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Elie Guéraut : « La rente historique du PS et de LR aux municipales continue de s’effriter »

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16.03.2026

Alors que la perspective de l’élection présidentielle de 2027 se précise, les élections municipales de 2026 étaient particulièrement attendues.

Les anciens partis dominants de la Vème République tablaient sur les spécificités locales de ce scrutin pour conserver leurs positions historiques. Mais les dynamiques nationales des élections européennes et législatives de 2024 les ont largement rattrapés, observe Elie Guéraut, sociologue à l’université de Clermont Auvergne et spécialiste des transformations socio-démographiques et politiques des villes petites et moyennes.

La participation avait constitué la bonne nouvelle de l’année 2024 : elle avait ainsi connu un rebond à la fois lors des élections européennes et des législatives. Comment analyser, dès lors, la hausse de l’abstention lors du premier tour des élections municipales ?

Elie Guéraut : Vous faites bien de parler de progression de l’abstention. On a entendu des comparaisons hasardeuses avec 2020, qui font état d’un recul de l’abstention. C’est vrai, la participation a progressé par rapport à 2020, mais le parallèle avec ce scrutin n’est pas bon : il s’était tenu, pour rappel, à deux jours du premier confinement lié au Covid-19.

Il faut mettre 2026 en rapport avec 2014 et là, pas de doute,

Alors que la perspective de l’élection présidentielle de 2027 se précise, les élections municipales de 2026 étaient particulièrement attendues.

Les anciens partis dominants de la Vème République tablaient sur les spécificités locales de ce scrutin pour conserver leurs positions historiques. Mais les dynamiques nationales des élections européennes et législatives de 2024 les ont largement rattrapés, observe Elie Guéraut, sociologue à l’université de Clermont Auvergne et spécialiste des transformations socio-démographiques et politiques des villes petites et moyennes.

La participation avait constitué la bonne nouvelle de l’année 2024 : elle avait ainsi connu un rebond à la fois lors des élections européennes et des législatives. Comment analyser, dès lors, la hausse de l’abstention lors du premier tour des élections municipales ?

Elie Guéraut : Vous faites bien de parler de progression de l’abstention. On a entendu des comparaisons hasardeuses avec 2020, qui font état d’un recul de l’abstention. C’est vrai, la participation a progressé par rapport à 2020, mais le parallèle avec ce scrutin n’est pas bon : il s’était tenu, pour rappel, à deux jours du premier confinement lié au Covid-19.

Il faut mettre 2026 en rapport avec 2014 et là, pas de doute, la participation recule, comme elle le fait structurellement à chaque élection municipale depuis plusieurs décennies maintenant.

Comment expliquer ce désamour ? Jusque-là, la figure du maire semblait plutôt épargnée par la défiance des citoyens à l’égard du personnel politique…

E. G. : On a longtemps constaté une spécificité du scrutin municipal en effet, et plus globalement des autres scrutins locaux. Le maire, on le connaît, les promesses de campagne, elles concernent des projets concrets qui se matérialisent sous nos yeux, etc… Nous manquons encore de recul pour expliquer précisément les raisons de la progression de l’abstention dimanche.

Quand les maires changent la ville

Certains phénomènes comme la mal inscription peuvent par exemple jouer. Mais il est probable que les figures locales de la politique n’échappent plus à la défiance des citoyens, même lorsqu’ils ne mettent plus en avant leurs étiquettes partisanes. Au-delà de la défiance, il s’agit parfois simplement d’indifférence.

Cette progression de l’abstention constitue l’un des multiples signaux de la fin du modèle classique des élections municipales sous la Vème République. Il était marqué par une domination des partis de gouvernement – Parti socialiste (PS) et Les Républicains (LR) notamment –, souvent dominants pendant de très longues périodes, avec « une prime au sortant ».

Ces équilibres ont été balayés au niveau national, mais ils semblaient résister encore au niveau local. Cette rente est-elle en train de s’éteindre également dans les communes ?

E. G. : Incontestablement, cette rente s’effrite rapidement. LR ne va pas pouvoir profiter de ce scrutin pour soigner ses divisions. Les Ciottistes sortiront renforcés de leur bon score à Nice par exemple, et les tenants d’un rapprochement avec la coalition présidentielle peuvent faire valoir de bons résultats dans certaines villes, comme à Clermont-Ferrand.

Le PS continue de reculer fortement dans les quartiers populaires. Dans les métropoles et les villes moyennes cela se traduit par une forte poussée de LFI

Le PS continue de reculer fortement dans les quartiers populaires. Dans les métropoles et les villes moyennes cela se traduit par une forte poussée de LFI

La situation n’est pas meilleure pour le PS. Le parti continue de reculer fortement dans les quartiers populaires. Dans les métropoles et les plus grandes des villes moyennes, cela se traduit par une forte poussée de la France insoumise (LFI).

A Clermont-Ferrand, le PS arrive deuxième, derrière une coalition de centre droit. C’est la première fois depuis la Libération que le parti de la rose n’est pas en tête dans la ville ! Il doit désormais composer avec le succès de LFI dans les quartiers populaires. Et il paye aussi, je pense, le backlash écologique national, qui a pris la forme, au niveau local, de critiques virulentes de la part de l’opposition sur les politiques de piétonnisation des centres-villes ou de soutien au vélo.

Dans les villes petites et moyennes, la perte de la rente historique se fait largement au profit du Rassemblement national (RN). On peut par exemple considérer le cas de Vierzon, où le Parti communiste français (PCF) a longtemps dominé. Son recul est frappant dans les quartiers d’habitat social, qui lui étaient très favorables. Vierzon pourrait basculer à l’extrême droite dimanche, ce qui constituerait un symbole fort pour la gauche.

La tripartition de la vie politique au niveau national atteint donc aussi l’échelon local ?

E. G. : LFI et le RN sortent en tout cas renforcés par cette élection. Le RN a certes obtenu des résultats relativement faibles dans les très grandes villes, mais il n’a pas particulièrement cherché à y performer. Par ailleurs, si on veut faire une stricte comparaison avec 2014, il faut y ajouter les voix d’autres partis d’extrême droite, comme Reconquête. Et si on fait ce travail précisément, il y a probablement une progression. Sans parler de ses scores importants dans certaines grandes villes du sud-est, dont Marseille. Ce n’est pas rien !

Le RN a certes obtenu des résultats relativement faibles dans les très grandes villes, mais il n’a pas particulièrement cherché à y performer

Le RN a certes obtenu des résultats relativement faibles dans les très grandes villes, mais il n’a pas particulièrement cherché à y performer

En dehors des grandes villes, le RN continue son implantation. Il pourrait remporter de nouvelles municipalités et tenter de s’y établir durablement comme il a su le faire à Hénin-Beaumont ou Perpignan. Le gain de ce genre de villes, puis la capacité à y durer, permet au RN de devenir plus crédible sur sa capacité à gérer à l’échelon local. Dans la plupart des communes qu’il a gagnées en 2014, ses maires sont réélus, souvent au premier tour. Quand vous êtes réélu pour la troisième fois, et de façon confortable de surcroît, vous avez un argument pour dire : « vous voyez, on sait gérer et les électeurs nous réitèrent leur confiance sur la durée ».

De son côté, LFI a consolidé ses positions dans ses bastions, accroissant son avantage dans certaines banlieues rouges par exemple. Dans les grandes villes, forte de ses bons résultats dans les quartiers populaires, elle dépasse souvent 10 %, et va donc pouvoir peser sur le second tour, car elle y est qualifiée.


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