Un troisième chantier de mégabassine – sur les 16 prévues dans le département – a démarré à Priaires, alors que la demande de moratoire portée par des associations écologistes a été rejetée par l’Etat.

D’abord des barrières métalliques qui encerclent un champ, puis les pelleteuses qui commencent à creuser la terre. Le chantier d’une troisième « réserve de substitution » – nom technique donné aux fameuses « mégabassines » – dans les Deux-Sèvres a démarré, fin août, à Priaires, alors que le dialogue entre écologistes et pouvoirs publics sur ce sujet est plus que jamais tendu.

Les deux premières mégabassines du département...

D’abord des barrières métalliques qui encerclent un champ, puis les pelleteuses qui commencent à creuser la terre. Le chantier d’une troisième « réserve de substitution » – nom technique donné aux fameuses « mégabassines » – dans les Deux-Sèvres a démarré, fin août, à Priaires, alors que le dialogue entre écologistes et pouvoirs publics sur ce sujet est plus que jamais tendu.

Les deux premières mégabassines du département ont déjà défrayé la chronique. La première – la seule en fonctionnement pour l’heure –, à Mauzé-sur-le-Mignon, a fait l’objet du premier acte de cette guerre de l’eau en Charente : dès 2021, la Confédération paysanne, le collectif « Bassines non-merci » et les Soulèvement de la Terre s’étaient opposés à ces grands réservoirs qui pompent l’eau des nappes phréatiques en hiver afin de l’utiliser en été pour irriguer.

La seconde mégabassine, toujours en construction à Sainte-Soline, a été le théâtre d’affrontements violents entre opposants et forces de l’ordre en mars 2023. Après cet épisode, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait annoncé la dissolution des Soulèvements de la Terre, avant qu’elle ne soit suspendue en référé par le Conseil d’Etat en août.

Troisième réservoir, troisième bataille ? « Nous démarrons ce nouveau chantier comme c’était prévu dans le calendrier de la première tranche du projet », a justifié dans un communiqué Thierry Boudaud, président de la Coop de l’eau 79.

Cette coopérative privée regroupe les agriculteurs qui portent les projets de mégabassines dans les Deux-Sèvres. Seize sont prévues au total. Celle de Priaires, qui doit alimenter trois exploitations, est la plus petite, avec 160 000 m3 – soit une cinquantaine de piscines olympiques – contre 628 000 m3 pour celle de Sainte-Soline, la plus grande.

Un risque de « maladaptation » au réchauffement

Le démarrage de ce troisième chantier est interprété par les anti-bassines comme « une insupportable provocation de l’Etat et de la Coop de l’eau 79 ». Après une légère accalmie estivale, le contexte redevient donc explosif.

Fin août, les Soulèvements de la Terre, Bassines non-merci et la Confédération paysanne ont organisé un « Convoi de l’eau », une manifestation itinérante regroupant vélos et tracteurs allant des Deux-Sèvres jusqu’à Paris. Leur objectif : dénoncer pacifiquement « l’accaparement de l’eau », notamment à travers ces mégabassines qui profitent à une petite minorité d’exploitants alors qu’elles sont financées majoritairement sur fonds publics.

Pour ces agriculteurs, disposer d’une telle réserve d’eau permet de garantir les récoltes tout en réduisant les prélèvements d’eau en période d’étiage, au moment où les masses d’eau sont au plus bas. Ils mettent ainsi en avant l’augmentation attendue du débit des cours d’eau en été, ce qui serait bénéfique aux milieux aquatiques.

Dans un protocole d’accord signé en 2018, ils s’engagent par ailleurs à adopter des pratiques plus écologiques, en réduisant l’usage des pesticides ou en plantant des haies.

Les opposants affirment pour leur part que certaines de ses promesses n’ont pas été tenues pour les projets déjà menés, et rejettent plus globalement ces retenues d’eau jugées trop grandes.

Ils s’appuient sur les critiques de scientifiques ou d’experts qui pointent le risque de maladaptation au réchauffement climatique, car ces mégabassines pourraient ne pas se remplir en cas de sécheresse hivernale, et surtout retarder l’adoption de pratiques agricoles durables et économes en eau.

Pas de moratoire pour le moment

La principale revendication des « anti » est d’obtenir un moratoire sur la construction de mégabassines, notamment celle de Priaires – « condition sine qua non » de la reprise du dialogue avec l’Etat. Même Thierry Burlot, le président du comité de bassin Loire-Bretagne – l’instance de délibération au sein de l’agence de l’eau Loire-Bretagne – estimait pendant l’été qu’une pause dans les travaux de mégabassines était nécessaire pour ne pas « remettre de l’huile sur le feu ».

Mais le 25 août, veille de l’arrivée du Convoi de l’eau à Paris, la préfète de la région Centre-Val de Loire et coordinatrice de bassin Loire-Bretagne a finalement exclu ce moratoire. « On ne peut pas dialoguer si le gouvernement continue les chantiers de nouvelles bassines », a commenté dans la foulée le porte-parole des Soulèvements de la Terre, Benoît Feuillu.

Alors que le collectif dit vouloir « mettre en œuvre le moratoire sur le terrain [lui-même, NDLR] », un rassemblement doit se tenir le 8 septembre non loin de Priaires, à Niort, à l’occasion du procès de neuf militants écologistes jugés pour les violences de Sainte-Soline. La guerre des mégabassines, qui n’est déjà plus toute jeune, est loin de son dénouement.

QOSHE - Dans les Deux-Sèvres, la guerre des mégabassines est partie pour durer - Matthieu Jublin
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Dans les Deux-Sèvres, la guerre des mégabassines est partie pour durer

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04.09.2023

Un troisième chantier de mégabassine – sur les 16 prévues dans le département – a démarré à Priaires, alors que la demande de moratoire portée par des associations écologistes a été rejetée par l’Etat.

D’abord des barrières métalliques qui encerclent un champ, puis les pelleteuses qui commencent à creuser la terre. Le chantier d’une troisième « réserve de substitution » – nom technique donné aux fameuses « mégabassines » – dans les Deux-Sèvres a démarré, fin août, à Priaires, alors que le dialogue entre écologistes et pouvoirs publics sur ce sujet est plus que jamais tendu.

Les deux premières mégabassines du département...

D’abord des barrières métalliques qui encerclent un champ, puis les pelleteuses qui commencent à creuser la terre. Le chantier d’une troisième « réserve de substitution » – nom technique donné aux fameuses « mégabassines » – dans les Deux-Sèvres a démarré, fin août, à Priaires, alors que le dialogue entre écologistes et pouvoirs publics sur ce sujet est plus que jamais tendu.

Les deux premières mégabassines du département ont déjà défrayé la chronique. La première – la seule en fonctionnement pour l’heure –, à Mauzé-sur-le-Mignon, a fait l’objet du premier acte de cette guerre de l’eau en Charente : dès 2021, la Confédération paysanne, le collectif « Bassines non-merci » et les Soulèvement de la Terre s’étaient opposés à ces........

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