Ousmane Ndiaye : « En Afrique, les processus de démocratisation doivent se construire par le bas »

Le nombre de pays classés comme démocratiques recule en Afrique. Et un certain nombre d’autocrates tentent de convaincre que ce type de régime n’est pas adapté au continent. Une idée à laquelle s’oppose le journaliste sénégalais Ousmane Ndiaye, auteur de l'essai L'Afrique contre la démocratie. Mythes, déni et périls (Riveneuve, 2025).

L’idée que la démocratie ne serait pas faite pour les Africains, ou ne serait pas adaptée aux valeurs africaines, est de plus en plus populaire sur le continent. Qui en sont les relais ?

Ousmane Ndiaye : C’est une idée très répandue chez les jeunes, notamment les jeunes manifestants, qui se mobilisent contre l’Occident et la France, avec l’argument selon lequel la démocratie serait une importation occidentale et un prétexte de l’impérialisme.

Chez ces jeunes souverainistes, on retrouve notamment des victimes du désenchantement démocratique du début des années 2010, pour lesquels les insurrections et révolutions populaires n’ont pas donné lieu à… 

Le nombre de pays classés comme démocratiques recule en Afrique. Et un certain nombre d’autocrates tentent de convaincre que ce type de régime n’est pas adapté au continent. Une idée à laquelle s’oppose le journaliste sénégalais Ousmane Ndiaye, auteur de l’essai L’Afrique contre la démocratie. Mythes, déni et périls (Riveneuve, 2025).

L’idée que la démocratie ne serait pas faite pour les Africains, ou ne serait pas adaptée aux valeurs africaines, est de plus en plus populaire sur le continent. Qui en sont les relais ?

Ousmane Ndiaye : C’est une idée très répandue chez les jeunes, notamment les jeunes manifestants, qui se mobilisent contre l’Occident et la France, avec l’argument selon lequel la démocratie serait une importation occidentale et un prétexte de l’impérialisme.

Chez ces jeunes souverainistes, on retrouve notamment des victimes du désenchantement démocratique du début des années 2010, pour lesquels les insurrections et révolutions populaires n’ont pas donné lieu à l’ouverture espérée. C’est le cas en Tunisie ou au Burkina Faso, par exemple.

Ensuite, il y a les entrepreneurs identitaires, qui se sont emparés de cette notion de relativisme démocratique sur les réseaux sociaux, où une partie de la jeunesse se politise. Je les appelle les néo-panafricanistes. Ils soutiennent un certain nombre de dictateurs, notamment ceux des pays de l’Alliance du Sahel1, sous prétexte de panafricanisme.

Parmi les plus populaires de ces influenceurs, citons Nathalie Yamb ou Kemi Seba, qui tiennent un discours anti-Occident, antidémocratie, prorusse. Mais c’est une galaxie, ils sont nombreux à tenir des discours extrémistes, binaires et dangereux.

La troisième catégorie est constituée de figures de gauche et d’intellectuels reconnus. Ainsi, la militante altermondialiste malienne Aminata Traoré et l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop se sont inscrits dans le relativisme démocratique au nom de l’anti-impérialisme et de l’inventaire des ingérences françaises en Afrique.

Aminata Traoré s’est ralliée, de fait, à la junte militaire au Mali, en acceptant d’être nommée maire hors de toute élection. Boubacar Boris Diop défend, lui, un régime d’exception au Rwanda au nom de l’efficacité économique alors que l’autocrate Paul Kagame mène une politique très répressive et a lancé une guerre d’ingérence contre la République démocratique du Congo voisine.

Dans L’Afrique contre la démocratie. Mythes, déni et péril, vous vous opposez à........

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