Eteindre l’éclairage pour retrouver la nuit et faire des économies : le pari du parc de Brière |
Le parc régional de Brière, en Loire-Atlantique, met en place une « trame noire » pour préserver la biodiversité. Ailleurs en France, l’extinction de l’éclairage est devenue courante, mais elle fait l’objet de débats.
« Éclairer juste : là où cela est nécessaire, quand cela est nécessaire et avec le moins de nuisances possibles. » Tel est le credo du Parc naturel régional de Brière. Situé au nord de Saint-Nazaire, c’est l’un des plus petits parcs naturels français, mais aussi l’un des plus densément peuplé, avec ses 80 000 habitants.
« C’est un territoire d’eau, composé du marais de Brière et ses 20 000 hectares de zone humide, du littoral et des estuaires de la Loire et de la Vilaine. Mais en bordure du parc se situe aussi le complexe industrialo-portuaire de Saint-Nazaire dont les lumières, la nuit, se voient jusqu’au cœur du marais », explique Enora Péron, chargée de mission biodiversité et pollution lumineuse.
« C’est un territoire d’eau, composé du marais de Brière et ses 20 000 hectares de zone humide, du littoral et des estuaires de la Loire et de la Vilaine. Mais en bordure du parc se situe aussi le complexe industrialo-portuaire de Saint-Nazaire dont les lumières, la nuit, se voient jusqu’au cœur du marais », explique Enora Péron, chargée de mission biodiversité et pollution lumineuse.
Depuis quatre ans, le parc s’est engagé dans la création d’une « trame noire » et a entraîné avec lui 42 communes. Le but...
« Éclairer juste : là où cela est nécessaire, quand cela est nécessaire et avec le moins de nuisances possibles. » Tel est le credo du Parc naturel régional de Brière. Situé au nord de Saint-Nazaire, c’est l’un des plus petits parcs naturels français, mais aussi l’un des plus densément peuplés, avec ses 80 000 habitants.
« C’est un territoire d’eau, composé du marais de Brière et ses 20 000 hectares de zone humide, du littoral et des estuaires de la Loire et de la Vilaine. Mais en bordure du parc se situe aussi le complexe industrialo-portuaire de Saint-Nazaire dont les lumières, la nuit, se voient jusqu’au cœur du marais », explique Enora Péron, chargée de mission biodiversité et pollution lumineuse.
« C’est un territoire d’eau, composé du marais de Brière et ses 20 000 hectares de zone humide, du littoral et des estuaires de la Loire et de la Vilaine. Mais en bordure du parc se situe aussi le complexe industrialo-portuaire de Saint-Nazaire dont les lumières, la nuit, se voient jusqu’au cœur du marais », explique Enora Péron, chargée de mission biodiversité et pollution lumineuse.
Depuis quatre ans, le parc s’est engagé dans la création d’une « trame noire » et a entraîné avec lui 42 communes. Le but : faire reculer la pollution lumineuse, qui participe largement à l’effondrement de la biodiversité. En 2022, le parc parvient à monter un budget de 76 000 euros pour lancer le projet de trame noire, financé par le Fonds vert (Etat), la région Pays de la Loire, et les agglomérations de La Baule-Guérande et Saint-Nazaire.
Il fait appel à quatre bureaux d’études. L’un cartographie l’impact de l’éclairage en cœur de nuit et à ses extrémités. Une conceptrice lumière travaille sur les techniques d’éclairage et d’aménagement et enfin deux écologues étudient le patrimoine naturel.
En confrontant leurs données avec les besoins de lumière de la population et la fragilité des écosystèmes, ils aboutissent à un zonage avec trois niveaux d’enjeux. En novembre 2025, les 42 collectivités reçoivent des préconisations personnalisées. Désormais bien au clair sur ce qu’il convient de faire, les communes peinent cependant à trouver les budgets nécessaires pour les appliquer concrètement : les subventions pour la mise en œuvre sont plus rares que celles permettant d’élaborer les diagnostics.
