A court terme, les cours élevés du pétrole favorisent l’économie du Gabon, mais ils mettent en lumière sa dépendance structurelle à une poignée de matières premières.

Quand on est tenté par un coup d’Etat, il est de meilleurs moments que d’autres pour se lancer. En tout cas, d’un point de vue économique. Le général Brice Clotaire Oligui Nguema qui le 30 août dernier a renversé Ali Bongo Ondimba, chef d’Etat depuis 2009 à la suite de son propre père titulaire du poste durant quatre décennies, a plutôt bien choisi l’année de son putsch.

Car après une période difficile pour l’économie gabonaise sur fond de Covid, plusieurs indicateurs du pays se sont améliorés depuis 2022. Et surtout grâce aux cours élevés du pétrole sur les marchés mondiaux…

Quand on est tenté par un coup d’Etat, il est de meilleurs moments que d’autres pour se lancer. En tout cas, d’un point de vue économique. Le général Brice Clotaire Oligui Nguema qui le 30 août dernier a renversé Ali Bongo Ondimba, chef d’Etat depuis 2009 à la suite de son propre père titulaire du poste durant quatre décennies, a plutôt bien choisi l’année de son putsch.

Car après une période difficile pour l’économie gabonaise sur fond de Covid, plusieurs indicateurs du pays se sont améliorés depuis 2022. Et surtout grâce aux cours élevés du pétrole sur les marchés mondiaux, sachant que les exportations d’or noir représentent à elles seules 70 % des ventes du pays à l’étranger.

Le manganèse, dont le Gabon est le deuxième producteur mondial, le bois et l’huile de palme complètent la panoplie des produits gabonais qui ont dopé la croissance du produit intérieur brut : 3,1 % en 2022 contre -1,8 % en 2020 et 1,5 % en 2021. En 2023, l’économie du pays devrait de nouveau grossir de 3 %, anticipe la Banque mondiale.

Cette embellie, combinée à une meilleure collecte des ressources fiscales, s’est reflétée dans les comptes du pays, avec un excédent budgétaire de 3,2 % du PIB l’an dernier. Le poids de la dette publique, majoritairement extérieure, est passé de 60 % du PIB en 2021 à 52 % en 2022.

En revanche, embellie ou pas, l’inflation n’a pas fléchi, au contraire, passant de 1,1 % en 2021 à 4,3 % en 2022 en raison surtout de la hausse des prix alimentaires (8,8 % en rythme annuel en décembre 2022) dans le contexte de la guerre en Ukraine et dans un pays qui reste largement des importations pour se nourrir, en dépit de son potentiel agricole.

Même les Gabonais les plus démunis ont (un peu) profité des vents favorables à l’économie puisque le taux de pauvreté s’est légèrement réduit : de 33,6 % en 2021 à 32,9 % en 2022.

Un taux qui reste très élevé alors même que le Gabon, faiblement peuplé (2,4 millions d’habitants, soit dix fois moins que le Cameroun voisin), a sur le papier un revenu par tête relativement élevé : 8 820 dollars selon la Banque Mondiale, supérieur à celui de la Thaïlande (6 908 euros) par exemple ou à celui de l’Albanie (6 800 dollars) qui appartiennent comme lui à la catégorie des pays à revenu intermédiaire, tranche supérieure. En revanche, leur taux de pauvreté (dont le seuil est fixé à 6,85 dollars par jour et par personne pour cette catégorie) est bien plus faible que celui du Gabon : 12 % en Thaïlande, 14 % en Albanie).

Faiblesses structurelles

Car en creux, le récent sursaut de la croissance souligne les faiblesses structurelles de l’économie gabonaise. Six décennies après son indépendance, celle-ci reste très largement dépendante d’une poignée de matières première au cours volatiles : 84 % des exportations, 52 % du PIB et 40 % des recettes fiscales proviennent des seuls secteurs pétroliers et miniers, calcule le Trésor Français.

Ali Bongo Ondimba avait bien lancé le Plan stratégique Gabon émergent 2010-2025 (PSGE), notamment dans le but de transformer sur place une partie des matières premières et d’accroître ainsi la plus-value des exportations, mais il n’a pas encore produit d’effet majeur.

Cette faible diversification économique se reflète dans le taux de chômage élevé (21,5 % en 2022) et un fort taux d’emploi informel (environ la moitié de la population active) alors que les industries extractives sont faiblement créatrices d’emploi (3,9 % selon l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives).

L’insuffisance des infrastructures, ferroviaires, routières mais aussi énergétiques, en dépit d’un potentiel hydroélectrique élevé, reste en outre un handicap, y compris pour les secteurs traditionnels de l’économie. En décembre dernier, un glissement de terre avait bloqué l’unique voie de chemin de fers du pays, empêchant les exportations de manganèse et de bois.

