L’activiste tarnais entame son huitième jour de grève de la faim pour suspendre les travaux de l’autoroute A69 entre Castres et Toulouse, tandis que ses compagnons de lutte sont perchés dans des arbres menacés d’abattage sur le tracé de l’infrastructure routière.

Après la trêve estivale, les hostilités ont repris de plus belle entre le concessionnaire Atosca et les opposants au projet d’autoroute A69 entre Castres et Toulouse. Dès le 29 août, au cinéma Utopia à Toulouse, le collectif La voie est libre (LVEL) a...

Après la trêve estivale, les hostilités ont repris de plus belle entre le concessionnaire Atosca et les opposants au projet d’autoroute A69 entre Castres et Toulouse. Dès le 29 août, au cinéma Utopia à Toulouse, le collectif La voie est libre (LVEL) a ouvert le bal avec la présentation d’un projet alternatif baptisé « Une autre voie ».

Son auteur, Karim Lahiani, jeune urbaniste tarnais rallié à la cause des militants environnementaux, a détaillé plusieurs mesures phares pour se passer de l’autoroute : aménagement de la route nationale existante, développement des transports en commun ou construction d’une véloroute nationale de près de 62 km. Le tout pour la somme de 100 millions d’euros (contre 460 millions pour l’A69) avec 1 000 emplois à la clé.

Un projet que les militants n’ont pas hésité à présenter comme une « porte de sortie honorable pour Carole Delga », présidente (PS) de la région Occitanie et fervent soutien de la construction de l’A69 depuis le début.

Cela fait trente ans que les promoteurs du projet autoroutier n’en démordent pas : l’infrastructure permettrait de rompre l’isolement du bassin Castres-Mazamet. Ce que démentent les résultats de l’enquête publique réalisée de novembre 2022 à janvier 2023 :

« Le développement économique du bassin Castres-Mazamet résultant de ce désenclavement n’est en rien démontré. »

Arbres coupés

La confrontation entre pro et anti-A69 reste vive et, à peine la conférence de presse terminée, les activistes faisaient grise mine. « On vient d’apprendre que des dizaines de policiers ont été envoyées à Vendine », explique Cécile Fradet, membre de LVEL.

Dans ce petit village situé sur le tracé de la future autoroute, les opposants au projet autoroutier avaient établi depuis plusieurs mois un campement provisoire afin d’empêcher l’abattage de platanes centenaires.

En mars, le fondateur du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA), Thomas Brail, s’était perché plusieurs semaines dans l’un de ces platanes pour entraver le chantier.

Ces grands arbres avaient finalement obtenu un sursis de quelques mois en raison de l’interdiction de procéder à des coupes de végétaux lors de la période de nidification du 1er avril au 1er septembre. Une victoire de courte durée pour les militants écologistes.

« Conformément aux autorisations environnementales délivrées par les préfets de Haute-Garonne et du Tarn, aux recommandations des autorités sanitaires et avec l’appui d’écologues, Atosca va reprendre les travaux forestiers nécessaires à la construction de l’autoroute », annonçait ainsi le concessionnaire dans un communiqué de presse le 31 août.

L’autoroute implique l’artificialisation de 366 hectares.

Jeudi 1er septembre, quelques minutes après minuit, sept arbres ont donc été coupés grâce à un important dispositif policier et sous les huées des militants.

« Cela s’est joué à quelques heures, on s’est fait prendre de court », raconte Thomas Brail, qui prévoyait de se nicher dans les ramures dès le lendemain matin.

Le médiatique activiste avait prévenu les autorités : « Si une machine vient toucher les arbres pour les abattre, j’entame une grève de la faim. » Dont acte. Le militant n’a plus rien mangé depuis le 1er septembre et affirmé le 7 septembre qu’il aurait bientôt besoin d’une assistance médicale.

« Je continuerai jusqu’à ce que les pompiers m’envoient à l’hôpital sous perfusion », Thomas Brail

« Je continuerai jusqu’à ce que les pompiers m’envoient à l’hôpital sous perfusion car aujourd’hui je ne vois plus d’autre moyen de me faire entendre », explique-t-il calmement, le visage marqué par la fatigue.

Ce dernier demande la suspension des travaux le temps que les recours en justice contre le projet soient examinés. Afin d’appuyer sa requête, Thomas Brail a d’ailleurs réclamé ces derniers jours une audience auprès de Carole Delga, sans succès pour le moment. Contactée par Alternatives Economiques, la région n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Après l’échec de Vendine, les militants écologistes n’ont pas tardé à se remobiliser. De nouveaux campements sommaires ont rapidement été érigés sur le tracé de la future infrastructure routière. Le but ? Empêcher que d’autres arbres soient abattus.

A Saint-Germain-des-Prés et Soual, près de Castres, une dizaine de grimpeurs montent la garde depuis les branchages où ils se sont installés avec tentes et sacs de couchage. Perchés là-haut, les « écureuils », comme les surnomment les militants, assistent ce mardi 5 septembre au déracinement d’arbres centenaires situés à quelques centaines de mètres de là.