Enjeux techniques et financiers
Pendant ce temps, l’équipe du parc naturel régional n’a pas chômé sur le terrain. En deux ans, Enora Péron et ses collègues ont organisé plus d’une cinquantaine de déambulations nocturnes avec des élus, des techniciens, mais aussi des habitants.
Les communes sous pression
« C’est sous les réverbères, explique-t-elle, qu’on se rend compte de ce que représente la biodiversité, qu’on voit tous les mécanismes en jeu, qu’on réalise que selon le style de réverbère, le confort visuel peut complètement changer. »
« C’est sous les réverbères, explique-t-elle, qu’on se rend compte de ce que représente la biodiversité, qu’on voit tous les mécanismes en jeu, qu’on réalise que selon le style de réverbère, le confort visuel peut complètement changer. »
La démarche visant à retrouver la nuit n’est pas isolée. Environ 12 000 communes en France pratiquent l’extinction totale en cœur de nuit. L’enjeu est majeur.
« Pratiquement tous les espaces sont soumis à la pollution lumineuse, car tous reçoivent des photons émis par les villes, indique Samuel Challéat, coordinateur de l’Observatoire de l’environnement nocturne au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Seuls quelques parcs nationaux [au nombre de 11 en France, ils font l’objet de règles très strictes, NDLR] sont encore préservés. »
« Pratiquement tous les espaces sont soumis à la pollution lumineuse, car tous reçoivent des photons émis par les villes, indique Samuel Challéat, coordinateur de l’Observatoire de l’environnement nocturne au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Seuls quelques parcs nationaux [au nombre de 11 en France, ils font l’objet de règles très strictes, NDLR] sont encore préservés. »
Le défi principal concerne le début et la fin de nuit, des moments où les espèces nocturnes connaissent leur pic d’activité. « Pour la biodiversité, tout ce qu’on regagne en obscurité, que ce soit en termes d’espace ou de temps, est positif », assure Samuel Challéat. Il estime possible, à l’échelle nationale, de faire baisser de 30 à 50 % les intensités lumineuses en réfléchissant à l’utilité des points lumineux, pour beaucoup installés il y a 30 ou 40 ans, mais aussi en jouant sur les paramètres techniques : intensité, orientation, couleur ou durée.
Un sujet éminemment politique
En France, la prise de conscience a été accélérée par la crise énergétique de 2021-2023 qui a renchéri le prix de l’éclairage public. Une étude, publiée par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques en 2023, indique que le taux de rénovation des installations d’éclairage extérieur s’accélère. Un phénomène peu surprenant dans la mesure où l’éclairage public représente en moyenne 37 % de la facture d’électricité des communes.
Mais l’office parlementaire souligne aussi que la recherche d’économies d’énergie ne se traduit pas forcément par une baisse de la pollution lumineuse, notamment en raison de l’effet rebond : si des LED plus modernes consomment moins et permettent de faire des économies budgétaires, il est parfois tentant d’éclairer de nouvelles zones.
L’enjeu de la pollution lumineuse dépasse donc largement les dimensions économiques et techniques.
« La pollution lumineuse correspond à un excès de lumière artificielle. Mais qui définit l’excès ? Les astronomes, les écologues ou les usagers de la nuit ? C’est bien une question politique dont chacun doit s’emparer », interroge Samuel Challéat.
« La pollution lumineuse correspond à un excès de lumière artificielle. Mais qui définit l’excès ? Les astronomes, les écologues ou les usagers de la nuit ? C’est bien une question politique dont chacun doit s’emparer », interroge Samuel Challéat.
De fait, l’enjeu de la sécurité – particulièrement médiatisé ces dernières années – a conduit certaines villes à rallumer la lumière publique après l’avoir éteinte pendant un temps. Si le lien direct entre obscurité et insécurité est incertain et discuté, la tournure des débats sur la question montre bien le caractère éminemment politique de ce sujet.