La concentration de l’économie gabonaise sur les matières premières lie le sort du pays à une poignée de clients étrangers et à leur propre croissance. A commencer par la Chine, premier partenaire commercial du pays puisqu’elle absorbe 33 % des exportations du Gabon et livre 11 % de ses importations (derrière la France, premier fournisseur du Gabon, et la Belgique).

Autre vulnérabilité du pays : en dépit des projets de diversification du pays, les investissements directs étrangers restent concentrés dans le secteur extractif et ont décliné ces deux dernières années en pourcentage du PIB.

Or précisément, s’ils veulent que l’embellie économique se poursuive, le général Oligui Nguema et son premier ministre, Raymond Ndong Sima, vont devoir rassurer des investisseurs inquiets devant des changements politiques brutaux, plutôt habitués à voir dans le Gabon des Bongo un pays des plus prévisibles.

Le 12 septembre dernier, l’agence de notation Moody’s a d’ailleurs dégradé la note du Gabon, faisant passer les perspectives économiques du pays de « stables » à « négatives », notamment en ce qui concerne le règlement de sa dette.

Cachotteries

Le général Oligui Nguema avait pourtant pris soin dès le 1er septembre dernier de s’adresser au patronat de son pays, pour garantir que la dette intérieure du pays serait apurée.

Il en a profité pour prendre d’autres engagements d’apparence technique, mais qui, s’ils sont effectivement mis en œuvre, ne manqueront pas d’avoir un impact dans l’opinion d’un pays et dans ses cercles dirigeants.

Ainsi de la bancarisation des procédures pour le financement des projets gouvernementaux. Bancarisation qui viserait à éviter la circulation de valises de billets suspectes, comme celles que les nouveaux maîtres du Gabon ont opportunément fait filmer chez des proches d’Ali Bongo juste après le coup d’Etat.

Charité bien ordonnée commençant par soi-même, cette volonté de transparence sur les biens discrètement acquis pourrait être l’occasion pour le général Nguema lui-même d’expliquer si les informations diffusées en 2020 par l’OCCRP, un consortium international de lutte contre la corruption, indiquant qu’il a réglé en liquide l’achat de trois maisons aux Etats-Unis entre 2015 et 2018 pour un montant d’un million de dollars, sont fondées ou pas. Et d’où sont sortis ces billets verts.

Jusqu’ici, le nouveau patron du Gabon, et ancien chef de la garde présidentielle d’Ali Bongo, a botté en touche, considérant que de telles acquisitions immobilières relevaient de sa vie privée et que celle-ci devait être respectée. Il est vrai que par nature, un putschiste est toujours un peu cachottier.

QOSHE - Au Gabon, les revenus du pétrole confortent les putschistes - Yann Mens
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Au Gabon, les revenus du pétrole confortent les putschistes

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18.10.2023

A court terme, les cours élevés du pétrole favorisent l’économie du Gabon, mais ils mettent en lumière sa dépendance structurelle à une poignée de matières premières.

Quand on est tenté par un coup d’Etat, il est de meilleurs moments que d’autres pour se lancer. En tout cas, d’un point de vue économique. Le général Brice Clotaire Oligui Nguema qui le 30 août dernier a renversé Ali Bongo Ondimba, chef d’Etat depuis 2009 à la suite de son propre père titulaire du poste durant quatre décennies, a plutôt bien choisi l’année de son putsch.

Car après une période difficile pour l’économie gabonaise sur fond de Covid, plusieurs indicateurs du pays se sont améliorés depuis 2022. Et surtout grâce aux cours élevés du pétrole sur les marchés mondiaux…

Quand on est tenté par un coup d’Etat, il est de meilleurs moments que d’autres pour se lancer. En tout cas, d’un point de vue économique. Le général Brice Clotaire Oligui Nguema qui le 30 août dernier a renversé Ali Bongo Ondimba, chef d’Etat depuis 2009 à la suite de son propre père titulaire du poste durant quatre décennies, a plutôt bien choisi l’année de son putsch.

Car après une période difficile pour l’économie gabonaise sur fond de Covid, plusieurs indicateurs du pays se sont améliorés depuis 2022. Et surtout grâce aux cours élevés du pétrole sur les marchés mondiaux, sachant que les exportations d’or noir représentent à elles seules 70 % des ventes du pays à l’étranger.

Le manganèse, dont le Gabon est le deuxième producteur mondial, le bois et l’huile de palme complètent la panoplie des produits gabonais qui ont dopé la croissance du produit intérieur brut : 3,1 % en 2022 contre -1,8 % en 2020 et 1,5 % en 2021. En 2023, l’économie du pays devrait de nouveau grossir de 3 %, anticipe la Banque mondiale.

Cette embellie, combinée à une meilleure collecte........

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