Un éclairage biologique et sociétal sur la paternité, et 4 autres conseils de lecture

En tête de notre sélection cette semaine, une enquête de la primatologue et anthropologue Sarah Blaffer Hrdy qui révèle que la paternité provoque chez les hommes des bouleversements similaires à ceux des mères.

Chaque samedi, Alternatives Economiques sélectionne pour vous des livres qui méritent d’être lus.

Cette semaine, nous vous conseillons : Le temps des pères, par Sarah Blaffer Hrdy ; Cent ans de guerre contre la Palestine, par Rashid Khalidi ; L’économie du vin, par Jean-Marie Cardebat ; Repenser l’agir moderne, dirigé par Franck Aggeri, Dinah Louda, Sylvain Lenfle et Blanche Segrestin ; Chœur d’intelligences, dirigé par Gaëlle Picard-Abezis.

Chaque samedi, Alternatives Economiques sélectionne pour vous des livres qui méritent d’être lus.

Cette semaine, nous vous conseillons : Le temps des pères, par Sarah Blaffer Hrdy ; Cent ans de guerre contre la Palestine, par Rashid Khalidi ; L’économie du vin, par Jean-Marie Cardebat ; Repenser l’agir moderne, dirigé par Franck Aggeri, Dinah Louda, Sylvain Lenfle et Blanche Segrestin ; Chœur d’intelligences, dirigé par Gaëlle Picard-Abezis.

1/ « Le temps des pères », par Sarah Blaffer Hrdy

Et si la paternité n’était pas qu’une invention sociale ? C’est la thèse audacieuse que défend Sarah Blaffer Hrdy, primatologue et anthropologue américaine. Elle bouscule l’idée reçue, héritée de Margaret Mead, selon laquelle « la maternité serait une nécessité biologique, mais la paternité, une invention sociale ».

Son enquête révèle que les hommes possèdent depuis longtemps des prédispositions neurologiques au soin des nourrissons. Lorsqu’ils s’impliquent intensément auprès de leur nouveau-né, des bouleversements similaires à ceux des mères s’opèrent, surtout une baisse de testostérone.

Ces mécanismes ancestraux ne s’activent toutefois que si les circonstances sociales le permettent. Ces découvertes résonnent avec les politiques publiques visant l’égalité femmes-hommes telles que le congé paternité allongé en 2021. Mais la chercheuse reste lucide : les normes sociales ont « empêché les dispositions biologiques de s’exprimer », et les mentalités conservatrices menacent ces fragiles avancées.

Ce livre ne se contente pas d’éclairer scientifiquement la paternité. Il nous rappelle que c’est bien la société et les orientations politiques qui déterminent l’implication des pères. ► Christophe Fourel

Le temps des pères. Une histoire naturelle des hommes et des bébés, par Sarah Blaffer Hrdy, La Découverte, 2025, 452 p., 26 €.

Le temps des pères. Une histoire naturelle des hommes et des bébés, par Sarah Blaffer Hrdy, La Découverte, 2025, 452 p., 26 €.

2/ « Cent ans de guerre contre la Palestine », par Rashid Khalidi

Dans l’espoir de voir se terminer ce qu’il appelle « une guerre de cent ans » entre Israéliens et Palestiniens, Rashid Khalidi, qui fut diplomate engagé auprès de l’Organisation de libération de la Palestine, enseignant à l’université Columbia et titulaire de la chaire Edward Saïd, retrace le conflit depuis sa genèse sous l’Empire ottoman.

Un récit à la fois personnel et géopolitique, de l’historien mais aussi de l’acteur, qui contredit celui que le sionisme a fait triompher en Occident d’une « terre sans peuple », et dévoile le rôle considérable des parrains britanniques d’abord, américains ensuite.

Avec l’honnêteté de reconnaître que le projet sioniste n’est pas que colonial mais aussi national, il livre une critique acérée de toutes les directions et factions qui ont prétendu – de la révolte de 1936 au Hamas et à l’Autorité palestinienne actuels – diriger le peuple palestinien et conduit son combat dans l’impasse actuelle. ► Hervé Nathan

Cent ans de guerre contre la Palestine. Une histoire de colonisation et de résistance, par Rashid Khalidi, Actes Sud, 2026, 432 p., 24,80 €.

Cent ans de guerre contre la Palestine. Une histoire de colonisation et de résistance, par Rashid Khalidi, Actes Sud, 2026, 432 p., 24,80 €.

3/ « L’économie du vin », par Jean-Marie Cardebat

S’il est un secteur économique qui subit d’intenses changements aujourd’hui, c’est bien celui du vin. Et les décisions de Donald Trump en matière de droits de douane ne font qu’accroître ces bouleversements. Depuis les années 2000, l’économie du vin s’est fortement mondialisée et le dérèglement climatique modifie sa géographie. Il est vrai que « le vin est tout à la fois un produit agricole, un bien de luxe, un produit manufacturé standardisé, un objet culturel et il est même devenu un support d’investissement coté en Bourse ».

