait que pendant longtemps la question palestinienne a moins préoccupé les partis religieux que les subventions d’Etat que touchaient leurs écoles ou l’exemption de service militaire dont bénéficient les étudiants de leurs yeshivot (centres d’études des textes sacrés).

La victoire d’Israël dans la guerre des Six Jours a cependant favorisé l’ascendant d’un courant sioniste-religieux jusque-là minoritaire au sein des juifs les plus croyants. Comme le rappelle Alain Dieckhoff, directeur du Centre international de recherches de Sciences Po (CERI), dès le début du 20e siècle, ce courant avait « attribué une signification religieuse au sionisme, considérant que derrière son apparence profane ce dernier est un instrument de Dieu ». Pour ces sionistes religieux, c’est un devoir sacré que d’enraciner la présence juive dans le grand Israël (Eretz Israël), un territoire qui à leurs yeux va au moins jusqu’au Jourdain et qui donc englobe toute la Cisjordanie.

Volonté d’annexion

Or c’est précisément la tendance la plus radicale de courant qui a pris un ascendant nouveau dans le gouvernement israélien en décembre 2022. Pour former une nouvelle coalition et tenter d’échapper à des poursuites judiciaires le visant, Benyamin Netanyahou, chef du Likoud, déjà Premier ministre de 2009 à 2021, n’a pas hésité à s’allier au Parti sioniste religieux dirigé par Bezalel Smotrich et au parti Puissance juive mené par Itamar Ben Gvir, deux formations ouvertement racistes qui ne cachent pas leur volonté d’annexer purement et simplement la Cisjordanie.

Un pas que le gouvernement israélien s’est jusqu’ici refusé à franchir même si en 2019, Benyamin Netanyahou avait paru s’engager dans la voie d’une annexion au moins partielle de la zone C, avant de « suspendre » ce projet dans le cadre des accords d’Abraham conclus en 2020 entre l’Etat hébreu et des pays arabes, Emirats arabes unis en tête.

Pourtant, comme le notait en août dernier une étude de l’Institut National d’Etudes Stratégiques de Tel Aviv, l’objectif du gouvernement actuel « est d’établir le contrôle israélien sur l’ensemble de la zone C, de préparer les conditions de son annexion à l’Etat d’Israël et de contrecarrer toute possibilité de règlement futur fondé sur l’approche des deux Etats. Un autre aspect de ce changement est l’adoption de la stratégie du ministre Bezalel Smotrich au sein du ministère de la Défense, visant à vaincre les aspirations nationales des Palestiniens. Le premier pas vers cet objectif est de les pousser hors de la zone C ».

Il paraît improbable que les dirigeants de l’Etat hébreu soient enclins à la moindre concession sur la colonisation

En dépit des récentes déclarations en faveur de la solution à deux Etats de la part de différents pays, et singulièrement des Etats-Unis, principal allié d’Israël, il paraît très improbable, dans le contexte des atrocités commises par le Hamas, que les dirigeants de l’Etat hébreu soient aujourd’hui enclins à la moindre concession sur la colonisation dans le but relancer le processus d’Oslo enkysté depuis vingt ans.

Certes depuis 1967, l’Etat hébreu a déjà démantelé des colonies qu’il avait implantées dans des territoires conquis. Et il l’a fait sous des gouvernements de droite. La première fois, en 1982, Menahem Begin étant alors Premier ministre, Israël a évacué 6 000 colons installés dans le Sinaï lorsqu’à la suite du Traité de paix de 1979 avec l’Egypte, il a restitué ce territoire à celle-ci.

La deuxième fois en 2005, sous le gouvernement d’Ariel Sharon, il a évacué unilatéralement 8 000 colons de la bande de Gaza (dont une partie était installée dans le Sinaï avant 1982) lorsqu’il s’était retiré de ce territoire.

Mais le nombre de colons actuellement présents en Cisjordanie, soit 465 000 personnes, est sans commune mesure avec ces chiffres modestes. Et même si l’on ne prend en compte que le quart des colons de colons installés du côté oriental du Mur, au milieu de la Cisjordanie, soit plus de 110 000 personnes, le défi politique d’une telle évacuation reste considérable pour n’importe quel chef de gouvernement israélien.

Cela sans compter les 230 000 colons installés dans la ceinture d’implantations juives qui entourent Jérusalem-Est. Hélas, le courage politique n’a jusqu’à présent jamais été la caractéristique première de Benyamin Netanyahou.

