L’économie européenne décroche-t-elle vraiment par rapport aux Etats-Unis ?

Plusieurs économistes européens s’inquiètent d’un décrochage du Vieux Continent vis-à-vis des Etats-Unis. D’autres contestent cette analyse, et invitent à une lecture plus globale de ce « match ».

Alerte : l’Europe est en plein décrochage, elle se fait distancer par les Etats-Unis et doit réagir rapidement pour revenir au niveau de croissance américain. Ce discours, vous l’avez sûrement entendu ces derniers mois. Et il était probablement associé à des recommandations de dérégulation, de baisse de la fiscalité et d’une remise en cause du modèle social des Etats européens. Mais cette analyse tient-elle vraiment la route ? Le débat fait rage entre les économistes européens… 

Alerte : l’Europe est en plein décrochage, elle se fait distancer par les Etats-Unis et doit réagir rapidement pour revenir au niveau de croissance américain. Ce discours, vous l’avez sûrement entendu ces derniers mois. Et il était probablement associé à des recommandations de dérégulation, de baisse de la fiscalité et d’une remise en cause du modèle social des Etats européens. Mais cette analyse tient-elle vraiment la route ? Le débat fait rage entre les économistes européens.

Face à ce refrain qui montait avec insistance, Gabriel Zucman a été l’un des premiers à dégainer, le réfutant dans une note de blog, suivie d’une tribune publiée par le journal Le Monde. « L’idée d’une sclérose européenne face à un supposé eldorado américain (…) ne tient pas la route », écrit-il.

L’économiste pointe d’abord le fait que pour comparer les performances économiques des deux côtés de l’Atlantique, il faut tenir compte du nombre de bras disponibles pour produire. Aux oubliettes donc toutes les analyses qui se basent sur le produit intérieur brut (PIB) national plutôt que sur le PIB par habitant !

Ensuite, « l’erreur la plus grossière – et malheureusement très répandue – consiste à comparer les PIB par habitant exprimés aux taux de change de marché. Cela revient à oublier l’envolée des prix aux Etats-Unis : c’est comme si l’on examinait l’évolution des salaires en oubliant l’inflation », signale l’économiste Thomas Piketty, dans une tribune également publiée dans Le Monde.

Pour éviter cet écueil, il faut ainsi comparer le PIB par habitant exprimé en parité de pouvoir d’achat (PPA) – ce qui permet d’égaliser le pouvoir d’achat du dollar et de l’euro –, et en dollars constants, c’est-à-dire hors inflation.

Une fois ces ajustements réalisés, la croissance du PIB européen depuis 1990 est inférieure de seulement 10 points à celle des Etats-Unis, et non plus de 200 points. « Il n’y a aucun miracle américain, pas plus qu’il n’y a de stagnation européenne », tranche dès lors Gabriel Zucman.

Du PIB au PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat : le décrochage européen se dissipe

Lecture : Le PIB des Etats-Unis a été multiplié par 4,82 entre 1990 et 2024, mais son PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA) et en dollars constants n’a été multiplié que par 1,7 sur la même période.

Les économistes européens inquiets du décrochage ne se montrent pas rassurés pour autant. Première raison, ce constat général cache des disparités au sein de l’UE, objecte François Bourguignon, professeur émérite à l’Ecole d’économie de Paris, toujours dans Le Monde.

« Il y a un rattrapage économique des membres les plus récents de l’UE [à l’est de l’Europe, NDLR.] sur le cœur de l’économie européenne, mais une fois ce rattrapage effectué, la croissance de ces pays ralentira. C’est ce qu’il s’est passé pour d’autres, comme l’Espagne ou le Portugal », explique-t-il auprès d’Alternatives Economiques.

« Il y a un rattrapage économique des membres les plus récents de l’UE [à l’est de l’Europe, NDLR.] sur le cœur de l’économie européenne, mais une fois ce rattrapage effectué, la croissance de ces pays ralentira. C’est ce qu’il s’est passé pour d’autres, comme l’Espagne ou le Portugal », explique-t-il auprès d’Alternatives Economiques.

Dit autrement, passé cet effet de rattrapage temporaire, l’Europe serait, selon lui, bel et bien en décrochage par rapport aux Etats-Unis.

Cette hétérogénéité n’est toutefois pas propre au Vieux Continent, rétorque Xavier Timbeau, économiste à l’Observatoire........

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