Fukushima 15 ans après : des effets sanitaires limités, une facture astronomique

Les effets de la catastrophe de 2011 semblent limités pour la santé physique de la population, contrairement à ses conséquences psychiques. Et aux coûts de décontamination et de démantèlement, encore payés aujourd’hui.

A l’instar de Godzilla, la catastrophe de Fukushima est née dans les abysses. Dans l’après-midi du 11 mars 2011, à une centaine de kilomètres au large du Japon et une trentaine sous le plancher océanique, les plaques tectoniques du Pacifique et nord-américaine entrent en collision.

D’une puissance inédite, le séisme du Tohoku provoque un tsunami dont la seconde vague, haute de 14 mètres, frappe de plein fouet la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, entraînant la fusion des cœurs de plusieurs réacteurs, l’explosion d’un bâtiment et le rejet de quantités considérables de radionucléides.

Comme celle de Tchernobyl en 1986, la catastrophe de Fukushima est classée au niveau 7 (sur 8) de l’échelle d’évaluation de la gravité des incidents par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Dans les deux cas, il s’agit d’un accident majeur ayant entraîné… 

A l’instar de Godzilla, la catastrophe de Fukushima est née dans les abysses. Dans l’après-midi du 11 mars 2011, à une centaine de kilomètres au large du Japon et une trentaine sous le plancher océanique, les plaques tectoniques du Pacifique et nord-américaine entrent en collision.

D’une puissance inédite, le séisme du Tohoku provoque un tsunami dont la seconde vague, haute de 14 mètres, frappe de plein fouet la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, entraînant la fusion des cœurs de plusieurs réacteurs, l’explosion d’un bâtiment et le rejet de quantités considérables de radionucléides.

Comme celle de Tchernobyl en 1986, la catastrophe de Fukushima est classée au niveau 7 (sur 8) de l’échelle d’évaluation de la gravité des incidents par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Dans les deux cas, il s’agit d’un accident majeur ayant entraîné « des effets considérables sur la santé et l’environnement ».

Un bruit de fond radiologique

Plusieurs jours durant, des panaches de fumées brunes transportent de gros volumes de gaz rares radioactifs (xénon 133, krypton 85), d’iode 131, de césium 134 et 137, strontium, ruthénium et plutonium. « Les rejets de l’accident représentent environ un dixième de ceux de l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986 », résume en 2015 un rapport de l’AIEA.

Le Japon a eu un peu de chance dans son malheur. Les vents et les pluies ont précipité l’essentiel de la radioactivité vers le Pacifique nord, où les courants ont dilué les radionucléides. Et plusieurs radioéléments, comme le xénon 133 ou l’iode 131, ont une activité qui décroît très rapidement.

« Fin 2024, le débit de dose était inférieur à 0,2 microsievert dans l’essentiel de la zone de 80 km autour de la centrale, ce qui correspond au bruit de fond naturel », précise Marc Gleizes, directeur de la recherche et de l’expertise en environnement de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection française (ASNR). A lire Alternatives Economiques n°468 - 03/2026 Quand les maires changent la ville Découvrir

« Fin 2024, le débit de dose était inférieur à 0,2 microsievert dans l’essentiel de la zone de 80 km autour de la centrale, ce qui correspond au bruit de fond naturel », précise Marc Gleizes, directeur de la recherche et de l’expertise en environnement de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection française (ASNR).

Quand les maires changent la ville

Autre circonstance favorable : le gouvernement nippon a fait évacuer les populations les plus proches de la centrale moins de quatre heures après le déferlement du tsunami. Au total, 210 000 personnes devront quitter la région momentanément ou définitivement.

Pour Tepco, l’opérateur de la centrale, et les autorités, commence un titanesque chantier de démantèlement de la centrale, d’évacuation du combustible, des décombres et des eaux radioactives, de décontamination de la zone, de traitement des déchets… Les opérations ne seront pas achevées avant la moitié du siècle et la « remise à l’herbe » de la centrale pas avant sa fin.

Des conséquences limitées sur la santé

Dans la région, la situation s’améliore. Avec l’effondrement de la radioactivité dans les sols, l’océan, les denrées alimentaires, un quart des évacués sont revenus. Boycottés des années durant par les consommateurs du monde entier, viandes, poissons, fruits et légumes produits localement sont quasiment exempts de toute radioactivité.

En 2025, une infime partie des denrées agricoles et des aliments transformés (0,24 %) affichait un niveau de radioactivité supérieur à 100 becquerels/kilogramme, la teneur maximum fixée par les autorités nippones depuis 20121. Seuls les produits forestiers (viande de gibier, champignons, végétaux comestibles) dépassent régulièrement les normes de consommation.

Trois mois après le tsunami, les scientifiques japonais ont lancé quatre études de santé au long cours

Trois mois après le tsunami, les scientifiques japonais ont lancé quatre études de santé au long cours

Trois mois après le tsunami, les scientifiques japonais ont lancé quatre études de santé au long cours. La première visait à estimer la dose de radiation à laquelle les corps les deux millions de personnes qui vivaient dans la préfecture en mars 2011 ont été exposés.