Là encore, plusieurs policiers ont été déployés pour permettre aux grues de faire leur travail. « C’est un crève-cœur, il s’agit d’arbres plantés à l’époque de Napoléon », soupire Thomas Brail.

Mobilisation des grimpeurs

Pour éviter d’épuiser les troupes, entre trente et cinquante grimpeurs venus de toute la France se sont relayés ces derniers jours sur les arbres menacés. Un mouvement qui devrait prendre de l’ampleur :

« J’ai fait un appel international et des gens arrivent de Belgique et d’Allemagne », sourit Thomas Brail, avant d’être hissé par ses compagnons de lutte en haut d’un pin parasol.

Gibon, cordiste de 34 ans, est venu de Bordeaux pour lutter contre l’A69.

Le Conseil national de la protection de la nature a émis en 2022 un avis consultatif défavorable au projet

« C’est un projet désastreux écologiquement. On souffre déjà d’un déficit d’arbres sur la planète », affirme le jeune homme, qui dort sur place depuis plusieurs jours.

En septembre 2022, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a émis un avis consultatif défavorable au projet considérant que ce dernier s’inscrivait « en contradiction avec les engagements nationaux en matière de lutte contre le changement climatique ».

La tente de Gibon est accrochée à une dizaine de mètres plus haut, dans un platane situé entre l’actuelle route nationale et un immense chantier, où circulent sans discontinuer tracteurs et camions-citernes.

Avec les rafales de vent, les amas de terre déposés régulièrement par les camions-bennes à deux pas du campement des militants provoquent d’épais nuages de poussières. « J’ai l’impression d’avoir constamment du sable dans la bouche et les yeux qui brûlent », témoigne Gibon, qui ne quitte plus son masque chirurgical.

Pas de quoi attendrir les automobilistes proautoroute, qui régulièrement adressent des insultes aux militants depuis la RN126. Les forces de l’ordre, elles, peuvent débarquer d’une minute à l’autre pour déloger les grimpeurs.

« C’est une guerre de territoire, ils sont occupés à faire avancer le chantier ailleurs donc ils nous laissent tranquilles pour le moment », souligne Alain Hébrard, ancien médecin et membre du collectif LVEL.

Fabrice, arboriste de 46 ans venu en soutien des grimpeurs, reconnaît que la « peur est en toile de fond mais [que] cela constitue aussi l’adrénaline de la lutte ».

Le week-end dernier, le préfet du Tarn François-Xavier Lauch, ancien directeur de cabinet de Gérald Darmanin à l’Intérieur, a affirmé que « la question n’est plus de savoir si cette autoroute va se faire mais quand elle va ouvrir » et qualifié ces oppositions de « minoritaires ». Contacté, François-Xavier Lauch n’a pas souhaité commenter la grève de la faim de Thomas Brail.

QOSHE - Thomas Brail poursuit sa grève de la faim contre la future A69 - Lou-Eve Popper
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Thomas Brail poursuit sa grève de la faim contre la future A69

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08.09.2023

L’activiste tarnais entame son huitième jour de grève de la faim pour suspendre les travaux de l’autoroute A69 entre Castres et Toulouse, tandis que ses compagnons de lutte sont perchés dans des arbres menacés d’abattage sur le tracé de l’infrastructure routière.

Après la trêve estivale, les hostilités ont repris de plus belle entre le concessionnaire Atosca et les opposants au projet d’autoroute A69 entre Castres et Toulouse. Dès le 29 août, au cinéma Utopia à Toulouse, le collectif La voie est libre (LVEL) a...

Après la trêve estivale, les hostilités ont repris de plus belle entre le concessionnaire Atosca et les opposants au projet d’autoroute A69 entre Castres et Toulouse. Dès le 29 août, au cinéma Utopia à Toulouse, le collectif La voie est libre (LVEL) a ouvert le bal avec la présentation d’un projet alternatif baptisé « Une autre voie ».

Son auteur, Karim Lahiani, jeune urbaniste tarnais rallié à la cause des militants environnementaux, a détaillé plusieurs mesures phares pour se passer de l’autoroute : aménagement de la route nationale existante, développement des transports en commun ou construction d’une véloroute nationale de près de 62 km. Le tout pour la somme de 100 millions d’euros (contre 460 millions pour l’A69) avec 1 000 emplois à la clé.

Un projet que les militants n’ont pas hésité à présenter comme une « porte de sortie honorable pour Carole Delga », présidente (PS) de la région Occitanie et fervent soutien de la construction de l’A69 depuis le début.

Cela fait trente ans que les promoteurs du projet autoroutier n’en démordent pas : l’infrastructure permettrait de rompre l’isolement du bassin Castres-Mazamet. Ce que démentent les résultats de l’enquête publique réalisée de novembre 2022 à janvier 2023 :

« Le développement économique du bassin Castres-Mazamet résultant de ce désenclavement n’est en rien démontré. »

Arbres coupés

La confrontation entre pro et anti-A69 reste vive et, à peine la conférence de presse terminée, les........

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