Le sud de Lyon est touché par une pollution aux PFAS, des substances chimiques dangereuses et très persistantes contre lesquelles la traque s’accélère enfin.

Jusqu’au début des années 2020, en France, les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) n’étaient qu’un sujet confidentiel réservé aux revues scientifiques. Cette famille de plusieurs milliers de produits chimiques est désormais synonyme de scandale sanitaire...

Jusqu’au début des années 2020, en France, les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) n’étaient qu’un sujet confidentiel réservé aux revues scientifiques. Cette famille de plusieurs milliers de produits chimiques est désormais synonyme de scandale sanitaire.

Utilisés depuis les années 1950 dans de multiples objets pour leurs propriétés imperméables, antiadhésives ou résistantes, ils ont été massivement disséminés dans l’environnement et menacent la santé humaine.

L’épicentre de la controverse se situe au sud de Lyon. Deux des usines de la « vallée de la chimie », qui s’étend sur quinze kilomètres le long du Rhône, utilisent de longue date ces PFAS. Situées toutes deux sur la commune de Pierre-Bénite, ces installations appartiennent à l’entreprise française Arkema – présente depuis le début du XXe siècle – et au japonais Daikin, installé en 2002.

En mai 2022, une enquête de France Télévisions révèle que les environs des deux sites sont gravement pollués aux PFAS, à la fois dans l’air, les sols et l’eau. Les taux mesurés dans l’eau du robinet dépassent ainsi parfois les 200 ng/L, alors que les normes européennes qui entreront en vigueur en 2026 sont de 100 ng/L.

Environ 200 000 personnes seraient concernées par cette pollution de l’eau potable. Son origine fait peu de doute : les eaux rejetées dans le Rhône par Arkema affichaient, au moment de l’enquête, une concentration de plus de 360 000 ng/L.

L’enjeu sanitaire est lourd. Surnommés « polluants éternels », les PFAS sont extrêmement persistants dans l’environnement et peuvent s’accumuler dans les organismes. L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) rappelle qu’ils « provoquent une augmentation du taux de cholestérol, peuvent entraîner des cancers, causer des effets sur la fertilité et le développement du fœtus [et] sont également suspectés d’interférer avec le système endocrinien (thyroïde) et immunitaire ».

Une étude de Santé publique France publiée en 2019 estimait qu’en France, l’intégralité des adultes et des enfants sont exposés à au moins deux types de PFAS, le PFOA (acide perfluorooctanoïque) et le PFOS (sulfonate de perfluorooctane).

Alors que les PFAS sont toxiques à de faibles concentrations, le défi réglementaire est double. Premièrement, comment réglementer la production de ces substances ? La Convention de Stockholm sur les produits organiques persistants interdit les PFOS et les PFOA, respectivement depuis 2009 et 2019. Mais des milliers d’autres PFAS aux effets comparables restent autorisés. Plusieurs pays européens portent un projet de régulation visant à terme à tous les interdire dans l’UE, mais des ONG craignent que ce projet ne soit assorti de trop nombreuses exceptions.

Traque scientifique

Le deuxième enjeu consiste à fixer des seuils sanitaires pour les PFAS déjà présents. La directive européenne fixant ce seuil pour l’eau potable à 100 ng/L en 2026 n’est pas encore entrée en vigueur que certains scientifiques préconisent déjà une valeur cent fois inférieure, soit 1 ng/L.

En attendant l’aboutissement de ces chantiers, de nombreux riverains de la vallée de la chimie s’inquiètent et réclament une réponse politique. Les autorités sanitaires ont conduit plusieurs campagnes de recherche centrées sur 20 PFAS jugés « préoccupants », et pris une série d’arrêtés visant à renforcer la surveillance des sites d’Arkema et Daikin et leur imposer des mesures de réduction des rejets.

En juin dernier, l’Agence régionale de santé indiquait que les rejets de PFHxA – un type de PFAS – dans l’eau par Daikin « demeurent faibles et maîtrisés », notamment grâce à la station de traitement dont dispose l’usine depuis 2017. Quant aux rejets du PFAS utilisé par Arkema – le 6:2 FTS –, ils « sont en très nette diminution grâce à la mise en place en novembre 2022 d’un traitement par ultrafiltration puis par charbons actifs ».

En route pour une longue bataille juridique

Reste la question cruciale des PFAS déjà rejetés. La préfecture avait détecté en janvier 2023 des concentrations dix fois plus élevées que la normale dans des œufs pondus sur le territoire.

En attendant d’autres études, les autorités recommandent de ne pas consommer les œufs pondus dans 18 communes ainsi que les poissons pêchés dans plusieurs cours d’eau en aval des usines.

D’autres tests, réalisés sur des légumes cultivés dans la zone, font état d’un « léger dépassement pour neuf prélèvements » sur 47. Signe que la confiance de la population est faible, un collectif de riverains mène sa propre recherche de 75 substances de PFAS dans les eaux. Résultat : sur 13 échantillons, neuf dépassent le futur seuil sanitaire de 100 ng/L.

Le combat prend également le chemin des tribunaux. Dès 2022, le maire de Pierre-Bénite a déposé plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui. De leur côté, 35 communes et des fédérations de pêche s’apprêtent à déposer début octobre une autre plainte commune. Enfin, dix syndicats et associations, dont Notre affaire à tous Lyon, ainsi que 37 particuliers, ont déposé en juin un référé pénal à l’encontre d’Arkema.

QOSHE - Dans le Rhône, la bataille contre le poison des « polluants éternels » enfin lancée - Matthieu Jublin
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Dans le Rhône, la bataille contre le poison des « polluants éternels » enfin lancée

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02.10.2023

Le sud de Lyon est touché par une pollution aux PFAS, des substances chimiques dangereuses et très persistantes contre lesquelles la traque s’accélère enfin.

Jusqu’au début des années 2020, en France, les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) n’étaient qu’un sujet confidentiel réservé aux revues scientifiques. Cette famille de plusieurs milliers de produits chimiques est désormais synonyme de scandale sanitaire...

Jusqu’au début des années 2020, en France, les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) n’étaient qu’un sujet confidentiel réservé aux revues scientifiques. Cette famille de plusieurs milliers de produits chimiques est désormais synonyme de scandale sanitaire.

Utilisés depuis les années 1950 dans de multiples objets pour leurs propriétés imperméables, antiadhésives ou résistantes, ils ont été massivement disséminés dans l’environnement et menacent la santé humaine.

L’épicentre de la controverse se situe au sud de Lyon. Deux des usines de la « vallée de la chimie », qui s’étend sur quinze kilomètres le long du Rhône, utilisent de longue date ces PFAS. Situées toutes deux sur la commune de Pierre-Bénite, ces installations appartiennent à l’entreprise française Arkema – présente depuis le début du XXe siècle – et au japonais Daikin, installé en 2002.

En mai 2022, une enquête de France Télévisions révèle que les environs des deux sites sont gravement pollués aux PFAS, à la fois........

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