Thomas Piketty : « Le modèle de sobriété que nous proposons dessine une autre définition de la prospérité » |
Un rapport sur la justice mondiale qui se veut « un plan pour l’égalité et la prospérité dans les limites planétaires » : telle est l’ambition du tout nouveau travail que publie aujourd’hui le World Inequality Lab. Deux ans d’un travail appuyé sur les recherches d’une quarantaine de spécialistes ont abouti à cette proposition de plan de transformation de l’économie mondiale, qui vise une égalité de revenus entre tous les individus de la planète, sur une terre dont le changement climatique est maîtrisé et où pratiquement tout le monde, mis à part les 2 % très riches de la planète, voit sa situation s’améliorer.
« Un grand plan utopique », comme l’a qualifié l’économiste Anmol Somanchi, coordonnateur avec Thomas Piketty, Lucas Chancel et quelques autres du document ? Il y a effectivement une part de fiction scientifique dans cet objectif de mettre fin aux inégalités mondiales sur une planète prospère et habitable à l’horizon 2100.
Mais il y a aussi un récit mondial qui propose une représentation du futur renvoyant aux progrès sociaux accomplis au cours du XXe siècle, et à des transformations des rapports de force telles que l’Histoire en a déjà connu, plutôt qu’à une planète avec des data centers en orbite pour coloniser la planète Mars au profit d’une poignée d’individus.
Que contient le plan ? A quelles conditions peut-il être réalisé ? Quel futur propose-t-il et par quels chemins ? On en parle avec l’économiste Thomas Piketty, l’un des coordonnateurs de ce riche travail.
Pourquoi avoir choisi d’écrire cette « fiction scientifique », nourrie d’objectifs quantitatifs très précis à l’horizon 2100 ?
Thomas Piketty : L’horizon 2100 est celui des scénarios climatiques en général. Si l’on veut résumer notre travail, c’est en quelque sorte « du GIEC avec des classes sociales ». Le GIEC ne modélise pas
Un rapport sur la justice mondiale qui se veut « un plan pour l’égalité et la prospérité dans les limites planétaires » : telle est l’ambition du tout nouveau travail que publie aujourd’hui le World Inequality Lab. Deux ans d’un travail appuyé sur les recherches d’une quarantaine de spécialistes ont abouti à cette proposition de plan de transformation de l’économie mondiale, qui vise une égalité de revenus entre tous les individus de la planète, sur une terre dont le changement climatique est maîtrisé et où pratiquement tout le monde, mis à part les 2 % très riches de la planète, voit sa situation s’améliorer.
« Un grand plan utopique », comme l’a qualifié l’économiste Anmol Somanchi, coordonnateur avec Thomas Piketty, Lucas Chancel et quelques autres du document ? Il y a effectivement une part de fiction scientifique dans cet objectif de mettre fin aux inégalités mondiales sur une planète prospère et habitable à l’horizon 2100.
Mais il y a aussi un récit mondial qui propose une représentation du futur renvoyant aux progrès sociaux accomplis au cours du XXe siècle, et à des transformations des rapports de force telles que l’Histoire en a déjà connu, plutôt qu’à une planète avec des data centers en orbite pour coloniser la planète Mars au profit d’une poignée d’individus.
Que contient le plan ? A quelles conditions peut-il être réalisé ? Quel futur propose-t-il et par quels chemins ? On en parle avec l’économiste Thomas Piketty, l’un des coordonnateurs de ce riche travail.
Pourquoi avoir choisi d’écrire cette « fiction scientifique », nourrie d’objectifs quantitatifs très précis à l’horizon 2100 ?
Thomas Piketty : L’horizon 2100 est celui des scénarios climatiques en général. Si l’on veut résumer notre travail, c’est en quelque sorte « du GIEC avec des classes sociales ». Le GIEC ne modélise pas les inégalités à l’intérieur des pays, alors même qu’elles sont centrales pour comprendre l’acceptabilité des politiques climatiques : l’inégalité entre pays est prise en compte, mais de façon imparfaite.
Dans le scénario le plus coopératif analysé par le GIEC, l’Afrique subsaharienne demeure encore, en 2100, à un tiers du PIB par habitant de l’Europe. Évidemment, il est plus facile de rester sous les 2 °C ou 2,5 °C lorsqu’on suppose qu’une immense partie de la planète restera durablement trois fois moins prospère que les pays riches. À cela s’ajoutent souvent des projections démographiques inférieures aux scénarios de l’ONU et des hypothèses discutables sur les technologies de captage du carbone.
Moins de bébés : est-ce si grave ?
Nous avons choisi de ne jouer sur aucun de ces trois leviers. Notre objectif est de définir une trajectoire selon laquelle tous les pays convergent vers un niveau de vie comparable – autour de 5 000 euros mensuels de revenu national brut par habitant en parité de pouvoir d’achat dans le scénario de base –, et d’identifier les conditions qui permettraient d’atteindre un tel résultat.
Votre scénario suppose une réduction du temps de travail de 2 100 à 1 000 heures par an, une transformation révolutionnaire…
T. P. : Pas plus révolutionnaire que ce qui a déjà été accompli dans le passé. Au XIXe siècle, une personne active travaillait environ 3 000 heures par an. Aujourd’hui, nous sommes à 2 000 heures en moyenne mondiale, et autour de 1 500 heures en Europe. Nous proposons d’atteindre 1 000 heures en 2100. C’est une réduction importante, mais elle........