Jean-Marie Cardebat révèle comment les mutations du secteur racontent l’histoire de la mondialisation, entre l’émergence de nouveaux pays producteurs et l’évolution des profils de consommation vers une clientèle de plus en plus asiatique et américaine. L’« ancien monde » (l’Europe) est désormais concurrencé par le « nouveau monde » (Amérique du Sud, Australie, etc.) et même le « nouveau nouveau monde », la Chine, même si l’influence de cette dernière diminue depuis 2017, considérant que le vin est surtout un produit de l’Occident.

Le dernier chapitre consacré au prix du vin fait appel à des raisonnements économiques un peu techniques mais il n’est pas vain de faire cet ultime effort pour apprécier toute l’analyse contenue dans cet ouvrage. ► Christophe Fourel

L’économie du vin, par Jean-Marie Cardebat, coll. Repères, La Découverte, 2025, 123 p., 11 €.

L’économie du vin, par Jean-Marie Cardebat, coll. Repères, La Découverte, 2025, 123 p., 11 €.

4/ « Repenser l’agir moderne », Franck Aggeri, Dinah Louda, Sylvain Lenfle et Blanche Segrestin (dir.)

Parmi les sciences sociales, la gestion paraît la moins encline à la théorie, dédiée qu’elle est à des besoins pratiques. Pourtant, c’est bien à partir des sciences de gestion qu’Armand Hatchuel a, avec des collègues, développé une théorie novatrice de la conception créative, une nouvelle théorie de l’entreprise qui récuse l’idée que les actionnaires en seraient les « propriétaires » et d’où découle la reconnaissance, dans le cadre de la loi Pacte de 2019, de l’entreprise à mission.

Il a également porté la critique contre l’économicisme, pointé ses angles morts – l’entreprise, justement – et apporté de nouvelles réponses aux défis du changement climatique, en opposant au principe du pollueur-payeur la règle des « avaries communes », héritée du commerce maritime.

Cet ouvrage, issu d’un colloque consacré à Armand Hatchuel, fait ressortir la cohérence d’ensemble d’un cheminement dicté par le souci constant de questionner des hypothèses érigées en dogmes au point d’entraver la créativité de l’action collective comme de la recherche.

A voir la diversité des contributeurs, on mesure aussi l’appétence de ce chercheur inclassable pour un dialogue réellement pluridisciplinaire, à même de renouveler jusqu’aux sciences de gestion. ► Sylvain Allemand

Repenser l’agir moderne, Franck Aggeri, Dinah Louda, Sylvain Lenfle et Blanche Segrestin (dir.), Eska, 2025, 344 p., 30 €.

Repenser l’agir moderne, Franck Aggeri, Dinah Louda, Sylvain Lenfle et Blanche Segrestin (dir.), Eska, 2025, 344 p., 30 €.

5/ « Chœur d’intelligences », Gaëlle Picard-Abezis (dir.)

L’intention était bonne : aborder les enjeux et défis de l’intelligence artificielle (IA) en déclinant les points de vue de praticiens, de chercheurs, d’entrepreneurs, d’artistes… Le résultat, c’est bien un chœur, mais dont le chant vire à la cacophonie, entre les contributions qui considèrent que nous n’avons d’autres choix que de faire avec, de nous former et de cocréer avec elle (on soupçonne même un contributeur d’être allé jusqu’à coécrire son texte avec ChatGPT…), et les autres plus mesurées et étayées.

Parmi celles-ci, deux retiennent l’attention. Celle de Tilen Cuk montre ainsi comment l’IA et la finance n’ont cessé de coévoluer, les sociétés spécialisées dans le trading à haute fréquence ont été pionnières dans le traitement du big data par de l’IA. Si des moyens existent en matière de régulation des marchés financiers, ils s’appuient eux-mêmes sur de l’IA !

Quant à la contribution de Jean-Luc Marini et Claire Verdier, elle passe en revue les coûts énergétiques et en émissions de gaz à effet de serre d’une solution IA, pour mieux identifier les leviers d’un usage plus sobre. ► Sylvain Allemand

Chœur d’intelligences. 24 regards sur les enjeux et les limites de l’intelligence artificielle, Gaëlle Picard-Abezis (dir.), Editions du comptoir prospectiviste, 2025, 392 p., 20 €.

Chœur d’intelligences. 24 regards sur les enjeux et les limites de l’intelligence artificielle, Gaëlle Picard-Abezis (dir.), Editions du comptoir prospectiviste, 2025, 392 p., 20 €.


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