QOSHE - La colonisation israélienne en Cisjordanie sape méthodiquement la solution à deux Etats - Yann Mens
menu_open
Columnists Actual . Favourites . Archive
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close
Aa Aa Aa
- A +

La colonisation israélienne en Cisjordanie sape méthodiquement la solution à deux Etats

7 0
14.11.2023

Depuis la guerre des Six Jours en 1967, et malgré les accords d’Oslo en 1993, Israël a poursuivi en Cisjordanie une politique de colonisation qui constitue une annexion rampante de ce territoire occupé.

C’est une politique du fait méthodiquement accompli. Une action peu spectaculaire mise en œuvre depuis des décennies, à coups de constructions en béton pour les colons et d’arrêtés d’expulsion contre les Palestiniens.

Chaque jour, elle rend un peu plus improbable la solution à deux Etats...

C’est une politique du fait méthodiquement accompli. Une action peu spectaculaire mise en œuvre depuis des décennies, à coups de constructions en béton pour les colons et d’arrêtés d’expulsion contre les Palestiniens.

Chaque jour, elle rend un peu plus improbable la solution à deux Etats que l’on croyait enfouie au magasin des plans abandonnés, mais qui est revenue sur le devant de la scène diplomatique à la faveur de la nouvelle guerre provoquée par les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre dernier.

La création permanente par Israël de colonies juives dans certains des territoires qu’il a occupés à l’issue de la guerre des Six Jours en 1967, en Cisjordanie surtout, dessine la carte d’un « Etat » palestinien en peau de léopard, constitué d’îlots séparés les uns des autres. Non viable, en somme.

Au départ, juste après 1967, ce sont surtout des considérations sécuritaires qui incitent les autorités israéliennes à créer des localités juives dans certaines des nouvelles régions qu’elles contrôlent, bien que le droit international (Quatrième Convention de Genève, 1949) interdise à une puissance occupante de transférer sa propre population dans le territoire qu’elle occupe.

Mais l’argument sera rejeté par les tribunaux israéliens. Des colonies installées le long de la vallée du Jourdain doivent permettre à l’Etat hébreu d’empêcher des attaques, d’armées conventionnelles ou de groupes irréguliers, contre son propre territoire, accroissant ainsi sa profondeur stratégique.

De même, les colonies créées autour de Jérusalem, après qu’Israël s’est emparé de sa partie orientale en 1967, visent à protéger la ville. Pour ce faire, le périmètre de la municipalité est considérablement étendu par l’Etat hébreu en y intégrant rapidement 28 localités arabes.

Puis en 1980, une Loi Fondamentale adoptée par la Knesset, le Parlement israélien, déclarera que « Jérusalem, complète et unie, est la capitale d’Israël ». A la fin des années 1960, en revanche, l’intérieur de la Cisjordanie n’intéresse pas beaucoup les stratèges israéliens qui n’ont pas envie de prendre en charge le gros de la population palestinienne qui vit là. Une partie d’entre eux envisagent d’ailleurs de rendre cette partie du territoire à la Jordanie qui gouvernait l’ensemble de la Cisjordanie avant 1967.

En revanche, les militants de courants idéologiques minoritaires en Israël sont bien déterminés à s’y installer définitivement. Ces activistes religieux sont convaincus que si Dieu a donné la victoire des armes à Israël en 1967, c’est parce qu’il veut que les terres conquises restent dorénavant sous pleine souveraineté juive. Pour ce faire, ils entendent créer des colonies au beau milieu des collines de Cisjordanie.

Expansion des colonies

Si ces courants n’obtiennent qu’un appui limité des gouvernements travaillistes au pouvoir jusqu’en 1977, la victoire du Likoud, parti de droite dont certaines fractions partagent leur vision messianique, va leur permettre de développer leur projet.

De fait, en 1977 la Cisjordanie compte 4 400 colons juifs seulement. En 1987, ils sont 60 000. Et en 1993, au moment de la signature des accords d’Oslo, leur nombre s’élève déjà à 116 000.

Les accords d’Oslo de 1993 qui instaurent une administration palestinienne intérimaire pour une durée de cinq ans sur une partie limitée des territoires occupés, ne règlent pas la question des colonies. Comme d’autres sujets cruciaux – le statut de Jérusalem, le retour des réfugiés palestiniens, les frontières… – , le sujet est renvoyé à de futures négociations finales qui pourraient aboutir à la création d’un Etat palestinien.

Les accords d’Oslo de 1993 ne règlent pas la question des colonies

Dans l’attente de ces discussions, les accords n’interdisent pas explicitement la construction de nouvelles colonies mais disposent dans une formule........

© Alternatives Économiques


Get it on Google Play