Parallèlement, le bilan thyroïdien des enfants de moins de 18 ans vivant alors dans la région a été réalisé afin d’identifier un éventuel accroissement du nombre de cancers de la thyroïde – une des pathologies les plus fréquentes après Tchernobyl. Les enfants des 20 000 femmes enceintes au moment de l’accident ont aussi été suivis, et les 210 189 évacués ont bénéficié d’un check-up complet.

Selon la première étude, « environ 99,4 % de ces personnes auraient reçu des doses inférieures à 3 millisieverts »2. Fin 2013, parmi les plus de 240 000 enfants dont la thyroïde a été examinée, 27 ont subi une ablation de la thyroïde, soit 0,01 %. Infime, ce chiffre doit être relativisé, le Japon ne tenant pas de registre du cancer des enfants en 2011. C’est donc l’évolution du nombre de ces cancers, dans la durée, qui dira l’incidence de la catastrophe de Fukushima.

Pour l’heure, le bilan reste donc difficile à établir. Ces quinze dernières années, les médecins ont ausculté un million de personnes. Et plus de 300 cas de cancer ont été diagnostiqués, dont les deux tiers ont été traités chirurgicalement. Pour autant, des scientifiques estiment que les six campagnes de dépistage ont conduit à d’importants « surdiagnostics ».

« Il ne faut pas sous-estimer les effets du vieillissement de la population », appuie Dominique Laurier, adjoint au directeur de la recherche et de l’expertise en santé de l’ASNR.

« Il ne faut pas sous-estimer les effets du vieillissement de la population », appuie Dominique Laurier, adjoint au directeur de la recherche et de l’expertise en santé de l’ASNR.

Conduits par le professeur de médecine Tetsuya Ohira (université de Fukushima), des travaux récents montrent en revanche une dégradation générale du bilan de santé des réfugiés. Avec notamment une hausse des taux de surpoids et d’obésité,  de diabète, d’hypertension et de dyslipidémie par rapport à l’ensemble de la population japonaise.

Nombre de personnes déplacées ont subi un véritable ostracisme de la part de leurs nouveaux voisins

Nombre de personnes déplacées ont subi un véritable ostracisme de la part de leurs nouveaux voisins

Nombre de personnes déplacées ont aussi subi un véritable ostracisme de la part de leurs nouveaux voisins. En cause : la peur d’une éventuelle (et impossible) contamination, mais aussi la jalousie de voir les réfugiés bénéficier d’aides auxquelles le reste de la population n’a pas droit.

Déjà documentés pour les liquidateurs de Tchernobyl, ces troubles sociaux favorisent la montée de l’alcoolisme et des besoins de soutien psychologique. En 2022, près de 6 % des personnes évacuées souffraient de dépression ou d’anxiété : deux fois plus que la moyenne nationale.

1 000 milliards de yens par an

Le 20 février dernier, dans son discours de politique générale, la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a fait de la réhabilitation du site de Fukushima Daiichi l’une des priorités de son mandat. A commencer par la poursuite du démantèlement des quatre tranches accidentées et l’évacuation des millions de mètres cubes de déchets entreposés. A quel coût ? Difficile à dire, tant le montant des devis calculés par les économistes varie.

Depuis 2011, les autorités japonaises et Tepco consacrent en moyenne 5 milliards d’euros par an à la stabilisation de la situation

Depuis 2011, les autorités japonaises et Tepco consacrent en moyenne 5 milliards d’euros par an à la stabilisation de la situation

Depuis 2011, les autorités japonaises et Tepco consacrent en moyenne 1 000 milliards de yens par an (5 milliards d’euros) à la stabilisation de la situation. S’y ajoutent les sommes allouées, entre 2011 et 2022, à l’indemnisation des victimes, à la décontamination et au démantèlement des réacteurs. Selon la Cour des comptes japonaise, elles se sont élevées à 12 000 milliards de yens (65 milliards d’euros). Quid de la suite ?

Une loi impose de financer la reconstruction des infrastructures et la décontamination des zones inhabitables. Tepco, l’exploitant de la centrale, aurait encore à verser 500 milliards de yens (2,7 milliards d’euros) de dommages et intérêts aux victimes de la catastrophe nucléaire et aux déplacés. Et pour la centrale et les déchets ? Là, les montants deviennent astronomiques.

En 2023, Tokyo prévoyait de consacrer 14 000 milliards (76 milliards d’euros) au démantèlement et aux opérations de nettoyage. L’essentiel a été provisionné. Mais cette somme est très inférieure à celles calculées en 2019 par les chercheurs du Centre japonais pour la recherche économique : 35 000 à 81 000 milliards de yens (200 à 444 milliards d’euros) selon les scénarios techniques et les calendriers retenus.

1. La norme japonaise de commercialisation a été fixée, en 2012, à 100 becquerels/kg, contre 1 250 dans l’Union européenne.

2. En France, la limite d’exposition du public est de 1 millisievert par an, en dehors des expositions médicales et naturelles.


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